Qu'est-ce que la théorie de l'apprentissage social nous dit pour nous aider à devenir
de meilleurs enseignants et de meilleurs chirurgiens? En termes fondamentaux, elle affirme
quelque chose que nous connaissons tous mais que nous nous empressons d'oublier,
semble-t-il: soit qu'imiter le comportement d'autrui est la méthode par laquelle nous
apprenons tous depuis le premier jour de notre vie. J'ai récemment passé 10 minutes
agréables à observer ma fille, qui a 5 ans, "enseigner" à une camarade
comment monter à bicyclette. La communication verbale était limitéeaux rires, aux cris
de plaisir chaque fois que sa copine faisait quelque chose de juste, et à la répétition
fréquente de phrases telles que, "Laisse-moi te montrer comment faire" ou bien
"C'est facile." Pas d'explication de la force centrifuge et de la manière dont
cette force empèche que les corps à rotation, tels qu'une bicyclette avec ses roues
tournantes, quittent leur position verticale (c'est à dire, tombent). En peu de temps,
les deux étaient des cyclistes d'égale compétence et pouvaient concentrer leur
attention sur le problème de partager un seul véloune activité assez difficile pour des
petites de cinq ans (et même pour certains adultes).
En 1981, Zemke et Zemke ont énoncé cette théorie de l'apprentissage social de
manière plus formelle, disant "... lorsque les conditions sont favorables, la façon
la plus rapide et la plus efficace d'apprendre est d'observer quelqu'un qui donne
l'exemple [correctement et avec compétence] du comportement désiré." Qu'il
s'agisse de chirurgie ou de tennis, observer quelqu'un et travailler avec lui lorsqu'il
exécute le geste avec habileté vaut 1000 mots. Mais que veut dire "exécuter le
geste avec habileté?" Aux Etats-Unis, nous disons d'un bon chirurgien, "Il ou
elle a de bonnes mains." Cela veut dire que le chirurgien semble opérer sans
secousses et sans effort, et que chaque mouvement est tellement bien dirigé qu'il/elle
semble travailler très vite. De plus, puisque chaque mouvement est bien conçu, il est
très facile pour son assistant et l'instrumentiste de l'aider.
Généralement, quand on analyse comment le chirurgien avec les "bonnes
mains" diffère de celui qui réalise chaque intervention péniblement, on se rend
compte que le premier:
- a une méthode standardisée, bien conçue pour réaliser l'intervention et qu'il ne
change son approche que si l'anatomie ou la pathologie le demande; et
- a pratiqué et raffiné cette approche standard maintes fois jusqu'à ce qu'il/elle soit
compétent(e), sans avoir à y penser.
Voilà la définition opérationnelle de la mention, "parfaite maîtrise du
geste."
Pour les enseignants (ou chirurgiens avec de "bonnes mains") qui voudraient
devenir de bons formateurs cliniques, il s'agit surtout d'apprendre comment transférer
leurs connaissances et leurs compétences de manière efficace. Pour ce faire, ils doivent
apprendre à faciliter trois processus:
- créer une atmosphère qui favorise l'apprentissage;
- aider l'étudiant à se rappeler des étapes principales du comportement voulu; et
- transformer le comportement voulu en une performance maîtrisée.
Savoir faciliter ces processus permettra à l'étudiant de passer du stade
d'incompétence consciente au stade de compétence inconsciente (Howell 1982). Pour y
réussir, l'enseignant, devenu formateur, doit savoir comment les adultes apprennent - la
deuxième composante de notre approche à l'apprentissage.