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La revue trimestrielle de santé de FHI, Network en français

L’intégration des services relatifs aux MST: une démarche problématique

Network en français : 2002, Vol. 22, No. 2

NetworkTous droits réservés Family Health International, 2002.
Réimpression de Network autorisée par Family Health International
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Les tentatives récentes d’intégration de la prise en charge des infections sexuellement transmissibles (IST) aux services existants de santé maternelle et infantile et de planification familiale (SMI/PF) dans quatre pays africains illustrent la façon dont l’exploitation des données qualitatives, conjuguées à des données quantitatives, permet de déceler et d’expliquer les difficultés rencontrées dans l’application de nouvelles directives en matière de santé de la reproduction.

L’intégration de la prévention, du diagnostic et du traitement des IST aux services existants de SMI/PF, composante fondamentale du programme de travail qui a été discuté lors de la Conférence internationale sur la population et le développement tenue au Caire en 1994, passe pour constituer une stratégie cruciale en vue de l’amélioration des services de santé de la reproduction dans de nombreux pays. Les services à intégrer regroupent l’évaluation du risque d’IST; les examens pelviens; le dépistage de la syphilis; tout counseling, diagnostic et traitement relatifs au VIH et à d’autres IST; la diffusion de préservatifs; et la distribution de matériel d’information, d’éducation et de communication. Des centres de SMI/PF au Ghana, au Kenya, en Afrique du Sud et en Zambie ont bien tenté d’intégrer ces services, mais la recherche qualitative fait ressortir le caractère problématique de cette démarche dans les quatre pays susmentionnés, au moins dans une certaine mesure.

Une étude de synthèse effectuée récemment par l’université de Leeds et la London School of Hygiene and Tropical Medicine, en Angleterre, met en lumière la nature en général médiocre de l’intégration de la prise en charge des IST et du VIH aux services de planification familiale. En outre, elle conclut que ces tentatives d’intégration risquent d’entraîner une mauvaise allocation des maigres ressources de santé publique dans la mesure où de nombreuses personnes à risque d’IST n’ont pas recours aux services de planification familiale. En revanche, elle constate que les services de SMI se prêtent davantage à ce genre de démarche puisque la plupart des femmes de ces pays reçoivent des soins prénatals.1

Dans le cadre de cette étude, des données quantitatives provenant du ministère sud-africain de la Santé et d’enquêtes nationales d’analyse de la situation effectuées au Ghana, au Kenya et en Zambie ont servi à déterminer l’étendue de l’intégration et les perspectives d’élargissement de ces services. En outre, les directives visant à intégrer la prise en charge des IST aux services de SMI/PF des quatre pays susmentionnés ont fait l’objet de comparaisons qualitatives dans le cadre d’études de cas. Des agents publics et des responsables en dehors du gouvernement ont participé à des interviews semi-structurées; une enquête structurée a été réalisée auprès de 80 centres de soins répartis dans les quatre pays visés; et les prestataires de ces établissements ont pris part à des interviews et à des groupes de discussion dirigée.

L’analyse des données ainsi recueillies a fait ressortir les points suivants:

  • La difficulté qu’il y a de décentraliser la prise des décisions et la gestion nécessaires à l’intégration tient, dans une grande mesure, au caractère traditionnellement indépendant des directives, de la gestion, du financement, de la formation et des réseaux pour l’obtention et la fourniture des services applicables à chaque domaine de la santé de la reproduction, à savoir la planification familiale, la SMI et la prévention des IST et du VIH.

  • Au Ghana, au Kenya et en Zambie, de multiples directives et lignes directrices relatives à la santé de la reproduction ont été diffusées, ce qui s’est traduit par l’adoption d’un grand nombre de plans stratégiques et de lignes directrices techniques, source de confusion pour les prestataires qui tentent de classer les services par rang de priorité quand les ressources sont rares.

  • Même si les quatre pays ont élaboré, en matière de prise en charge des IST, des lignes directrices qui ont été disséminées auprès du personnel régional et provincial, les données qualitatives ont fait ressortir l’absence de supervision et de suivi en ce qui concerne leur application. Dès lors, il est difficile de déterminer le degré de mise en oeuvre des directives.

  • Les ressources financières, techniques et humaines nécessaires à l’application des directives et des stratégies font peut-être défaut dans les zones étudiées, et les considérations hiérarchiques typiques des bureaucraties découragent la communication entre les responsables au niveau régional et des districts d’une part, et les décideurs au niveau national de l’autre. Par conséquent, les prestataires des cliniques peuvent se voir intimer l’ordre d’appliquer des mesures irréalistes, inadaptées ou associées à des moyens insuffisants.

  • Le matériel de base nécessaire aux examens pelviens est disponible dans toutes les zones étudiées, mais les données qualitatives ont mis en relief l’inégalité de la distribution des autres ressouces essentielles. Celles-ci regroupent le counseling, la formation, le matériel d’information, d’éducation et de communication et les médicaments prescrits pour traiter les IST.

De surcroît, la recherche qualitative a révélé l’existence de problèmes potentiels en ce qui concerne la formation du personnel et la mise en pratique des acquis de la formation. Dans les quatre pays étudiés, par exemple, les médecins et d’autres membres du corps médical étaient souvent hostiles à l’idée que les infirmières puissent prescrire des médicaments contre les IST, même si la loi le leur permettait, et ils faisaient obstacle à cette pratique.

Dans l’ensemble, les données quantitatives ont révélé un niveau relativement faible de la disponibilité des services pour IST dans les centres de SMI/PF du Ghana, du Kenya et de la Zambie: entre 28% et 46% seulement des établissements visés par les enquêtes offraient une forme quelconque de diagnostic ou de traitement des IST, même dans les sites qui avaient les moyens de le faire. (En Afrique du Sud, où les services de santé de la reproduction sont moins compartimentés, plus de 75% des centres prenaient en charge les IST d’une façon ou d’une autre.) Les données quantitatives ont montré que les centres de planification familiale au Ghana, au Kenya et en Zambie ne mentionnaient pas tous de manière égale le préservatif à leurs nouveaux clients (72% le faisaient, dans le meilleur des cas, et 12%, dans le pire des cas). Ces observations se trouvaient confirmées par les données qualitatives issues des interviews et selon lesquelles l’utilisation du préservatif comme double méthode de protection n’était que faiblement encouragée.

Du reste, un article plus récent rédigé par le Population Council, sis à New-York, et consacré à l’intégration de la prévention et de la prise en charge des IST aux centres existants de planification familiale et de soins anténatals en Afrique subsaharienne confirme les conclusions de l’étude de synthèse menée dans plusieurs pays. Cet article, dont l’un des auteurs, le docteur Ndugga Maggwa, est le directeur régional du programme de planification familiale et de santé de la reproduction de FHI en Afrique orientale et australe, suggère que davantage de preuves basées sur la recherche et susceptibles de mettre en lumière la faisabilité, la rentabilité et la portée de l’intégration sont nécessaires.2

— Kerry L. Wright

Références

  1. Mayhew SH, Lush L, Cleland J, et al. Implementing the integration of component services for reproductive health. Stud Fam Plann 2000;31(2):151-62.
  2. Askew I, Maggwa NB. Integration of STI prevention and management with family planning and antenatal care in sub-Saharan Africa — what more do we need to know? Int Fam Plann Perspect 2002;28(2):77-86.

Pour de plus amples informations, voir le site Web www.fhi.org

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