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La revue trimestrielle de santé de FHI, Network en français

Introduction : L’enrichissement des faits et des chiffres

Network en français : 2002, Vol. 22, No. 2

NetworkTous droits réservés Family Health International, 2002.
Réimpression de Network autorisée par Family Health International
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Kathleen M. MacQueen, PhD, MPH
Scientifique principale de FHI, Sciences sociales et comportementales

Comment s’y prendre pour améliorer la santé de la reproduction ? La solution consiste en partie à rehausser notre capacité de transformer faits et chiffres en programmes efficaces en faveur d’individus, de familles, de communautés et de pays. Souvent, la base même de cette transformation suppose une touche complémentaire: la recherche qui doit comporter aussi bien une composante qualitative que quantitative.

Pour vraiment comprendre quelque chose, il est nécessaire de connaître non seulement les faits, mais aussi le vécu humain qui s’y rattache. La recherche qualitative s’intéresse à la manière dont les gens interprètent ce qu’ils vivent et comment ils se servent de leurs interprétations pour guider leurs actions. Les méthodes qualitatives ont été élaborées essentiellement dans le domaine des sciences sociales, où elles constituent des éléments essentiels de la recherche sur le terrain, observationnelle, descriptive et explicative. Par exemple, les entretiens approfondis servent à explorer des sujets définis par l’investigateur, tandis que le contenu même des sujets se trouve défini par la personne interrogée. Dans les entretiens semi-structurés, c’est le chercheur qui définit à la fois le sujet et son contenu, mais la façon de poser les questions et l’ordre dans lequel elles se présentent peuvent varier d’un entretien à l’autre. Dans les entretiens structurés, le libellé et l’ordre des questions sont systématiques. Ces trois types d’entretiens se déroulent dans le contexte de conversations en tête-à-tête, ce qui donne aux participants le loisir de soulever des sujets auxquels le chercheur n’avait pas pensé.

Les groupes de discussion dirigée ressemblent aux entretiens semi-structurés, à cette différence près qu’ils mettent en jeu un petit nombre de personnes. La dynamique de groupe facilite souvent la compréhension des normes sociales. L’observation des participants est une méthode en vertu de laquelle les chercheurs se placent dans le contexte social des gens qu’ils étudient. Ils entament une conversation informelle et ils font des observations systématiques.

Souvent, deux méthodes qualitatives ou plus sont associées dans la collecte de données sur un seul phénomène, observé sous plusieurs angles. Il arrive aussi que des méthodes qualitatives soient associées à des démarches quantitatives. Dans les sciences sociales, la recherche applique une stratégie de conception, dite triangulation, qui permet d’associer plusieurs méthodes de façon à compenser tout biais ou toute erreur potentiels liés à l’application d’une méthode unique.

Comme elle permet la rencontre et la discussion entre chercheurs et population étudiée, la recherche qualitative revêt souvent un caractère de collaboration et de participation. Les questions faisant l’objet de la recherche et les résultats des études peuvent être présentés aux participants et à leur communauté aux fins de commentaires et de discussions. Les membres de la communauté peuvent participer à la conception de la recherche ou solliciter l’aide des investigateurs pour trouver de réponse aux questions qu’ils se posent. De tels partenariats peuvent enrichir la conception de la recherche et aussi faciliter la traduction des résultats en actions communautaires en vue d’un changement.

Toute observation est subjective, d’où l’importance de concevoir avec soin la recherche. La recherche quantitative tend à remédier à l’élément de subjectivité en employant des instruments qui donnent des réponses fiables, et susceptibles d’être reproduites, à des questions précises sur un aspect ou un autre du monde observable. On pourrait dire que la recherche quantitative braque son projecteur sur un seul point. Par exemple, l’essai clinique le mieux adapté pour déterminer l’efficacité d’un microbicide vaginal pour prévenir le VIH est celui qui cible une seule question aux paramètres bien limités, en l’occurrence la question de savoir si les utilisatrices de ce microbicide sont moins susceptibles d’être infectées que les femmes qui n’ont pas recours à ce produit. La recherche qualitative, en revanche, a tendance à remédier à la subjectivité en braquant plusieurs projecteurs placés à des angles différents et en comparant les zones d’accord et de discorde entre les divers points de vue. La conception d’un programme relatif à l’utilisation d’un microbicide pour prévenir le VIH nécessiterait ainsi la collecte d’informations sur les moyens par lesquels les femmes et leurs partenaires prennent des décisions en matière de sexualité. La collecte de ce genre de données se prête particulièrement aux investigations qualitatives systématiques, tels les entretiens approfondis avec les deux partenaires dont on comparera les réponses. Ces entretiens seraient ensuite conjugués à des groupes de discussion dirigée en vue de faciliter la compréhension des attentes normatives vis-à-vis de la prise des décisions.

La recherche qualitative fait souvent appel à des stratégies d’échantillonnage plus ciblées que celles utilisées dans la recherche quantitative, en se focalisant sur l’ampleur des variations. Par exemple, ces stratégies peuvent viser à déterminer l’ampleur des variations dans la façon dont les femmes négocient l’usage de la contraception avec leurs partenaires ou l’éventail des options considérées culturellement acceptables par les hommes comme par les femmes en matière de règlement des conflits au foyer. La taille des échantillons est fonction du degré de consensus qui existe dans la communauté sur le thème de la recherche. S’il est élevé, il suffit d’interroger très peu de gens. Dans le cas contraire, il faudra en interviewer davantage.

La recherche quantitative n’est pas supérieure en soi à la recherche qualitative, et vice-versa. Le type d’information nécessaire à une étude particulière doit déterminer la démarche à suivre. Dans bien des situations, c’est en associant ces deux types de recherche que l’on affine sa compréhension des questions en jeu à de multiples niveaux. L’essentiel, c’est de se demander si les conclusions tirées reposent, au bout du compte, sur des données systématiques et bien fondées au plan scientifique.

Note: Kathleen MacQueen, anthropologue, a conduit des travaux de recherche qualitative et quantitative à l’appui d’essais cliniques de prévention du VIH.

Pour de plus amples informations, voir le site Web www.fhi.org

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