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Entre ses années de procréation et la ménopause,
la femme voit sa fertilité diminuer lentement. Son risque de grossesse
accidentelle décroît lui aussi. Mais ce risque persiste.
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| Un couple
âgé au Pakistan. Tant que la femme n'est pas ménopausée et
si le couple a toujours des rapports sexuels, il devrait
utiliser une méthode de contraception efficace pour éviter
toute grossesse accidentelle. |
Pour la femme d’un certain âge qui est
toujours sexuellement active, la contraception est une option
essentielle. On sait qu’une grossesse tardive pose des risques non négligeables
pour la santé de la mère comme pour celle du foetus. Il faut aussi que
sa méthode contraceptive soit sélectionnée en fonction de l’évolution
de son état physiologique. Et ces femmes, comme les hommes du même âge
ou comme les générations plus jeunes, doivent parfois se protéger
contre les infections sexuellement transmissibles (IST), en particulier
contre le VIH. Aux clientes exposées à ce risque infectieux, on doit
conseiller un emploi correct et systématique du préservatif ainsi
qu’une réduction du nombre des partenaires sexuels.
Une protection anticonceptionnelle est nécessaire
jusqu’à la ménopause, quand les règles disparaissent. Ce phénomène
signifie que les ovaires ne produisent plus d’ovules susceptibles d’êtres
fécondés. On considère qu’une femme est ménopausée quand ses
menstrues se sont arrêtées depuis un an. Préalablement à la ménopause,
durant une phase d’environ quatre ans que l’on nomme péri-ménopause,
des ovulations se produisent de façon aléatoire et la femme peut
toujours tomber enceinte en cas de rapport sexuel non protégé. Mais
c’est durant toute la période s’étendant du dernier enfant à la ménopause
qu’une femme a besoin d’une méthode contraceptive efficace. Cette période
représente en moyenne près de la moitié de la durée totale de sa vie
procréative.1
Si les habitudes contraceptives varient
d’une région du monde à l’autre, une constante semble se dégager:
les femmes de plus de 35 ans qui sont sexuellement actives tendent à ne
pas utiliser de méthode anticonceptionnelle. Certaines croient à tort
qu’une grossesse est impossible à cet âge. Mais un grand nombre
abandonnent la contraception parce qu’elles craignent, de façon
injustifiée, que les risques associés aux méthodes, en particulier
aux méthodes hormonales, augmentent avec l’âge, même chez les
femmes en bonne santé.2
L’abandon de la contraception avant la ménopause
peut avoir des conséquences graves, voire mortelles. C’est à ce
stade de la vie procréative qu’une grossesse pose les plus grands
risques au plan médical. Ces risques, encourus et par la mère et par
le foetus, comprennent: grossesse, hémorragies, décès maternel,
fausse couche, accouchement prématuré, anomalies chez le foetus ou
encore morts foetales ou infantiles. De plus, une grossesse tardive et
non planifiée peut s’accompagner de difficultés émotionnelles, et même,
dans certains contextes, d’un rejet social. Par ailleurs, les femmes
de plus de 35 ans optent souvent pour une IVG, ce qui les expose au
risque de complications et parfois de décès suite à l’intervention.3
Sélectionner un contraceptif adapté
Quand un prestataire aide une femme proche
de la ménopause à choisir une méthode contraceptive, il doit tenir
compte de plusieurs facteurs. Tout d’abord, sa cliente se trouve dans
un état de santé particulier. Elle peut présenter des symptômes
avant-coureurs de la ménopause et souhaiter un traitement en conséquence.
Elle peut aussi vouloir éviter une perte osseuse ou prévenir divers
cancers du tractus génital.4 Par ailleurs, ses priorités génésiques
et son comportement sexuel diffèrent sans doute de ceux d’une femme
plus jeune. Elle sera probablement moins soucieuse de préserver sa
fertilité. Il est aussi possible qu’à la suite d’un divorce,
d’une séparation ou de la mort de son mari, elle ait perdu une
relation stable avec un partenaire sexuel unique et qu’elle fréquente
maintenant plusieurs personnes en s’exposant à un risque d’IST.
D’un autre côté, ses rapports intimes sont peut-être moins nombreux
que dans le passé et elle s’y prépare sans doute mieux en maîtrisant
sa protection, au plan anticonceptionnel et comme au plan prophylactique.
Et si son partenaire est un homme âgé, le risque de grossesse est
moindre5: une récente étude ayant porté sur 782 couples
européens en bonne santé a montré que la fertilité masculine
commence à décroître dès l’âge de 35 ans, ce qui se traduit par
des conceptions plus tardives. (Les chercheurs ont par exemple constaté
que sur une période de un mois une femme de 35 ans a 29% de chance de
tomber enceinte si son partenaire est du même âge. Ce pourcentage
chute à 18% si le partenaire a 40 ans.)6
On sait peu de choses sur les habitudes
contraceptives des femmes d’un certain âge, surtout dans les pays en
développement. Mais, en règle générale, c’est la stérilisation
qui est la méthode de choix dans les deux sexes. Aux Etats-Unis, selon
une enquête nationale réalisée en 1995 (National Survey of Family
Growth), les deux tiers des hommes et des femmes mariés de 40 à 44 ans
optent pour une stérilisation, contre un tiers dans la tranche des 30
à 34 ans et 7% seulement chez les 20 à 24 ans.7 Par
ailleurs, une étude menée à New Delhi, en Inde, sur les habitudes
contraceptives et sur les comportements sexuels d’un échantillon de
500 femmes a révélé que plus de 40% de celles du groupe le plus âgé
avaient été stérilisées (la moitié des femmes avaient au moins 35
ans). Dans cette société, les femmes se marient souvent jeunes et conçoivent
rapidement des enfants. Un grand nombre choisissent la stérilisation
quand elles estiment leur vie reproductive terminée. Seulement 1,2% des
femmes les plus âgées utilisaient des contraceptifs oraux (CO) contre
10% des sujets plus jeunes. Et si, dans l’ensemble, les femmes préféraient
nettement le dispositif intra-utérin (DIU) aux CO, son taux
d’utilisation n’était que de 5% chez les sujets de plus de 35 ans
contre 23% chez les jeunes.8
Pour les femmes en bonne santé et d’un
âge avancé, la stérilisation est une forme de contraception irréversible
à la fois sans risque et très efficace. En outre, un nombre croissant
de travaux, y compris une vaste étude prospective de cohortes, semblent
indiquer que la stérilisation féminine diminue le risque de cancer
ovarien.9 «On ignore le mécanisme de cet important effet
protecteur», précise le docteur David Grimes, vice-président du département
biomédical de FHI et auteur d’un éditorial sur le sujet.10
«Il est possible qu’une modification de l’apport sanguin aux
ovaires soit en cause. Une autre hypothèse, c’est que la stérilisation
bloque le passage dans l’abdomen de substances cancérogènes.»
Mais, même dans cette tranche d’âge,
certaines femmes acceptent mal l’effet permanent de la stérilisation.11
Elles peuvent alors préférer un DIU, dont l’action est réversible.
«Le DIU est indiqué chez toutes les femmes en bonne santé, quel que
soit leur âge», note le docteur Grimes, qui a publié avec David
Hubacher, épidémiologiste en chef chez FHI, une analyse systématique
des données connues sur les avantages non contraceptifs du DIU.12
«Quand on pose un DIU à une femme de 40 ans, il peut rester en place
jusqu’à la ménopause et ce sera le dernier contraceptif dont elle
aura besoin», écrivent-ils. Par ailleurs, les résultats de plusieurs
études cas-témoin semblent indiquer un effet protecteur des DIU au
cuivre et des DIU inertes (non médicamentés) contre le cancer de
l’endomètre.13
Quand le DIU au cuivre T-380A a été
introduit au Rajasthan, en Inde, comme alternative à la stérilisation
féminine, les chercheurs ont observé qu’il était préféré par les
femmes d’un certain âge et par celles ayant déjà le nombre
d’enfants désiré, surtout dans les tribus. Sur les 216 DIU posés en
l’espace de trois ans, une trentaine seulement ont été retirés. Le
DIU laisse à la femme la liberté de changer d’avis et d’avoir plus
tard d’autres enfants. Il la rend aussi moins dépendante des médecins
et du coûteux matériel nécessaire à la pratique d’une stérilisation
féminine.14
Avant de poser un DIU chez une femme d’un
certain âge, le prestataire doit tenir compte des caractéristiques de
ses menstrues. Si la cliente souffre déjà de ménométrorragie, de
saignements abondants ou de règles douloureuses, tout accroissement du
volume ou de la douleur des menstrues dû au DIU pourra s’avérer
inacceptable.15 De plus, comme le canal endocervical est
moins lâche que chez les sujets jeunes, l’insertion du dispositif
peut être problématique. «Si le prestataire pense que l’insertion
sera difficile», conseille le docteur Grimes, «on pourra administrer
à la femme 400 µg de misoprostol par voie orale ou par voie vaginale
la nuit précédente ou quatre heures avant l’intervention. Ce médicament
commun et peu coûteux permet de dilater le col. On pourra également
pratiquer un bloc paracervical pour rendre l’insertion moins pénible.»
Après la ménopause, le DIU doit être retiré. Il peut en effet
compliquer le diagnostic de saignements survenant chez une femme ménopausée.
Par contre, comme le DIU au cuivre ne masque pas la disparition des règles,
il sera facile de détecter l’installation de la ménopause.
A l’inverse des DIU au cuivre ou des DIU
inertes (non médicamentés), le système intra-utérin au lévonorgestrel
(SIU-LNg) diffuse en permanence un progestatif dans la cavité utérine.
Il permet de contrôler les ménométrorragies, qui sont si courantes
passé un certain âge. Il permet aussi de limiter le volume des règles.
Cette action du SIU-LNg constitue en fait une alternative possible à
l’hystérectomie. On envisage en effet souvent une telle opération
quand les menstrues sont d’une très forte abondance. Deux études
contrôlées et randomisées ont été menées pour voir si le SIU-LNg
pouvait s’imposer comme substitut à l’hystérectomie. Elles ont
montré que les femmes auxquelles on proposait le système intra-utérin
étaient bien plus enclines à annuler leur hystérectomie que celles
auxquelles on n’offrait qu’un traitement médical classique. Dans le
cadre de la première étude, 80% des femmes ayant accès au SIU-LNg ont
renoncé à leur opération contre seulement 9% des femmes ayant accès
au traitement médical habituel. Dans la seconde étude, ces chiffres étaient
respectivement de 64% et 14%.16
Le SIU-LNg peut protéger la muqueuse utérine
(endomètre) des femmes suivant une hormonothérapie substitutive et
recevant un oestrogène pour combattre les symptômes de la ménopause.17
Enfin, il est possible que la diffusion directe et continue de lévonorgestrel
dans la cavité utérine provoque moins d’effets secondaires systémiques
que les progestatifs contenus dans les pilules ou dans les implants.18
Contraceptifs hormonaux combinés
Quand on les utilise de manière correcte
et systématique, les contraceptifs oraux combinés (COC) sont très
efficaces, même sous les formes faiblement dosées disponibles
aujourd’hui. Il en est de même pour les contraceptifs injectables
combinés (CIC). Quel que soit leur âge, les femmes qui emploient ces
contraceptifs n’ont qu’une très faible probabilité d’accident
cardio-vasculaire — attaque, crise cardiaque, ou thrombo-embolie
(occlusion d’un vaisseau sanguin par un caillot) —, sous réserve
cependant qu’elles ne présentent ni antécédents de maladie cardio-vasculaire,
ni facteurs de risque pour une telle maladie, qu’il s’agisse
d’hypertension artérielle, de diabète ou de tabagisme. (Les COC sont
contre-indiqués chez les femmes de 35 ans ou plus qui fument plus de 15
cigarettes par jour. D’ailleurs, ils ne sont pas recommandés chez les
femmes de 35 ans ou plus qui en fument moins. Les CIC, eux aussi, ne
sont pas recommandés chez les femmes de 35 ans ou plus qui fument 15
cigarettes ou plus par jour.)19
Quand la femme prend de l’âge, les
risques de thrombo-embolie et d’attaque d’apoplexie hémorragique liés
à l’emploi des COC augmentent. Il faut cependant préciser que
l’incidence des accidents cardio-vasculaires (attaque, crise cardiaque,
thrombo-embolie veineuse) chez les femmes en âge de procréer est très
faible. Chez les sujets ne présentant pas de facteur de risque, la
probabilité annuelle d’un accident cardio-vasculaire mortel
attribuable aux COC est d’environ 2 pour un million chez les
utilisatrices de 20 à 24 ans, de 2 à 5 pour un million chez les 30 à
34 ans et de 20 à 25 pour un million chez les 40 à 44 ans.20
Outre leur effet contraceptif, les COC
offrent d’autres avantages importants pour la santé. A tout âge, ils
réduisent presque de moitié les risques de cancer de l’ovaire et de
cancer de l’endomètre. Cet effet protecteur persiste 10 à 15 ans après
l’abandon de la méthode. Plus la durée d’utilisation s’allonge,
plus cet effet est marqué.21 (On ignore si les CIC offrent
une protection similaire.) Quant au cancer du sein, deux études récentes
ont porté sur l’impact éventuel des COC sur cette maladie. La première,
une méta-analyse, a montré une légère augmentation du risque en cas
d’utilisation récente, mais une réduction significative de la
probabilité d’un cancer métastatique.22 La seconde étude,
de type cas-témoins, a été réalisée avec un échantillon représentatif
de plus de 9.000 femmes âgées de 35 à 64 ans. Elle n’a pas établi
d’association entre utilisation antérieure ou actuelle des COC et
augmentation du risque de cancer du sein, même chez les femmes ayant
des parents proches atteints par la maladie.23 Ce travail a
été conduit par des chercheurs des U.S. Centers for Disease Control
and Prevention (CDC) et des National Institutes of Health (NIH). Il
s’agit de la plus grande étude jamais entreprise pour évaluer les
possibles risques de cancer du sein chez les utilisatrices des COC.
Par ailleurs, de nombreuses études
indiquent que l’emploi des COC en péri-ménopause protège la densité
osseuse des femmes (alors qu’on observe une perte de densité chez les
non-utilisatrices). Les femmes qui utilisent les COC en fin de vie procréative
auraient donc des os plus résistants au moment où leur ménopause
s’installe définitivement.24
«Un autre avantage des COC, c’est
qu’ils régularisent parfaitement les règles. Cette régulation
permet sans doute de limiter le nombre de procédés effractifs et
d’actes chirurgicaux qui servent à diagnostiquer ou à traiter des
saignements irréguliers si courants chez la femme d’un certain âge»,
dit le docteur Grimes. «Même si dans cette tranche d’âge la plupart
des saignements irréguliers se révèlent bénins, il faut toujours
chercher à éliminer l’hypothèse d’un cancer endométrial.»
Enfin, les COC permettent de bien contrôler
les bouffées de chaleur et les autres symptômes incommodants qui se
manifestent à l’approche de la ménopause. Une hormonothérapie
substitutive (HTS) peut avoir le même effet avec des doses inférieures
à celles contenues dans les COC. Mais une HTS ne remplace pas un
contraceptif. En outre, il semble qu’il faille peser sérieusement le
pour et le contre d’une telle thérapie. Les prestataires devraient en
discuter avec les femmes qui suivent ce type de traitement ou qui
envisagent de le faire.
Selon les données recueillies pendant cinq
ans grâce à une vaste étude sur les avantages et sur les risques
majeurs de la HTS chez les femmes ménopausées et en bonne santé, une
hormonothérapie combinée (oestrogène/progestatif) augmenterait les
risques d’apoplexie et de crise cardiaque respectivement de 41% et de
29% par rapport à un traitement avec placebo.25 D’autres
études ont montré qu’une HTS combinée entraînait un risque accru
d’accident cardio-vasculaire chez les femmes ménopausées souffrant déjà
d’une maladie cardiaque, mais que ce risque diminuait avec le temps.26
La vaste étude conduite aux Etats-Unis
(Women’s Health Initiative) a également montré qu’une HTS combinée
réduisait le risque de cancer colorectal comme celui de fracture de la
hanche, mais qu’il augmentait celui de cancer du sein de 26%. (Ce
dernier résultat a conduit à la suspension de la partie de l’étude
visant à comparer HTS combinée — oestrogène/progestatif — et
traitement avec placebo.) Les résultats d’autres études ont indiqué
un risque accru de cancer du sein chez les femmes ayant suivi ou suivant
toujours une HTS d’une durée de cinq ans ou plus.27 D’un
autre côté, plusieurs études épidémiologiques indiquent que le
risque de cancer métastatique du sein est significativement inférieur
chez les femmes traitées par HTS.28 Et selon une analyse récente
conduite par les chercheurs de FHI d’études observationnelles publiées
sur ce sujet, la probabilité de mourir d’un cancer du sein serait
moindre chez les femmes ménopausées traitées par HTS.29
Un des inconvénients de l’emploi des COC
ou des CIC en fin de vie procréative, c’est qu’ils peuvent masquer
la survenue de la ménopause. (Tant qu’elle utilisera un contraceptif
contenant un oestrogène, la femme continuera en effet à saigner tous
les mois.) Dans les situations où il est impossible de faire un test de
fertilité en laboratoire (coût prohibitif ou manque de ressources
techniques), on peut recourir à deux techniques pour s’assurer que la
femme est bien ménopausée et que l’abandon définitif des COC ne
pose pas de risque de grossesse accidentelle. La première technique
consiste à suspendre la prise des COC pendant six mois en utilisant
temporairement une méthode de barrière. Si la femme n’a pas de règles
durant ces six mois, elle n’aura plus besoin de contraception. A
l’inverse, si ses règles reprennent, elle pourra se remettre aux COC
et répéter la procédure un an plus tard (nouvel arrêt de la prise
des COC pendant six mois avec adoption temporaire d’une méthode de
barrière).30 La seconde technique est applicable par les
femmes qui ne fument pas et qui sont en bonne santé. Elle consiste
simplement à poursuivre la prise des COC au moins jusqu’à 53 ans, un
âge au-delà duquel on est presque certain que l’ovulation ne se
produira plus.
Contraceptifs progestatifs
Lorsque la prise d’oestrogène est
contre-indiquée (ex.: fumeuses, sujets présentant un risque cardio-vasculaire),
les femmes en péri-ménopause peuvent quand même utiliser un
contraceptif hormonal: elles ont alors le choix entre plusieurs
progestatifs, qu’ils soient injectables ou en forme de pilules ou
d’implants.
Mais les progestatifs peuvent perturber les
règles de manière imprévisible, en rallongeant ou en écourtant le
cycle menstruel, en provoquant un spotting déplaisant et même en
induisant une aménorrhée. Ces effets secondaires sont inacceptables
pour certaines femmes. C’est ce qu’a montré une étude prospective
conduite pendant deux ans à Bangkok, en Thaïlande, avec des
utilisatrices de l’acétate de médroxyprogesterone-retard (DMPA) âgées
de 35 ans ou plus (échantillon de 60 femmes). Quatre femmes sur cinq
ont abandonné la méthode à cause des saignements irréguliers induits
par ce progestatif injectable, qui s’administre tous les trois mois.31
Comme les sujets d’un certain âge sont souvent atteints
d’affections gynécologiques s’accompagnant elles aussi de troubles
menstruels, il faut, préalablement à l’adoption d’une méthode
progestative, accorder une attention particulière à toute irrégularité
du cycle. En outre, si des saignements fréquents ou prolongés
surviennent chez une femme utilisant un progestatif, il faudra
rechercher une possible cause gynécologique. Par ailleurs, il faut
savoir qu’après l’arrêt des injections de DMPA la reprise de
menstrues régulières est tardive et imprévisible et que, en conséquence,
la détection d’une ménopause peut s’avérer difficile.
Au nombre des avantages non contraceptifs,
le DMPA protège contre les fibromes utérins.32 Il est aussi
possible qu’il ait un effet protecteur contre le cancer endométrial.33
Par contre, son emploi est liée à une perte de densité osseuse chez
les femmes péri-ménopausiques, mais cette densité se rétablit après
l’arrêt des injections. L’impact résiduel du DMPA sur la densité
osseuse des sujets ménopausés est faible. Il n’a sans doute pas
d’effet substantiel sur le risque de fracture.34
Pour les femmes d’un certain âge, les
implants au lévonorgestrel sont peut-être une meilleure option que les
progestatifs injectables. Ils libèrent en effet leur hormone de manière
continue, à une concentration plus faible et sur une période plus
longue. (Le Norplant à six bâtonnets offre une protection
contraceptive efficace et sans risque pendant sept ans,35 le
Jadelle à deux bâtonnets pendant cinq ans.36) En Thaïlande,
une récente étude prospective d’une année a permis de suivre 100
utilisatrices du Norplant à six bâtonnets et âgées de 35 à 47 ans.
Elle a confirmé l’efficacité et l’innocuité du contraceptif.37
«Les études sur les implants au lévonorgestrel faites dans divers
pays n’indiquent qu’un faible impact sur la densité osseuse, voire
une absence d’impact», précise Irving Sivin, un chercheur du
Population Council, à New-York, qui a étudié de près les
contraceptifs progestatifs et qui a contribué à leur développement.
«En termes de fibromes utérins et de cancers gynécologiques, ces
implants semblent n’avoir ni effet positif ni effet nocif.»
Les pilules progestatives (PP) sont moins
efficaces que les COC. Mais, passé un certain âge, la fertilité
moindre de la femme conjuguée à sa meilleure discipline (la prise des
PP doit se faire chaque jour à la même heure) permettent de compenser
cette différence d’efficacité. Les femmes d’un certain âge
pourront aussi se servir des PP en contraception d’urgence. Deux
prises seront nécessaires, avec chaque fois une dose d’au moins 0,75
mg de lévonorgestrel. Ce type de contraception permet d’éviter une
grossesse après un rapport non protégé, un échec de la méthode
contraceptive ou son mauvais emploi.
Quand faut-il arrêter la contraception?
«Si une femme en fin de sa vie procréative peut
toujours avoir des règles, souvent, aucune ovulation ne se produit»,
informe le docteur Grimes. «Quand elle atteint la cinquantaine, sa
fertilité est presque nulle.» Certains experts suggèrent de
conseiller aux femmes d’abandonner toute contraception dès l’âge
de 50 ans. D’autres recommandent d’attendre entre six et douze mois
après la survenue des dernières menstrues. Aux femmes qui utilisent
des méthodes hormonales masquant la disparition des règles, il
faudrait conseiller de continuer cet emploi jusqu’à l’âge de 53
ans, précise le docteur Grimes.
A tous les âges cependant, une règle de santé
s’impose: les femmes sexuellement actives et exposées au risque
d’une IST ou du VIH doivent se protéger en employant un préservatif
de manière correcte et systématique.
— Kim Best
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| Options contraceptives pour les femmes
d'un certain âge |
 |
| Cliquez sur l'image pour voir une version
plus large. |
Les
avantages de l’expérience
|
| En matière de
contraception, les femmes d’un certain âge ont généralement
plus d’expérience que les jeunes. Il est probable qu’elles
utilisent les moyens contraceptifs d’une manière plus
responsable et qu’elles en obtiennent le maximum d’efficacité,
surtout s’il s’agit de l’abstinence périodique ou des méthodes
de barrière. Mais on peut se demander si la baisse naturelle de
la fertilité dans cette population et si la réduction habituelle
du nombre des rapports sexuels chez les femmes plus âgées ne
mettent pas en balance les taux inférieurs d’efficacité que
chiffrent ces méthodes.
Chez une femme d’un certain âge qui
pratique l’abstinence périodique et dont les règles deviennent
irrégulières, le risque d’échec contraceptif va s’accroître
si elle continue de se baser uniquement sur le calendrier ou sur
l’apparition des signes de fertilité. La femme pourra alors préférer
surveiller sa température basale du corps (méthode des températures)
ou l’état de sa glaire cervicale (méthode Billings), même si
ces méthodes allongent souvent la phase d’abstinence
obligatoire.1
Si les taux d’échec contraceptif des préservatifs
et des autres méthodes de barrière (diaphragmes, capes
cervicales, spermicides) sont relativement élevés, ils s’améliorent
avec l’âge des utilisatrices, en raison de cette fertilité réduite.
Par ailleurs, chez les sujets dont les parois vaginales se relâchent,
l’adaptation et le maintien en place d’un diaphragme
deviennent plus difficiles; dans ce cas, une cape cervicale, qui
s’adapte directement sur le col, est peut-être une meilleure
option. Enfin, en cas de sécheresse vaginale, on pourra recourir
aux produits spermicides lubrifiants compatibles avec ces méthodes
contraceptives.2
— Kim Best
Références
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older. Clin Obstet Gynecol 1998;41(4):951-57.
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|
Le
VIH/SIDA n’épargne aucune génération
|
|
On croit souvent que le sida ne touche que les jeunes. Sur les
affiches des campagnes de prévention contre le VIH/SIDA, on ne
voit que rarement des visages couverts de rides. Et les rapports
sur la prévalence du virus tendent à ne mentionner que les
enfants et les adultes en âge de procréer (15 à 49 ans), comme
si, passé 50 ans, le risque d’infection par le VIH ou de
survenue d’un sida n’existait plus.1 La plupart des
personnes d’un certain âge sont les premières convaincues que
ce risque est faible.2 Elles sont souvent peu
familiarisées avec les moyens de prévention des infections
sexuellement transmissibles (IST) et notamment d’une
contamination par le VIH. Elles n’ont aussi plus besoin de
contraceptifs et, en conséquence, elles n’utilisent que
rarement le préservatif dans un but prophylactique ou
anticonceptionnel.3
En
outre, comme les personnes d’un certain âge estiment négligeable
leur risque de contracter le VIH/SIDA, elles considèrent souvent
le test de dépistage comme superflu.4 Si elles tombent
malades, elles auront tendance à attribuer leurs symptômes au
processus de vieillissement plutôt qu’à un sida en train de se
développer. Mais plus le diagnostic sera tardif, moins le
traitement pourra prolonger leur vie. De fait, si leurs taux de
survie au VIH sont en général moindres que ceux de groupes plus
jeunes, c’est dû non seulement à des délais de diagnostic et
de traitement5, mais aussi au vieillissement de
l’organisme qui semble accélérer l’évolution de
l’infection et la maturation du sida.6
En réalité, le sida n’épargne aucune génération,
à l’encontre de l’idée erronée que c’est une maladie de
jeunes personnes. Les hommes et les femmes d’un certain âge qui
sont sexuellement actifs et exposés à une possible infection
devraient adopter des comportements à moindre risque, en se protégeant
par exemple avec un préservatif de manière correcte et systématique.
Aux Etats-Unis, environ 11% des personnes
atteintes du sida sont âgées de 50 ans ou plus et cette
proportion atteint 15% dans certaines régions du pays. De plus en
plus fréquemment, la source de la contamination est un rapport hétérosexuel.7
Les tendances sont comparables dans les autres pays industriels.
En Europe occidentale par exemple, près de 10% des nouvelles
infections par le VIH enregistrées entre janvier 1997 et juin
2000 l’ont été chez des personnes de plus de 50 ans.8
«Dans
les pays en développement, les personnes âgés de 50 ans et plus
ne représentent souvent qu’une proportion inférieure du nombre
total des cas de sida, sans doute parce que l’espérance de vie
des habitants y est inférieure», note M. John Knodel. M. Knodel
est professeur au Population Studies Center de l’université du
Michigan et auteur principal d’un récent rapport sur l’impact
global du sida chez les plus de 50 ans.9 «Hommes et
femmes confondus, ce pourcentage est d’environ 5% en Asie, 6% en
Afrique et 7% en Amérique latine. En Afrique comme en Asie, où
les relations hétérosexuelles représentent le premier mode de
transmission, les taux d’infections par le VIH des hommes de
cette même tranche d’âge ont tendance à dépasser ceux des
femmes. Cette différence reflète probablement le fait que, dans
les couples ayant des rapports sexuels, l’homme est typiquement
plus âgé que la femme.».
Les prestataires en santé de la
reproduction devraient aussi considérer les points suivants:
- Un grand nombre de personnes d’un
certain âge sont sexuellement actives. Une association de
retraités basée aux Etats-Unis, l’American Association of
Retired Persons (AARP), a conduit en 1999 une enquête auprès
d’un échantillon représentatif de 1.384 sujets âgés de
45 ans et plus. Cette enquête a montré qu’environ les deux
tiers des hommes et des femmes âgées de 45 à 59 ans et
ayant un(e) partenaire intime avaient des rapports sexuels au
moins une fois par semaine. (Cette proportion était d’un
quart chez les sujets âgés de 75 ans. et plus.)10
Par ailleurs, basée sur une enquête réalisée en 1995 avec
un échantillon représentatif, une étude a été menée en
Thaïlande sur l’activité sexuelle des plus de 50 ans. Ses
résultats indiquent qu’un nombre substantiel des couples
mariés a toujours des relations sexuelles, même si leurs fréquences
sont moindres que celles relevées dans les pays occidentaux
pour la même tranche d’âge11.
| Pourcentage des personnes
atteintes du sida ayant 50 ans ou plus |
 |
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-
Si de nombreuses personnes diagnostiquées
avec le sida après 50 ans ont probablement été infectées
quand elles étaient de jeunes adultes, les nouvelles
infections ne sont pas rares dans cette tranche d’âge. Les
relations hétérosexuelles représente le principal mode de
transmission, avec comme facteurs de risque pour ce type de
relation: rapports sans protection, partenaires sexuels
multiples et infection par d’autres IST. L’existence de
tels risques a été démontrée par une étude rétrospective
sur six ans réalisée au Royaume-Uni. Cette étude a porté
sur 239 nouveaux patients âgés de 60 ans ou plus et traités
dans un service hospitalier pour maladies génito-urinaires.
Plus de la moitié de l’échantillon (121) se composait de
patients des deux sexes étant célibataires, divorcés, séparés
ou veufs. «Ils étaient "libres comme l’air"»,
ont noté les chercheurs, «et fréquentaient des partenaires
occasionnel(le)s, voire des prostitué(e)s. Seule une minorité
d’entre eux utilisaient une protection, ce qui s’explique
sans doute par le fait que, pour nombre de ces patients,
protection signifie avant tout protection contraceptive.»12
-
Il est parfois souhaitable de discuter
de sexualité avec les sujets d’un certain âge ou de leur
poser des questions sur leur activité sexuelle. Ces personnes
sont moins enclines que les jeunes à aborder de tels sujets
avec leur médecin. De leur côté, les praticiens tendent à
ne pas questionner ces patients sur leurs comportements
sexuels.13
-
Les prestataires doivent être préparés
à discuter avec les personnes d’un certain âge du VIH/SIDA,
de ses facteurs de risque et des pratiques sexuelles recommandées.
Dans les pays industriels comme dans ceux en développement,
les personnes âgées en savent souvent moins que les jeunes
sur le VIH/SIDA.14
-
Le counseling doit aborder la question
de l’usage du préservatif avec les clients d’un certain
âge qui sont sexuellement actifs et exposés à un risque
infectieux. En 1994, une étude américaine a examiné les
données de deux vastes enquêtes transversales nationales.
Elle a montré que les personnes à risque de 50 ans ou plus
se protégeaient six fois moins avec un préservatif que les
jeunes d’une vingtaine d’années et également exposés au
risque d’une infection.15 Une autre étude américaine
a été conduite dans douze centres de santé locaux ou régionaux
auprès de 556 femmes atteintes d’un sida attribué à un
contact hétérosexuel. (Onze pour cent d’entre elles étaient
âgées de 50 ans ou plus). Cette étude a également permis
de constater que les femmes d’un certain âge étaient les
moins susceptibles d’avoir utilisé un préservatif.16
-
Chez la femme, il peut exister un
risque accru d’IST/VIH dû à des changements physiologiques
induits par la ménopause (ex.: sécheresse vaginale,
raccourcissement et rétrécissement du vagin, amincissement
des parois vaginales) en cas de rapport sexuel non protégé.
- Il est parfois souhaitable de suggérer
aux clients d’un certain âge et exposés à un risque
infectieux de passer un test de dépistage du VIH, surtout si
la personne se sent malade. Une étude réalisée dans la
ville de New York auprès de 78 hommes et femmes infectés par
le VIH et âgés de 50 ans ou plus a montré que les sujets
asymptomatiques attendent souvent avant de se faire tester ou
traiter, même s’ils savent qu’ils sont exposés à un
risque de contamination. Chez les sujets présentant des symptômes,
les chercheurs ont noté la même tendance à reporter le test
de dépistage du VIH ou traitement médical, de même qu’à
attribuer ces symptômes à d’autres maladies, à la
vieillesse ou à la ménopause.17
Bien des prestataires de santé
connaissent mal le risque d’infection par le VIH auquel sont
exposées les personnes d’un certain âge.18 Ils
envisagent moins facilement l’éventualité d’une telle
infection chez ces patients que chez des sujets plus jeunes.
Une enquête réalisée en 1996 auprès de 330 médecins de
premier recours a révélé que les deux tiers ne
discutaient jamais ou seulement rarement avec leurs patients
de plus de 50 ans du VIH/SIDA et de la réduction du risque
infectieux. Ils leur conseillaient aussi moins souvent
qu’aux patients plus jeunes de passer un test de dépistage.19
Une autre raison explique en partie cette incapacité des
praticiens à envisager une infection par le VIH chez les
personnes d’un certain âge et atteintes du sida: leurs
infections opportunistes courantes (encéphalopathie et dénutrition,
ou cachexie) se manifestent souvent par des symptômes
similaires à ceux d’autres affections liées au
vieillissement (maladie d’Alzheimer, dépression et cancer).20
Ces symptômes incluent problèmes de mémoire, fatigue et
amaigrissement. Les prestataires de santé font aussi parfois
l’erreur d’attribuer sueurs nocturnes et état dépressif
à la seule ménopause, alors qu’il peut s’agir de symptômes
d’un sida. Ce manque de discernement aboutit souvent à un
mauvais diagnostic et le sida de la personne d’un certain âge
demeure non détecté.21
- Tout délai du test de dépistage
et tout retard de traitement augmente le risque de
transmission du VIH à d’autres personnes et réduit les
chances de survie de la personne infectée par le virus, —
si une thérapie est disponible. La phase de latence entre
infection initiale et apparition du sida est plus courte chez
les personnes d’un certain âge, de même que leur durée de
survie.22 Aux Etats-Unis par exemple, les personnes
de 50 ans et plus avaient en 1996 deux fois plus de chance que
les jeunes de mourir dans le mois suivant le diagnostic de
leur sida.23 Une étude américaine datant de 1998
a permis de suivre deux groupes de patients atteints du sida.
Le premier groupe comptait 321 sujets âgés de 60 ans ou plus
et le second groupe de 7.511 sujets âgés de 20 à 39 ans. La
longévité moyenne en post-diagnostic était de neuf mois et
de 22 mois respectivement.24
| Thaïlande: Activité sexuelle des
couples d'un certain âge |
 |
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version plus large. |
-
Même si des médicaments antirétroviraux
sont disponibles, le traitement d’une personne âgée
atteinte du VIH/SIDA est plus difficile que celui d’un sujet
jeune. Les maladies chroniques (ex.: hypertension, diabète,
maladie du système vasculaire périphérique, coronaropathie)
sont plus fréquentes chez les personnes d’un certain âge
et il peut y avoir des interactions entre les médicaments
utilisés pour traiter ces affections avec ceux prescrits
contre le VIH/SIDA. Mais une récente étude américaine a
montré que le traitement des patients d’un certain âge
pouvait être plus efficace que celui des jeunes (en raison du
maintien des taux sériques du VIH au niveaux indétectables),
sans doute parce que ces patients s’astreignent mieux à
prendre leurs médicaments. Cette étude a été conduite avec
101 sujets de 50 ans ou plus et 202 sujets âgés de 18 à 39
ans. Tous les sujets avaient été traités avec des antirétroviraux
entre 1993 et 1999.25
— Kim Best
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|
«Personne
ne croit qu’il existe un risque dans cette tranche d’âge»
|
|
J’ai appris de la manière la pire que le
VIH n’infecte pas que les jeunes», confie Jane Fowler, une
retraitée de 67 ans.
Il y a plus de 10 ans, à l’âge de 55,
cette ancienne journaliste de Kansas City, aux Etats-Unis, a découvert
qu’elle était séropositive. Le diagnostic eut à l’époque
un effet psychologique dévastateur, mais Jane Fowler s’estime
heureuse d’avoir pu connaître son état à un stade précoce,
alors qu’elle était encore en bonne santé. «Souvent, chez les
personnes assez âgées, une infection par le VIH n’est
diagnostiquée que tardivement, quand un sida s’est déjà développé»,
explique-t-elle. «C’est dû en grande partie au fait que
personne ne croit qu’il existe un risque dans cette tranche d’âge.»
Jane Fowler n’avait jamais imaginé
qu’elle puisse un jour être infectée par le VIH. Mariée
pendant plus de vingt ans, elle a divorcé en 1983. Trois ans plus
tard, à l’âge de 50 ans, elle a eu une relation intime avec un
ami de longue date. Elle n’a pas songé à se protéger avec un
préservatif parce que «pour les gens de ma génération, le préservatif
est surtout un contraceptif et, passé la quarantaine, j’avais
subi une opération pour éviter toute future grossesse.»
| «Vous vous
dites qu’il n’y a aucun souci à se faire et qu’une
protection est inutile. Mais il faut toujours être sur
ses gardes, car on ne connaît jamais entièrement les antécédents
sexuels de nos partenaires.» |
Elle n’avait aussi jamais imaginé que
son partenaire puisse être infecté. Elle croyait bien le connaître
et lui faisait confiance. «Les personnes d’un certain âge
croient souvent que le VIH ne peut pas les atteindre», précise-t-elle.
«En outre, vous pensez que vous connaissez bien la personne,
parce que, entre autres raisons, vous êtes du même milieu ou
vous avez reçu la même éducation. Votre partenaire peut paraître
en bonne santé. Vous vous dites qu’il n’y a aucun souci à se
faire et qu’une protection est inutile. Mais il faut toujours être
sur ses gardes, car on ne connaît jamais entièrement les antécédents
sexuels de nos partenaires.»
Quand Jane Fowler a été diagnostiquée
avec le VIH, il existait déjà des antirétroviraux sur le marché.
Ces médicaments ont permis d’éviter que son infection évolue
en sida. «J’ai eu de la chance», dit-elle. Mais les premières
années ont été difficiles: «Je me suis repliée sur moi-même
et j’ai vécu discrètement. J’ai réagi ainsi par manque de
courage, par crainte d’une possible discrimination, d’un rejet,
d’une intolérance». Durant cette période, elle ne partageait
ses problèmes qu’avec sa famille et un petit cercle d’amis en
qui elle avait confiance.
Une telle réaction n’est pas rare,
surtout à partir d’un certain âge. «Non seulement on doit
affronter le stigmate de la vieillesse, mais aussi celui d’une
maladie qui frappe les toxicomanes et qui se transmet par le sexe»,
indique Jane Fowler. «Je n’ai pas consommé de drogues et je
n’avais pas des partenaires nombreux. Je vivais de manière très
traditionnelle. Mais si vous êtes séropositive, les gens tendent
à croire que vous êtes de moeurs légères, et, pire, elles ne
peuvent admettre qu’une personne d’un certain âge puisse
avoir des relations sexuelles.»
Malgré cette stigmatisation, Jane Fowler a
finalement jugé que son isolement volontaire était une erreur.
«J’ai décidé de ne plus cacher ma situation et de témoigner
en faveur de la prévention, surtout pour aider les personnes de
mon âge», explique-t-elle. «Tout d’un coup, j’étais déterminé
à changer les choses. J’ai décidé de me lever et de déclarer
au monde: " Vous voyez ce visage ridé? C’est une des
multiples faces du VIH. "»
Au printemps 1995, Jane Fowler est devenue
ce qu’elle appelle une «activiste VIH/SIDA». Elle a donné
quelque 500 conférences devant des audiences de tous âges. Elle
est aussi l’une des fondatrices de la National Association on
HIV Over Fifty (NAHOF), dont elle a été la coprésidente pendant
cinq ans. Elle dirige aujourd’hui un programme national basé à
Kansas City, le HIV Wisdom for Older Women (Conseils de prudence
aux femmes d’un certain âge en matière de VIH, cf. son site
Web à: www.hivwisdom.org).
De plus, elle participe de manière dynamique aux activités de
nombreuses organisations de lutte contre le VIH/SIDA.
Parmi les messages qu’elle veut partager,
Jane Fowler souligne la nécessité de «dissiper un mythe chez
les agents de santé, qui croient que les personnes du troisième
âge n’ont ni relations sexuelles ni comportements les exposant
au risque d’infection par le VIH. J’ai parlé à nombre de mes
connaissances et aucun de leurs prestataires de santé n’a
jamais pris en compte leurs antécédents sexuels. La vie sexuelle
d’une personne âgée est un sujet que les prestataires préfèrent
ignorer.»
Pour Jane Fowler, ce n’est pas
surprenant: «Imaginez un prestataire de santé de 30 ou 40 ans
ayant dans son bureau une patiente de 60 ou 65 ans. C’est comme
s’il devait discuter de sexe avec sa mère. Que le prestataire
soit un homme ou une femme, c’est une situation gênante et le
sujet n’est souvent pas abordé. De plus, dans certains
contextes culturels, les prestataires qui sont plus jeunes que
leurs patientes n’oseront jamais parler de pareilles questions
par simple respect envers leurs aînés.»
Les personnes séropositives d’un certain
âge sombrent souvent dans la dépression et dans l’isolement,
car, indique Jane Fowler, «elles sont probablement moins enclines
que des gens plus jeunes à participer à des groupes de soutien.
Et, du fait de la stigmatisation de la maladie, bien des femmes
dans cette tranche d’âge refusent d’en parler aux membres de
leur propre famille.»
Mme Fowler s’estime heureuse d’avoir un
fils de 38 ans avec lequel elle a toujours pu discuter franchement
de questions sexuelles et qui «a été et demeure mon meilleur
soutien. Sans son aide et celle de sa fiancée, je n’aurais pas
pu faire ce que je fais aujourd’hui.» Les premiers médicaments
qu’elles prenaient dans le passé étaient contraignants, mais
son traitement actuel est simple et ne dérange pas beaucoup ses
activités. «Je suis chaque année plus occupée, j’accepte
toutes les invitations, je traverse le pays de long en large et je
voyage même à l’étranger», relate-t-elle.
Jane Fowler est encouragée par le fait que
de plus en plus de gens échapperont à son sort: «Bien des
personnes ayant la cinquantaine et s’engageant dans une nouvelle
relation exigent maintenant de leur partenaire un test de dépistage
du VIH avant tout rapport sexuel. Et je conseillerais au couple de
toujours discuter de protection avant de laisser la passion
l’emporter. Si votre partenaire refuse d’utiliser une
protection, changez de partenaire. Un rapport sexuel non protégé,
même avec quelqu’un que vous croyez bien connaître, ne vaut
sans doute pas que vous mettiez votre vie en péril.»
— Kim Best
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Les
multiples facettes de la ménopause
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| Afin de mieux servir
les femmes en fin de vie procréative, les prestataires devraient
considérer les valeurs, les croyances et les pratiques liées à
la ménopause.
Dans certains contextes culturels, la ménopause
donne aux femmes une soudaine liberté et peut même leur conférer
de l’autorité. Ailleurs cependant, elle est vécue comme une
perte ou considérée comme un signe de mauvaise santé et elle
peut s’accom-pagner d’une moindre estime de soi. Dans les sociétés
où les menstrues symbolisent santé et jeunesse, il peut même
arriver que les femmes ménopausées interprètent des saignements
anormaux comme signe d’une fécondité retrouvée, sans songer
à consulter un médecin.
Pour bien des femmes n’ayant eu que
difficilement accès à la contraception et n’ayant pas pu contrôler
leur fertilité, la ménopause est vécue comme une délivrance,
car elle les libère de la crainte d’une grossesse non planifiée.
Pour la première fois de leur vie, elles pourront peut-être
prendre plaisir à leurs rapports sexuels.
Par ailleurs, dans certaines ethnies, la ménopause
confère des privilèges particuliers.1 Plusieurs
tribus du nord-ouest du Cameroun croient ainsi que la femme
s’assagit quand ses règles disparaissent. Son statut social
peut alors s’élever et elle accède même parfois à un certain
pouvoir.2 Au Nigeria, les femmes ménopausées acquièrent
souvent plus d’autorité dans leur foyer et dans leur communauté.3
Chez les Haoussas du nord du Nigeria, la coutume est de confiner
les épouses au foyer, mais on accorde aux femmes dont les
menstrues cessent définitivement la liberté de mouvement
qu’elles avaient perdue au moment du mariage. La ménopause peut
cependant entraîner perte d’identité et prohibitions. Toujours
chez les Haoussas, les sujets ménopausés ne sont plus considérés
comme des femmes et on leur interdit d’avoir des relations
sexuelles.4
Dans bien des cultures, la ménopause est
mal vécue par les femmes n’ayant pas eu d’enfant. Il leur
faut renoncer à tout espoir de maternité et une dépression peut
s’ensuivre. Même chez les mères, on note quelquefois une
baisse de l’estime de soi quand la fertilité disparaît.
L’importance attribuée à la capacité de concevoir est parfois
telle que les femmes veulent préserver l’arrivée mensuelle de
ses règles. En Côte d’Ivoire, par exemple, une pratique
courante veut que les femmes se mettent alors à utiliser des
contraceptifs hormonaux dans le but d’induire des saignements
mensuels.5
Les femmes ont souvent des sentiments
ambivalents quant à la ménopause. En 1997, FHI a réalisé une
enquête à El Alto et à La Paz, en Bolivie, auprès de 816
sujets ménopausés et pré-ménopausés qui avaient 45 ans ou
plus. (Ces sujets d’étude constituaient un échantillon représentatif
au plan national, car ils ont été tirés de l’Enquête démographique
et de santé réalisé en 1993-1994). La plupart de ces femmes ont
exprimé des sentiments positifs ou neutres. Elles étaient soulagées
de ne plus avoir de règles et de ne plus devoir craindre une
grossesse non planifiée. Mais un tiers d’entre elles a aussi
exprimé des sentiments négatifs, dus surtout à la peur de
vieillir et d’affronter des problèmes de santé. Les chercheurs
ont demandé aux 83 femmes pré-ménopausées incluses dans
l’enquête ce qu’elles considéraient comme une activité
sexuelle normale dans leur situation. Les deux tiers environ ont répondu
qu’il fallait réduire la fréquence des rapports intimes ou y
renoncer entièrement. Un tiers de ces femmes a signalé une détérioration
de leur relation avec leur partenaire depuis leur ménopause.6
Au Brésil, une enquête a été menée
auprès de 456 femmes âgées de 45 à 60 ans. Cet échantillon
représentatif était basé sur le recensement de population
conduit en 1991 par l’institut national de géographie et de
statistiques. Les trois quarts de ces femmes ont déclaré manquer
de désir sexuel. Un tiers pratiquait l’abstinence, mais la
raison principale en était soit une absence de partenaire sexuel,
soit un problème de santé du partenaire habituel. Chez les
sujets les plus âgés, le maintien d’une activité sexuelle était
facilité par les facteurs suivants: relation stable (mariage
surtout), revenus supérieurs et traitement hormonal de
substitution en cours. Les femmes ayant reçu une meilleure éducation
étaient aussi celles les plus satisfaites de leur vie sexuelle.7
Quand les menstrues sont perçues comme une
purification et comme l’indication d’un utérus sain, leur
disparition peut s’interpréter comme un signe de mauvaise santé.8
Les femmes d’un certain âge en arrivent alors à se réjouir de
saignements ou de masses abdominales d’origine cancéreuse
qu’elles considèrent à tort comme les manifestations d’une
nouvelle fécondité ou d’une grossesse. Leur erreur les conduit
à ne pas consulter de médecin. Les cancers du tractus génital féminin
(col de l’utérus, endomètre et ovaires) surviennent en général
entre 35 et 65 ans. Dans les pays en développement, ils tuent
plus fréquem-ment, car ils ne sont souvent détectés et traités
que tardivement. Pour cette raison, il faut impérativement que
les prestataires de santé informent les femmes d’un certain âge
sur les changements induits par la ménopause et qu’ils les
encouragent à consulter rapidement en cas d’évolution
anormale.9
— Kim Best
Références
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Women’s health problems in the Arab World: a holistic policy
perspective. Int J Gynaecol Obstet 1997;58(1):13-21.
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Practices Affecting the Reproductive Health of Women in
Cameroon. Nairobi: African Medical and Research Foundation
(AMREF), 1995.
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and fertility in Nigeria. In Petchesky R, Judd K, eds. Negotiating
Reproductive Rights: Women’s Perspectives across Countries
and Cultures. Atlantic Highlands, NJ: Zed Books, 1998.
- Johnson BC. Traditional practices affecting
the health of women in Nigeria. In Baasher T, Bannersman RH,
Rushwan H, et al., eds. Traditional Practices Affecting the
Health of Women and Children. Alexandria, Egypt: World
Health Organization, 1982.
- Wambua LT. African perceptions and myths about
menopause. East Afr Med J 1997; 74(10):645-46.
- Bailey P, Najera T, Trottier D. Menopause in
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1999.
- Tadini V, Pinto-Neto AM, Pedro AO, et al.
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2001;16(suppl 1):104-5.
- Snowden R, Christian B, eds. Patterns and
Perceptions of Menstruation, a World Health Organization
International Collaborative Study in Egypt, India, Indonesia,
Jamaica, Mexico, Pakistan, Philippines, Republic of Korea,
United Kingdom and Yugoslavia. New York: Croom Helm, Long
and Canberra, and St. Martin’s Press, 1983; Scott CS. The
relationship between beliefs about the menstrual cycle and
choice of fertility regulating methods within five ethnic
groups. Int J Gynaecol Obstet 1975;13(3):105-9.
- Wambua.
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