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SOWETO, Afrique du Sud – Par une belle après-midi
d’août, en attendant que démarre le programme de sensibilisation au
sida, 400 élèves environ étaient rassemblés dans la grande cour de
l’école secondaire Mafori Mphahlele. En plein soleil, Marie, 16 ans,
Nomomde, 17 ans, Mbali, 16 ans et Margaret, 17 ans, riaient ensemble en
collant sur leurs uniformes des vignettes avec les slogans Safe Sex
Saves Lives (Rapports protégés = Vies sauvées) et Protect the
Ones You Love (Protège ceux que tu aimes). Marie s’était même
fait des boucles d’oreille avec plusieurs autocollants. Et les garçons
en couvraient aussi leurs corps et leurs vêtements.
Ce long programme, qui devait durer tout l’après-midi,
incluait des conférenciers invités, des sketches joués par les élèves,
des démonstrations de l’emploi du préservatif, l’apparition d’un
bonhomme-condom (Trust man), de la musique, des poèmes et des chansons
écrits par les élèves, ainsi que l’allumage de bougies en solidarité
avec toutes les victimes du sida. Durant tout le programme, qui se
prolongeait bien après l’heure normale de la fin des cours, les élèves
se montraient très patients. Le moment le plus remarquable de l’après-midi
était celui de l’intervention d’une jeune femme de 18 ans,
Michelle.
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| Des élèves de l'école secondaire Mafori
Mphahlele de Soweto, en Afrique du Sud, pendant un récent
programme de sensibilisation au sida. |
« Quand j’étais à l’école, je n’avais pas
une attitude positive », avouait-elle aux élèves. « J’avais des
rapports sexuels et je ne pensais qu’à mes petits amis. » Après une
pause, elle se tournait vers l’auditoire, la main levée, en demandant
: « Votre vie tourne-t-elle autour du sexe ? », à quoi de nombreux élèves
répondaient en criant : « Non ! » Michelle poursuivait : « On veut
s’amuser, mais on attrape au passage une grossesse, une infection
sexuellement transmissible ou le sida. Comment pouvez-vous ignorer cela
? Comme vous, j’avais des rêves. Je m’imaginais un jour danseuse ou
musicienne. Mais tout ce qui m’intéressait, c’était le sexe.
J’aimerais bien être à votre place aujourd’hui. Je suis tombée
enceinte. Mon copain m’a abandonnée. Il ne pouvait pas assumer ses
responsabilités. »
Seule face aux 400 élèves, Michelle continuait
calmement : « Après la naissance, j’ai voulu allaiter mon bébé au
sein, mais ils ont fait venir un médecin et un conseiller. Ils m’ont
dit que j’étais infectée par le VIH et que je ne pourrais pas
allaiter ma fille. Cette nouvelle m’a paralysée. Je savais que
j’allais mourir. » Elle faisait une pause, puis, en regardant les étudiants
bien en face, elle ajoutait : « Nous devons changer nos comportements.
Quand vous buvez de l’alcool, vous vous relâchez. Vous devez
respecter vos parents. Soyez-leur reconnaissants des conseils qu’ils
vous prodiguent. Le sexe est un cadeau réservé aux gens mariés, pas
aux jeunes comme nous. Parents et professeurs, nous avons besoin de vous
pour nous guider. »
Vulnérables et résilients
Comme les autres adolescents du monde entier, les élèves
de l’école Mphahlele sont à la fois vulnérables et résilients.
Mais de nouveaux alliés sont apparus dans le camp des jeunes. Ils
viennent renforcer le soutien qu’apportent déjà parents, enseignants,
camarades et ressources communautaires traditionnelles. De nouvelles
initiatives voient le jour contre les dangers qui menacent la jeunesse
et qui sont souvent liés aux comportements sexuels.
Les dix dernières années ont été celles d’une
meilleure compréhension des besoins des jeunes en matière sexuelle et
en santé de la reproduction. Divers travaux ont montré que, dans de
nombreux pays, l’âge du premier rapport intime chute alors que celui
du mariage augmente, avec pour conséquence un allongement de la période
de possible activité sexuelle avec des partenaires multiples.1
On accorde aujourd’hui plus d’attention aux normes culturelles
propres à chaque sexe, sans dissimuler le problème de violence
masculine et en ouvrant de nouvelles possibilités aux garçons comme
aux filles. Si ces normes évoluent, les filles pourront mieux se défendre
contre des rapports non désirés et les garçons adopter des attitudes
plus respectueuses et des comportements moins dangereux.2
« Les besoins des adolescents sont bien mieux pris en
compte », souligne Mme Nancy Williamson (FHI), directrice de YouthNet.
Ce nouveau programme d’une durée de cinq ans et d’un budget de 85
millions de dollars US vise à améliorer la santé de la reproduction
chez les jeunes. Il est en partie financé par l’Agence des Etats-Unis
pour le développement international (USAID). « Durant la dernière décennie,
les barrières sont lentement tombées. Par exemple, l’éducation
sexuelle à l’école est aujourd’hui plus fréquente. Les lignes
directrices des programmes ont également évolué de telle sorte que
davantage de prestataires prennent en charge des jeunes non mariés. Et
nous commençons à savoir quels types de services sont les plus
efficaces. »
Des services porteurs de succès
Pour pouvoir atteindre les jeunes, il faut employer
des techniques différentes de celles utilisées chez les adultes. La
plupart des adolescents ne s’intéressent pas d’eux-mêmes aux
services de santé de la reproduction. Pour les inciter à fréquenter
ces derniers, les programmes doivent d’abord sensibiliser les jeunes
aux questions qui peuvent les concerner.
L’Organisation mondiale de la Santé, le Fonds des
Nations Unies pour la population, le projet FOCUS on Young Adults, qui
est financé par l’USAID, et d’autres organismes ont discerné
plusieurs facteurs-clés pour la conception de bons programmes destinés
aux jeunes :3
- Identifier le groupe cible. Analyser atouts et
besoins.
- Faire coopérer les jeunes à la conception.
- Associer la communauté au projet, y compris les
parents.
- Partir des projets existants et établir des
passerelles entre eux.
- Utiliser les matériels conçus par les jeunes et
pour les jeunes.
- Créer les services accessibles répondant aux
besoins réellement exprimés par les jeunes.
Evaluation des interventions
Les programmes tentent aujourd’hui d’appliquer ces
règles à toute une gamme d’activités, qu’il s’agisse de leurs
services communautaires, de dispensaires conviviaux pour les jeunes,
d’actions éducatives en milieu scolaire, de campagnes médiatiques ou
encore de lignes d’assistance téléphonique (téléphone rouge).
Certaines organisations ont pu expérimenter et déterminer les
approches les plus efficaces. L’institut américain John Snow a ainsi
évalué dans huit pays et sur la période 1995-2000 ses propres
services destinés aux jeunes. Il en a tiré 22 leçons. La présence
d’un « champion pour la jeunesse » au sein d’un centre de
prestations peut favoriser un climat convivial. L’éducation de jeunes
par d’autres jeunes (on parle d’éducation par les pairs) est une méthode
à retenir. Il faut essayer de vaincre les résistances existant dans
certaines communautés vis-à-vis d’interventions en faveur des jeunes.
Le lancement d’une action ou d’un projet séparé est inutile pour
bien servir les jeunes.4
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| Le programme de sensibilisation au sida de
Soweto, en Afrique du Sud, encourageait des discussions ouvertes
sur les comportements ayant un impact en santé de la
reproduction. |
L’examen de plusieurs types de projets permet de
tirer des leçons profitables aux concepteurs des programmes. Ainsi :
Les maisons de jeunesse polyvalentes attirent surtout
les garçons, les jeunes les plus âgés ou les jeunes adultes, et un
faible pourcentage de ceux qui les fréquentent y viennent pour
s’informer sur la santé de la reproduction. Les centres de jeunesse gérés
par des organismes de planification familiale « sont souvent stigmatisés
par la communauté et par les jeunes eux-mêmes », comme l’indique
une récente étude du Population Council. « De nombreux jeunes,
surtout les filles, évitent les organismes de planification familiale,
car leur fréquentation laisse supposer qu’on est sexuellement actif
ou encore qu’on est atteint d’une maladie sexuellement
transmissible. »5
Les activités organisées conjointement avec les
scouts peuvent permettre d’atteindre efficacement les jeunes à l’école
comme en dehors, bien qu’il faille consacrer du temps à la
formation d’un encadrement peu familiarisé aux questions de santé de
la reproduction. Une étude a montré que les jeunes répondent mieux
aux programmes intégrés aux activités des scouts qu’à ceux offerts
séparément.6
Les lignes d’assistance téléphonique (téléphone
rouge) et les programmes de radio durant lesquels les jeunes peuvent
appeler la station sont de bons moyens d’atteindre une large part de
ce public. Selon un rapport de FOCUS on Young Adults consacré à
ces types d’interventions, « elles permettent aux jeunes d’obtenir
renseignements, conseils et contacts d’une façon à la fois pratique,
anonyme, interactive et bienveillante. » Mais l’évaluation de tels
projets s’avère difficile, car les appels sont traités
confidentiellement. De plus, leur viabilité n’est pas garantie ; aux
Philippines par exemple, après l’arrêt du soutien dont elle bénéficiait,
une ligne d’assistance n’a dû sa survie qu’à l’intervention
d’une compagnie téléphonique acceptant de se substituer au donateur
initial.7
La combinaison de plusieurs approches, comme une
campagne médiatique doublée d’une intervention en milieu scolaire et
d’une action au niveau communautaire, peut être efficace. C’est ce
qu’a démontré au Paraguay le projet Arte y Parte/PROMES, qui ciblait
les jeunes de 15 à 19 ans. Il incluait des ateliers dans les écoles,
des animations théâtrales dans la rue, un programme radiodiffusé
d’une heure chaque semaine, ainsi que la coopération de « pair-éducateurs
» (éducateurs du même âge). Une évaluation du projet a révélé
qu’il avait touché 44 % des jeunes des grandes villes, mais que son
succès était moindre auprès des adolescents non scolarisés ou de
milieux défavorisés. Le recours aux médias est surtout efficace
lorsqu’il cible des groupes bien précis et quand il est associé à
des ressources plus interactives.8
Confidentialité. Au Kenya, des chercheurs ont
noté que les pair-éducateurs ont tendance à porter des jugements sur
leurs camarades ayant des relations sexuelles préconjugales. Et
seulement 42 % des jeunes interrogés estimaient que ces pair-éducateurs
étaient dignes de confiance et capables de discrétion. Les chercheurs
en ont conclu qu’il faut « accorder une attention particulière aux
attitudes des membres des équipes et à la qualité de leurs
prestations ».9
Peu de travaux ont été publiés sur le rôle des
jeunes de sexe masculin dans le domaine de la santé de la reproduction
et sur leur prise en compte par les programmes de lutte contre le VIH et
le sida. Une récente étude du Panos Institute a montré que les
adolescents et les hommes âgés de 15 à 24 ans constituent le groupe
ayant le maximum de partenaires intimes et qu’ils sont loin
d’utiliser systématiquement un préservatif. « La majorité des
programmes de lutte contre le VIH/SIDA ciblent soit la jeunesse en général,
soit uniquement les adolescentes et les jeunes femmes », constate
Thomas Scalway, qui a rédigé le rapport final de cette étude. « Ce
sont les garçons et les hommes jeunes qui représentent la sous-population
la plus susceptible de s’exposer au risque d’une contamination par
le VIH et, pourtant, ils sont largement ignorés des programmes de
sensibilisation et de prévention. »10
Les experts s’accordent aussi à souligner le manque
d’évaluations et d’études sérieuses portant sur des questions
comme les efforts de faire participer les jeunes, l’efficacité des coûts,
la viabilité des projets et leur impact. Un examen des programmes pour
la jeunesse financés par la Gates Foundation a montré que deux tiers
d’entre eux ont mis en place des services de prestations cliniques
adaptées aux jeunes et ciblant surtout ceux non mariés. Mais de
nombreux travaux ont mis en évidence la difficulté d’attirer les
jeunes dans de tels centres et aucune des parties donatrices n’a pu démontrer
la réussite d’une telle stratégie.11 Une autre étude
d’évaluation de divers programmes a conclu qu’étant donné « les
limites en ressources financières et humaines, de même que le grand
nombre de jeunes à assister, il faut trouver des moyens plus économiques
pour atteindre cette population. »12
Expansion des projets
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| Un élève jouant un sketch dans le cadre du
programme de sensibilisation au sida de Soweto, en Afrique du
Sud. |
L’expansion des projets pour la jeunesse tient
compte des leçons tirées d’efforts antérieurs. Mais d’autres
facteurs jouent aussi sur ce développement, que ce soit par exemple les
sources de financement, la situation propre à chaque pays ou encore les
personnalités en jeu. En Afrique du Sud par exemple, il existe de
multiples projets se faisant concurrence pour les ressources, l’accès
aux jeunes et l’attention de ces derniers.
Un organisme de marketing social et d’action éducative,
Society for Family Health (SFH), travaille sur le terrain depuis le début
des années 90. La SFH s’est mise à concentrer davantage de ses
efforts en faveur des jeunes de Soweto, comme ceux de l’école
secondaire Mphahlele. A ce titre, il a produit des films et des séquences
pour la télévision. De son côté, le ministère de la Santé a lancé
une grande campagne contre le sida intitulée Beyond Awareness
Consortium. Une de ses composantes, le projet Soul City, a eu beaucoup
de succès en faisant intervenir divers groupes à des actions éducatives
à travers toute l’Afrique du Sud. Et l’initiative la plus récente
et la plus importante, loveLife, a démarré en 1999 avec un financement
solide, un recours aux médias et des campagnes de santé publique pour
promouvoir chez les jeunes un mode de vie sain et hygiénique.
« La situation en Afrique du Sud est nettement plus
compliquée que dans d’autres pays du continent », indique Rob Giger,
qui a participé en République démocratique du Congo, en Guinée et en
Côte d’Ivoire à des campagnes de marketing social du préservatif,
avant de s’établir en 1999 à Johannesburg pour y diriger le
programme SFH. « Il existe une infrastructure ici, ce qui est très
encourageant, et le sida est un thème qui occupe le devant de la scène,
ce qui est une bonne chose. Mais la concurrence entre les diverses
organisations est regrettable. En Côte d’Ivoire, nous pouvions
couvrir 75 % du pays. Ici, c’est beaucoup plus difficile. » La grande
variété de l’offre (sources multiples, choix de préservatifs, écarts
de prix) donne aux consommateurs plus de liberté et, pour les fidéliser,
les prestataires se font concurrence.
Le gouvernement a favorisé une distribution massive
et gratuite du préservatif. « Le danger d’une telle stratégie »,
avertit M. Giger, « c’est qu’on compte ensuite sur les autorités
pour résoudre les problèmes et pour poursuivre un tel
approvisionnement. Mais il faut que les gens prennent leurs
responsabilités, il faut qu’ils réduisent le nombre de leurs
partenaires tout en se protégeant avec le préservatif. Il faut que
chacun se dise : "J’ai un rôle à jouer." »
– William R. Finger
Références
- McCauley AP, Salter C, Kiragu K, et al. Meeting the
needs of young adults. Popul Reports 1995;J(41):3-9.
- Finger WR. Some cultures tolerate risky male
behaviors. Network 2000;20(3):21-23; Barnett B. Gender norms affect
adolescents. Network 1997;17(3):10-13.
- WHO/UNFPA/ UNICEF. Action for Adolescent Health:
Towards a Common Agenda: Recommendations from a Joint WHO/UNFPA/UNICEF
Study Group. Geneva: World Health Organization, 1997; Senderowitz J.
Reproductive Health Outreach Programs for Young Adults. Washington:
FOCUS on Young Adults, 1997; Senderowitz J. Thematic evaluation on
adolescent reproductive health – global report submitted to UNFPA.
Unpublished paper. Geneva: United Nations Population Fund, 1996;
Johnson S, Finger WR, Rivera R, et al. Reproductive Health of Young
Adults: Contraception, Pregnancy and Sexually Transmitted Diseases.
Research Triangle Park, NC: Family Health International, 1997.
- Newton N. Applying Best Practices to Youth
Reproductive Health: Lessons Learned from SEATS’ Experience.
Arlington, VA: John Snow, Inc., 2000.
- Overview of youth center assessments in Kenya,
Zimbabwe and Ghana. Unpublished paper. Population Council, 2000.
- Kahuthia G, Radeny S. Project highlights: using
scouting as a vehicle for reaching out-of-school youth. Program for
Appropriate Technology in Health, 2001. Available from: http://www.pathfind.org/Project%20Highlights/Scouts%20Kenya.htm.
- Moch L, Stevens C. In focus: reaching adolescents
through hotlines and radio call-in programs. FOCUS on Young Adults,
1999. Available from: http://www.pathfind.org/IN%20FOCUS/PDF/dec99.pdf.
- Aguilar P, Booking SM. Project highlights:
combining mass media, school, and community-based approaches. FOCUS
on Young Adults, n.d. Available from: http://www.pathfind.org/Project%20Highlights/paraguay.htm.
- Operations Research Technical Assistance, Africa
Project II. Programme Briefs: Adolescents: Population Council, n.d.
- Scalway T. Young Men and HIV: Culture, Poverty and
Risk. London: Panos Institute, 2001.
- Shepard B, Nuñez JG, Helfenbein S. Youth program
strategies in the Bill and Melinda Gates Foundation’s Global
Health Program: a strategic assessment. Unpublished paper. Gates
Foundation, 2001.
- Hughes J, McCauley AP. Improving the fit:
adolescents needs and future programs for sexual and reproductive
health in developing countries. Stud Fam Plann 1998;29(2):233-45.
Une
campagne encourageant les jeunes à discuter de sexualité
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En Afrique du Sud en bordure de Soweto, près
des stations de taxis et des arrêts de bus que prennent des
dizaines de milliers de banlieusards pour se rendre chaque jour
à ville voisine de Johannesburg, un grand panneau publicitaire
domine les étals des marchands de légumes. A la croisée de
routes poussiéreuses se détachent les images de deux jeunes
et, en gros caractères de couleur rose, le court message : His
and Hers (en français : Partenaires). En bas de
l’affiche, dont le fond violet vif tranche sur le ciel dégagé,
on peut lire le slogan : loveLife: Talk about it (loveLife
: il faut en parler). Que signifie cette publicité ? A-t-elle
vraiment un impact sur le public ciblé ? Que veut dire loveLife
(amourVie) ? Amour de la vie d’autrui ? Ou vie sexuelle
?
« Ce message évoque un état d’esprit, un
espoir pour le futur », déclare Jonathan Stadler, attaché au
Reproductive Health Research Unit de l’université de
Witwatersrand et directeur de recherche pour le projet loveLife.
Assis dans son bureau de l’hôpital Baragwanath, face à la
station de taxis, M. Stadler explique comment cette campagne
vise à « créer une nouvelle culture. Il s’agit de stimuler
les gens, de les encourager à se manifester et à discuter
entre eux de la vie. » La campagne repose notamment sur
l’utilisation de panneaux d’affichage, sur des efforts de
mobilisation communautaire et sur une ligne d’assistance téléphonique.
A travers cette campagne, le projet loveLife
vise à sensibiliser les jeunes aux questions de santé de la
reproduction et à les aider à acquérir certaines compétences
(on parle d’aptitudes à la vie quotidienne). En 2000, il a
lancé de multiples services à leur intention. Ainsi, huit
centres de prestations pour les jeunes (appelés les Centres-J)
ont été implantés et les dispensaires existants ont été
rendus plus accueillants pour les adolescents. Le projet a également
financé des efforts d’éducation par les pairs et des projets
d’action communautaire en collaboration avec la Planned
Parenthood Association of South Africa (PPASA). Par ailleurs, il
parraine chaque année une compétition sportive.
L’un de ces Centres-J se trouve à Orange
Farm, une commune rurale à quelques 45 minutes de Soweto, dans
laquelle vivent des Noirs aux revenus modestes. Une infirmière
de la PPASA, Khanyisile Khumalo, travaille dans cette unité qui
vient juste de démarrer et qui ne compte pour l’instant
qu’un seul autre employé et quelques pair-éducateurs. Le
matin, elle se rend dans les écoles pour discuter avec les
jeunes et, l’après-midi, elle assure une permanence au centre
pour les prestations cliniques. « Nous proposons aussi des
ateliers dans lesquels nous parlons de questions sexuelles, de
la grossesse, des infections sexuellement transmissibles, des
abus sexuels et des aptitudes à la vie quotidienne »,
explique-t-elle. « Je suis optimiste. Plus vous informez les
jeunes, plus vous corrigez leurs idées fausses. Nous faisons
appel à des techniques de motivation pour leur apprendre à
s’affirmer dans leurs relations avec leurs partenaires. »
Mais il reste à voir si le projet est capable
d’atteindre ses ambitieux objectifs. Une enquête conduite
auprès de 1.000 personnes a montré que loveLife était un nom
familier à plus de la moitié des sujets interrogés (échantillon
composé de 600 adolescents de 12 à 17 ans et de 400 adultes de
plus de 25 ans). Environ un tiers des personnes sondées avait
entendu parler du projet grâce à S’canto, une émission
télévisée. S’canto suit des jeunes qui voyagent dans
le pays pour parler à leurs pairs de questions sexuelles. Les
affiches publicitaires utilisées pour la campagne étaient
aussi connues d’un grand nombre.1
Une autre étude sur les centres pour
adolescents en Afrique du Sud a révélé que ceux du projet
loveLife sont très bien connus, sans doute parce que leurs
locaux sont à la fois neufs, spacieux et rehaussés de couleurs.
Les jeunes des deux sexes fréquentent les centres loveLife et
s’intéressent surtout aux activités récréatives. Selon les
chercheurs ayant mené cette étude, « en offrant aux jeunes
des installations de sports et de loisirs, on peut espérer
satisfaire largement aux objectifs de développement du
programme. Mais le lien entre de telles activités et un impact
positif sur la santé des jeunes n’est pas si évident. »2
Certains experts demeurent sceptiques. Le
projet loveLife leur paraît très coûteux. Il semble aussi
manquer d’une claire orientation. « Ce projet n’a pas de
modèle, ce n’est qu’une approche », estime Warren Parker,
qui est directeur du Center for AIDS Development, Research and
Evaluation, un organisme de recherche basé à Johannesburg et
ayant examiné les programmes nationaux de sensibilisation au
sida et de distribution de préservatifs en Afrique du Sud. «
Le projet loveLife n’est qu’une campagne de relations
publiques plaquée sur une idée. Son recours aux médias coûte
cher, sans pour autant promouvoir assez le préservatif. Il
faudrait consacrer plus d’efforts à la résolution de problèmes
bien spécifiques comme la pénurie épisodique de préservatifs
et la nécessité d’en assurer aux jeunes un accès régulier,
surtout dans des zones rurales. »
– William R. Finger
Références
- Stadler J. Looking at loveLife the First
Year: Summaries of Monitoring and Evaluation, September 1999
- September 2000. Bertsham, South Africa: Reproductive
Health Research Unit, Baragwanatah Hospital, n.d.
- Erulkar AS, Beksinska M, Cebekhulu Q. An
Assessment of Youth Centres in South Africa. New York:
Population Council, 2001.
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| Au sud-ouest de Johannesburg
se trouve la cité de Soweto. C’est ici où les jeunes
menaient, dans les années 70 et 80, de violentes manifestations
contre la politique d’apartheid du gouvernement sud-africain,
avec pour conséquence la fermeture de nombreuses écoles. De
nos jours, Soweto et ses quelque 4 millions d’habitants vivent
dans de meilleures conditions et les établissements scolaires
fonctionnent normalement.
Mais dans l’Afrique du Sud du
post-apartheid, de nouveaux dangers guettent la jeunesse de
Soweto. Ces dangers menacent en fait l’ensemble des pays en développement
et nombre de ses 1,5 milliards d’adolescents, soit un habitant
sur quatre de notre planète. Les jeunes sont en effet plus vulnérables
que les adultes au VIH et aux autres infections sexuellement
transmissibles (IST). Environ un tiers des 34 millions de
personnes aujourd’hui contaminées par le VIH ont entre 10 et
24 ans et, pour des raisons à la fois biologiques et
culturelles, les filles sont les plus touchées.1 Par
ailleurs, toujours dans le monde en développement, 13 millions
de naissances surviennent chaque année chez des adolescentes âgées
de 15 à 19 ans et souvent non mariées. Dans la plupart des cas,
ces mères abandonnent leur scolarité pour élever leur enfant
sans recevoir aucune aide du père.2 De plus,
l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime qu’entre 1
et 4,4 millions d’avortements sont pratiqués annuellement sur
des filles et des femmes de 10 à 24 ans, et, que la plupart de
ces interruptions de grossesse s’effectuent dans des
conditions illégales et dangereuses au plan de la santé.3
– William R. Finger
Références
- Young People and Sexually Transmitted
Diseases, Fact Sheet No. 186. Geneva: World Health
Organization, 1997; Report on the Global HIV/AIDS Epidemic.
Geneva: Joint United Nations Programme on HIV/AIDS, 2000.
- Barnett B, Eggleston E, Jackson J, et al.
Case Study of the Women’s Centre of Jamaica Foundation:
Program for Adolescent Mothers. Research Triangle Park, NC:
Family Health International, 1996.
- Young People and Sexually Transmitted
Diseases: WHO Fact Sheet No. 186. Geneva: World Health
Organization, 1997.
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