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Dans le monde entier, de nombreuses femmes se voient refuser une méthode
contraceptive pour des motifs de santé, qui, en réalité, ne reposent
sur aucune base scientifique. Ces barrières médicales excessives
limitent le choix offert aux femmes. Elles imposent à ces dernières
des méthodes de substitution qui ne sont pas toujours bien acceptées
et dont l’application, de ce fait, devient moins correcte et moins
systématique. Ces obstacles peuvent même s’avérer dangereux si le
refus d’un contraceptif efficace débouche ensuite sur une grossesse
non désirée. Dans la plupart des cas, le risque de décès dû à la
grossesse est bien supérieur à celui associé à l’usage d’un
contraceptif. Et certaines des femmes tombant enceintes contre leur
volonté opteront pour un avortement, qui, trop souvent, se pratique
dans des conditions illégales et dangereuses pour leur santé.
Plusieurs raisons expliquent l’existence de ces barrières médicales
inutiles. D’une part, il arrive que des lignes directrices pour la
prestation des services n’aient pas été mises à jour et qu’elles
ne reflètent donc plus l’état actuel de la connaissance scientifique,
ou même, dans certains contextes, que les prestataires ne disposent
d’aucune directive. D’autre part, il arrive aussi que les
prestataires comprennent mal les lignes directrices ou qu’ils
choisissent de les ignorer et d’imposer leurs propres restrictions. En
utilisant des contre-indications inappropriées ou en se basant à tort
sur la parité ou sur l’âge de la femme, ils refusent parfois
certaines méthodes. Et les clientes peuvent se voir obligées soit de
subir un examen physique ou des tests de laboratoire, soit d’attendre
leurs prochaines règles, même si de telles pratiques sont souvent
superflues au plan médical.
Il ne faut cependant pas croire que les prestataires refusant aux
femmes certains contraceptifs pour des raisons soi-disant médicales le
font de mauvaise foi. Dans le cadre d’une étude réalisée au Ghana
par exemple, on a pu observer qu’un grand nombre des agents de
planification familiale imposant d’inutiles restrictions pour
certaines méthodes « paraissent l’avoir fait avec la meilleure des
intentions », déclare M. John Stanback, qui est associé de recherche
principal chez FHI et qui se spécialise dans les questions concernant
la prestation des services. « La plupart des prestataires semblaient
croire qu’en agissant ainsi ils protégeaient à la fois la cliente et
la société. En refusant certaines méthodes, ils imaginaient protéger
leurs clientes contre une stérilité ou contre d’autres problèmes de
santé. Cependant, aussi admirable que ce souci de protection puisse
paraître, on peut provoquer plus de mal que de bien en exagérant les
dangers de méthodes contraceptives. »
Comment peut-on alors réduire les barrières s’opposant
inutilement à l’emploi des méthodes contraceptives ?
- En premier lieu, lors de la rédaction de lignes directrices pour
la prestation des services, il faut tenir compte dans le détail des
critères de recevabilité médicale établis par l’Organisation
mondiale de la Santé (OMS) pour l’usage des méthodes
contraceptives. Ces critères reposent sur les connaissances
scientifiques les plus récentes et sont reconnus internationalement.
« Les lignes directrices destinées aux prestataires respectent en
général les critères de recevabilité, mais sans en souligner
certains éléments », explique Mme Barbara Janowitz, qui est économiste
principale chez FHI et qui en dirige le département de recherche
sur les services de santé. « Par exemple, elles peuvent omettre de
préciser que certains examens ou certains tests constituent
l’exception plutôt que la règle en matière de contraception.
Elles peuvent aussi négliger de souligner qu’âge et parité ne
sont pas des paramètres à considérer en préscrivant certaines méthodes
contraceptives. »
 |
| Une participante à un stage de formation à Lima, au Pérou.
Grâce aux formations approfondies, on peut généraliser
l'application des lignes directrices pour la prestation des
services. |
L’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID)
et ses agences de coopération ont réagi à ces problèmes en lançant
une initiative de maximisation de l’accès aux services de
planification familiale et d’amélioration de leur qualité. Par
ailleurs, divers partenaires se sont récemment groupés pour démarrer
un projet commun, dont l’objectif est d’encourager les pays à
adopter des lignes directrices consacrant les pratiques fondées au
plan scientifique et considérées comme les meilleures pour les
services de santé de la reproduction.
-
En deuxième lieu, une fois les lignes directrices adoptées, il
faut s’assurer qu’elles sont largement diffusées pour atteindre
même les dispensaires les plus isolés.
-
En troisième lieu, il faut que les programmes adaptent leurs
lignes directrices en fonction des besoins, des préoccupations et
des ressources au plan local. Ils doivent aussi faire attention aux
passages des réglementations nationales, des politiques de
programmes et des protocoles de services qui comprennent des
restrictions qualifiées de « médicales », mais motivées avant
tout pour des raisons de nature sociale. Et il faut que les
prestataires soient encouragés à respecter les critères de
l’OMS incorporés dans les réglementations, dans les politiques
et dans les protocoles au lieu d’imposer leurs propres barrières
médicales.
- En dernier lieu, pour mieux généraliser l’application des
lignes directrices, il faudrait former soigneusement les
prestataires et mettre en place une supervision pour renforcer
l’effet de cette formation et faire respecter la substance des
recommandations officielles.1
Barrières imposées par les prestataires
En 1998, des chercheurs ont analysé plusieurs études récentes sur
les obstacles imposés par les prestataires au Botswana, au Burkina
Faso, au Kenya, au Sénégal et dans l’archipel de Zanzibar (Tanzanie).
Cette analyse a révélé que les prestataires doublent en moyenne le
nombre des critères de recevabilité exigés ou recommandés par les
lignes directrices nationales.2 En Tanzanie, ces dernières
stipulent que toute personne en âge de procréer a le droit de
s’informer sur la planification familiale, d’être éduquée dans ce
domaine et de bénéficier des services. Mais une étude réalisée dans
ce pays en 2000 a permis de constater l’existence d’importantes
barrières médicales au sein des centres prodiguant des services de
planification familiale et dépendant du gouvernement. Et c’est dans
ces établissements que 74 % des femmes optant pour une méthode moderne
se fournissent en contraceptifs.3
| La plupart des prestataires
imposant d’inutiles restrictions médicales semblent le faire
avec la meilleure des intentions. |
En 1994, des interviews ont été conduites en Jamaïque auprès de
367 médecins du secteur privé offrant des services de planification
familiale. Elles ont montré à quel point inquiétudes pour la santé
et facteurs socioculturels peuvent influencer les pratiques des
prestataires. Les chercheurs ont noté que l’incidence élevée de
l’hypertension et du diabète dans cette île expliquait sans doute
les interdictions trop strictes imposées à certaines clientes
souhaitant une méthode hormonale. De plus, il est probable que ces médecins,
qui assurent 36 % des services de planification familiale dans ce pays,
aient été influencés par le fait que la femme jamaïcaine attache une
très grande importance à sa fécondité et qu’elle considère ses
menstrues (que peuvent perturber certains contraceptifs hormonaux) comme
un signe de bonne santé.4
Si l’on espère des prestataires qu’ils se conforment aux
recommandations et aux lignes directrices, il faut leur apporter
formation et soutien, et il faut tenir compte de leurs attitudes pour
que la formation ait un impact.5 Dans ce but, l’USAID et
d’autres organisations comme FHI proposent des programmes de mise à
jour sur la contraception, dans lesquels on souligne les arguments
scientifiques réfutant ces pratiques excessives.
Pour illustrer ce besoin d’assistance, on peut citer les résultats
d’une étude réalisée au Malawi (enquête auprès des prestataires,
examen des inventaires des établissements et témoignages de femmes se
faisant passer pour des clientes) sur les barrières limitant l’accès
aux prestations. Elle a montré que les prestataires demeurent parfois hésitants
quant aux objectifs de leur travail, même s’ils disposent de
nouvelles lignes directrices reflétant mieux les critères de
recevabilité médicale établis par l’OMS.6 « En tant
qu’agents de santé, les prestataires ne jurent que par leur credo
‘Avant tout, ne pas nuire’ », dit Mme Paula Tavrow, qui a conduit
cette étude et qui est aujourd’hui directrice adjointe de la
recherche pour le compte du Quality Assurance Project géré par le
Center for Human Services (Bethesda, Maryland, Etats-Unis). « Aux yeux
de prestataires qui craignent qu’un emploi généralisé des
contraceptifs puisse favoriser des rapports sexuels douteux et le VIH/SIDA,
surtout chez les femmes non mariées, les nouvelles lignes directrices
paraissent en contradiction avec leur credo de base. En se contentant de
diffuser ces lignes directrices sans tenir compte de craintes bien
enracinées, les ministères de la Santé ont en général oublié
qu’il fallait une ‘courroie de transmission’. »
Au Salvador, une étude de FHI portant sur les faibles taux
d’utilisation du dispositif intra-utérin (DIU) a révélé que
certains prestataires se faisaient de fausses idées. Ils croyaient par
exemple que ce contraceptif pouvait provoquer un cancer. Par ailleurs,
ces prestataires manquaient parfois de la formation ou des compétences
nécessaires pour la pose du DIU, ce qui les dissuadait probablement de
pratiquer l’acte et ce qui empêchait inutilement les femmes d’en bénéficier.7
A titre de comparaison, les prestataires tanzaniens participaient entre
1992 et 1996 à un cours de formation à la planification familiale et
à la santé de la reproduction conçu pour renforcer le respect des
lignes directrices nationales. Ces prestataires étaient plus enclins à
poser un DIU que ceux n’ayant pas participé au cours (85 % contre 55
%).8
Obstacles propres à chaque méthode
Les critères de recevabilité de l’OMS ont été mis à jour en
2000. Les principales modifications ont concerné l’emploi des
contraceptifs hormonaux en cas de maladie cardiovasculaire. Les
restrictions ont été renforcées, car ces méthodes hormonales
augmentent effectivement le risque d’accident cardiovasculaire chez la
femme déjà atteinte d’une telle maladie. Mais la grande majorité
des femmes en bonne santé peuvent utiliser sans danger les
contraceptifs hormonaux (exception faite des contraceptifs oraux combinés
(COC) chez les sujets âgés d’au moins 35 ans et fumant au minimum 15
cigarettes par jour).
Pourtant, des craintes excessives et persistantes concernant les
effets de la contraception hormonale sur la santé ont été observées
chez des prestataires dans le monde entier.
Les contraceptifs injectables en particulier sont la source de
craintes sans rapport avec les contre-indications médicales spécifiées
par les critères de recevabilité de l’OMS. Hors des centres de soins
et de prestations (autrement dit, dans les contextes dans lesquels les
prestataires peuvent manquer de la formation ou de l’expérience nécessaires),
les critères de l’OMS restreignent l’emploi du DMPA (acétate de médroxyprogestérone-dépôt),
le contraceptif injectable le plus utilisé, chez les femmes présentant
l’une des conditions suivantes :
- hypertension artérielle (tension systolique >160 mm Hg
ou diastolique >100 mm Hg), thrombose veineuse profonde ou
embolie pulmonaire actuelles, affection vasculaire avec hypertension
ou diabète, cardiopathie ischémique ou attaque actuelles ou antécédents,
ou encore facteurs conjoints de risque de maladie cardiovasculaire (comme
âge élevé, tabagisme, diabète et hypertension artérielle) ;
- cancer du sein actuel ou antécédents, saignements vaginaux
inexpliqués ;
- hépatite virale évolutive, cirrhose grave ou tumeur du foie.
| Cliquez pour voir une version plus large. |
 |
| Extrait du formulaire conçu par FHI pour aider les
prestataires travaillant hors des centres de santé à déterminer
l'acceptabilité médicale d'une femme optant pour le DMPA. |
(FHI a conçu une fiche de contrôle destinée aux prestataires
travaillant hors des centres de soins et de prestations. Cette fiche les
aidera à déterminer si une femme peut utiliser le DMPA. Elle est basée
sur les critères de recevabilité médicale établis par l’OMS.
L’encart ci-dessus en reproduit un extrait. Le document
complet est accessible avec ses instructions en français, en
anglais, ou en espagnol).
Dans les centres de soins et de prestations (autrement dit, dans les
contextes dans lesquels les prestataires disposent souvent de la
formation et de l’expérience nécessaires), l’emploi de ce
contraceptif progestatif injectable n’est restreint que pour les
femmes présentant un cancer du sein actuel.
Il ne faut pas limiter l’emploi du DMPA en se basant sur la parité
(nombre d’enfants auxquels une femme a donné le jour). Une telle
restriction n’est pas fondée au plan médical, car le DMPA ne cause
pas d’infertilité chez ses utilisatrices. Il faut seulement prévenir
la femme jeune et nullipare qu’après la dernière injection l’effet
contraceptif du DMPA dure en moyenne quatre mois de plus que celui des
COC, du DIU ou des méthodes de barrière et qu’elle ne pourra donc
pas tomber enceinte durant cette période de transition.9
Cependant, de nombreux prestataires continuent à croire que le DMPA
peut causer une infertilité et, pour cette raison, basent leur décision
sur la parité de la femme (en imposant que celle-ci ait déjà un
nombre minimum d’enfants). Des études conduites en Tanzanie et au Sénégal
ont montré qu’entre un quart et un tiers des prestataires imposaient
des barrières à l’emploi du DMPA en retenant comme critère la parité.
En Tanzanie, ils exigeaient en moyenne que la femme ait déjà 2,5
enfants, et, au Sénégal, 3,4 enfants.10 Au Nigeria, des
chercheurs du Population Council ont constaté que la moitié des 245
prestataires suivis limitaient aussi leur prescription des injectables
en se basant sur la parité.11
Ces craintes sans fondement quant au risque d’infertilité lié au
DMPA (infertilité définitive ou fertilité retardée) se traduisent
aussi par l’imposition de limites d’âge inutiles. Dans le cadre
d’une étude menée au Ghana, FHI a interviewé 97 prestataires
enclins à imposer leurs propres barrières. Plus de la moitié
d’entre eux ont déclaré exiger un âge minimal et un âge maximal
pour diverses méthodes contraceptives, les seuils les plus stricts étant
appliqués aux injectables. Certains prestataires croyaient à tort que
le risque de complications liées aux méthodes hormonales était supérieur
chez les femmes jeunes. Trois d’entre eux avaient fixé un âge
minimal de 35 ans pour la prescription d’un contraceptif injectable.
Ils ont expliqué que, comme « les clientes de 35 ans ont des enfants
et sont proches de la ménopause, elles n’auront aucun regret si elles
deviennent stériles à cause des injectables. »12
Les COC
Les COC et les contraceptifs injectables combinés (CIC) sont en général
soumis aux mêmes restrictions médicales.13 Hors des centres
de soins et de prestations, ces deux méthodes devraient être
proscrites pour les femmes d’au moins 35 ans qui fument un minimum de
15 cigarettes par jour. Il faut aussi les refuser aux femmes présentant
une des conditions suivantes :
- hypertension artérielle (tension systolique >140 mm Hg
ou diastolique > 90 mm Hg), thrombose veineuse profonde ou
embolie pulmonaire actuelles ou antécédents, opération
chirurgicale majeure suivie d’une immobilisation prolongée,
facteurs multiples de risque de maladie cardiovasculaire (comme âge
élevé, tabagisme, diabète et hypertension artérielle), affection
vasculaire avec hypertension ou diabète, cardiopathie ischémique
ou attaque actuelles ou antécédents, ou encore cardiopathie
valvulaire avec complications ;
- cancer du sein actuel ou antécédents, hépatite virale évolutive,
cirrhose grave ou tumeur du foie ;
- migraines chez un sujet d’au moins 35 ans ou migraines avec
symptômes neurologiques focaux quel que soit l’âge du sujet ;
- prise de certains antibiotiques ou d’anticonvulsants ayant un
effet sur les enzymes hépatiques.
| Cliquez pour voir une version plus large. |
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Extrait du formulaire conçu par FHI pour aider les
prestataires travaillant hors des centres de santé à déterminer
l'acceptabilité médicale d'une femme optant pour des COC.
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(FHI a conçu une fiche de contrôle destinée aux prestataires
travaillant hors des centres de soins et de prestations. Cette fiche les
aidera à déterminer si une femme peut utiliser les COC. Elle est basée
sur les critères de recevabilité médicale établis par l’OMS.
L’encart à gauche en reproduit un extrait. Le document
complet est accessible avec ses instructions en français, en
anglais, ou en espagnol).
Même dans les centres de soins et de prestations, les femmes présentant
ces conditions médicales se verront souvent refuser les contraceptifs
combinés.
Cependant, les sujets non fumeurs et en bonne santé peuvent utiliser
sans danger des COC ou des CIC faiblement dosés. Et, sauf en cas de
maladie cardiovasculaire, les femmes d’un certain âge peuvent aussi
employer ces méthodes jusqu’à la ménopause. Mais les prestataires
continuent souvent à croire que COC et CIC représentent eux-mêmes un
risque d’affection cardiovasculaire chez ces femmes plus âgées.
En Tanzanie, une analyse de l’enquête de 1996 sur l’accès aux
services (Service Availability Survey) a révélé que 80 % des quelque
850 prestataires des centres de planification familiale imposaient un âge
minimal ou maximal pour l’emploi des COC. Ce travail a montré que,
pour l’obtention de contraceptifs oraux, les femmes tanzaniennes
affrontent des obstacles tenant compte non seulement de leur âge, mais
aussi de leur parité, de leur état matrimonial et de leur cycle
menstruel. Dans plus de la moitié des établissements publics, les
prestataires auraient refusé des COC à une adolescente de 15 ans non
mariée et nullipare ou à une femme de 40 ans ayant quatre enfants. En
revanche, une jeune femme de 20 ans mariée et mère d’un enfant
aurait pu recevoir la pilule dans 80 % des centres, une femme de 35 ans
mariée et mère de quatre enfants dans 95 % d’entre eux.14
La réticence des prestataires à approvisionner leurs clientes avec
un stock suffisant de COC pour plusieurs cycles menstruels constitue un
autre obstacle à leur emploi. L’USAID recommande pourtant de fournir
à la première consultation une quantité suffisante de pilules pour
couvrir jusqu’à 13 cycles et de renouveler l’approvisionnement à
chaque visite ultérieure, afin d’assurer un accès facile et
ininterrompu tout au long de l’année.15 Mais une étude récente
de FHI conduite au Paraguay pour évaluer l’impact de la diffusion des
lignes directrices a montré qu’après leur counseling dans l’un des
36 centres de santé ou des quatre hôpitaux de district, les nouvelles
utilisatrices des COC ne recevaient habituellement des pilules que pour
un cycle menstruel. Lors des visites suivantes, les femmes utilisant
toujours la méthode n’obtenaient que rarement une quantité de
pilules nécessaire pour plus de deux cycles.16 Une autre étude
récente de FHI menée dans 72 centres de soins du Kenya a permis de
constater que seulement 20 % des nouvelles utilisatrices de la pilule
recevaient un stock de COC suffisant pour couvrir au moins trois cycles
menstruels.17
Si les visites pour réapprovisionnement durant la première année
ne sont pas justifiées au plan médical, elles peuvent cependant présenter
plusieurs avantages. A la Jamaïque, FHI va bientôt examiner si une
visite obligatoire à un mois joue sur des facteurs comme la
satisfaction des clientes, l’abandon de la méthode et le signalement
des effets secondaires.
Les DIU
 |
| Une séance de counseling sur la planification familiale dans
un dispensaire en bordure de Katmandou, au Népal. |
Dans les centres de soins et de prestations, le DIU au cuivre (Cu-DIU)
ou le système intra-utérin au lévonorgestrel (LNg-SIU) doivent être
refusés aux femmes souffrant de l’une des conditions suivantes :
saignements vaginaux inexpliqués, cancer du col utérin ou de l’endomètre,
fibromes utérins s’accompagnant d’une distorsion de la cavité utérine,
tuberculose pelvienne, maladie inflammatoire pelvienne (MIP) ou
infection sexuellement transmissible (IST) actuelles, MIP ou IST au
cours des derniers trois mois. Le LNg-SIU est également proscrit chez
les femmes ayant un cancer du sein.
| Aux femmes souhaitant un DIU, on
impose parfois des visites de contrôle superflues. |
Hors des centres de soins et de prestations, la pose d’un LNg-SIU
doit être aussi refusée en cas de thrombose veineuse profonde ou
embolie pulmonaire actuelles, d’antécédents de cancer du sein, de
cancer de l’ovaire, d’hépatite virale évolutive, de cirrhose
grave, de tumeur du foie, de risque élevé de contamination par le VIH
ou d’autres IST, de séropositivité VIH ou de sida ; et celle d’un
Cu-DIU en cas de cancer de l’ovaire, de risque élevé de
contamination par le VIH ou d’autres IST, de séropositivité VIH ou
de sida.
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 |
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Fiche FHI de consultation rapide pour les Critères de
recevabilité médicale de l’OMS
|
Dans le cadre d’une étude de FHI menée auprès de 30 prestataires
au Salvador, un pays où l’emploi du DIU demeure rare, les chercheurs
ont cependant constaté qu’un tiers d’entre eux interdisaient ce
contraceptif aux femmes présentant un quelconque antécédent de MIP ou
un quelconque fibrome utérin. Six de ces prestataires refusaient à
tort la pose d’un DIU en cas d’antécédents de saignements
inhabituels. Et un tiers des prestataires restreignaient l’emploi de
la méthode chez les femmes sans enfants.18 Au Ghana, des
chercheurs de FHI ont noté qu’un tiers des 33 prestataires déclarant
avoir refusé un DIU pour cause de parité l’avait fait par crainte de
provoquer une infertilité ou de retarder la fertilité ; un autre tiers
considérait que le col utérin ou que l’utérus des femmes n’ayant
pas eu d’enfant était trop étroit.19 S’il est vrai que
le DIU n’est pas la première méthode à conseiller chez une femme
nullipare du fait d’une possible expulsion, les critères de l’OMS
précisent aussi que ses avantages l’emportent ici sur les risques théoriques
ou démontrés. Une récente étude réalisée par FHI au Mexique a
montré que ces femmes pouvaient utiliser un DIU sans danger pour leur
fertilité.20
Il arrive aussi que l’on impose aux femmes souhaitant un DIU des
visites de contrôle superflues. Une étude conduite par FHI à la Jamaïque
en 1994 a révélé qu’un quart des quelque 182 médecins du secteur
privé qui posaient des DIU exigeait au moins quatre visites de suivi
durant la première année.21 Mais la plupart des experts des
DIU et de la planification familiale ne conseillent pas plus de deux
visites durant cette même période.22
– Kim Best
Références
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Effectiveness of National Dissemination of Updated Reproductive
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F, et al., eds. Contraceptive Technology, Seventeenth Revised
Edition. (New York: Ardent Media, Inc., 1998)511-54.
Un
emploi sans risque des contraceptifs ne requiert
que rarement un examen médical
|
|
Dans bien des situations, un
examen médical est une composante essentielle des soins de santé
préventifs. Mais, quand il s’agit de contraception, un tel
examen n’est que rarement indispensable.
Il est par exemple déconseillé d’effectuer
de manière systématique des analyses de laboratoire préalables.
Le test sanguin le plus couramment demandé, celui de l’hémoglobine,
n’est vraiment utile que pour les femmes optant pour un
dispositif intra-utérin (DIU). Ce dernier peut en effet induire
une augmentation du flux menstruel et, par suite, une carence en
fer chez certains sujets.
Pour les méthodes hormonales, qu’il
s’agisse de contraceptifs oraux (CO), de contraceptifs
injectables ou du Norplant, il est préférable de mesurer la
tension artérielle. Mais si la mesure est impossible, il ne
faut pas pour autant refuser aux femmes ces moyens hormonaux.
Un examen pelvien n’est vraiment nécessaire
que pour la pose d’un DIU. Ni cet examen, ni le test de
Papanicolaou (frottis cervico-vaginal) ne sont indispensables
chez les femmes souhaitant une méthode hormonale. Cet examen et
ce test gênent, voire effraient, certains sujets, notamment les
adolescentes. Malgré cela, ils demeurent tous deux souvent
obligatoires.1
En 1996, dans le cadre d’une étude menée
à la Jamaïque sur la qualité des services de planification
familiale du secteur public et des organisations non
gouvernementales (ONG), les chercheurs de FHI ont noté à
l’entrée d’un centre de soins un panneau avertissant ainsi
les femmes : ´ Frottis vaginal obligatoire pour toute méthode
de planning familial ª.2 Et l’obstacle médical le
plus restrictif a été observé au Cameroun lors d’une étude
conduite par FHI dans 10 centres de santé auprès de 600 femmes
: avant de fournir des CO, on exigeait en effet des clientes
qu’elles aient actuellement leurs règles et qu’elles se
soumettent à un examen pelvien. Or, quand une femme a ses règles,
il est inutile de procéder à un tel examen pour éliminer la
possibilité d’une grossesse. Si l’examen était requis,
c’était sans doute pour vérifier que les femmes ne
trichaient pas à propos de la survenue de leurs règles.3
– Kim Best
Références
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Clinical breast and pelvic examination requirements for
hormonal contraception: current practice vs. evidence. JAMA
2001;285(17):2232-39.
- McFarlane C, Hardee K, DuCasse M, et al.
The Quality of Jamaica Public Sector and NGO Family Planning
Services: Perspectives of Providers and Clients. Research
Triangle Park, NC: McFarlane Consultants and Family Health
International, 1996.
- Nkwi P, Thompson A, Janowitz B. Measuring
Adherence of Service Providers to the National Maternal and
Child Health/Family Planning Service Guidelines. Research
Triangle Park, NC: Family Health International, 1995.
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Il
faut répondre aux besoins contraceptifs des femmes qui
n’ont pas leurs règles
|
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Dans le monde entier, surtout dans les régions
où il est impossible de faire un test de grossesse, les
prestataires en planification familiale refusent souvent de
fournir un moyen contraceptif aux femmes n’ayant pas leurs règles.1
Parfois, cette restriction inutile repose sur la crainte que
l’emploi d’un contraceptif puisse nuire au fœtus.
D’autres fois, les prestataires ont peur qu’une erreur chez
une femme déjà enceinte, comme une stérilisation ou la
fourniture d’un contraceptif, puisse porter atteinte à leur réputation
en tant que praticien.2 Dans les deux cas, en
refusant de répondre aux besoins contraceptifs des clientes qui
n’ont pas leurs règles, les prestataires les exposent au
risque d’une grossesse non désirée et les découragent
souvent de revenir consulter dans leurs services.
« Quand j’ai dit [à la prestataire] que je
ne n’avais pas mes règles, elle m’a simplement demandé de
revenir quand mes prochaines menstrues commenceraient », a
rapporté une femme qui, dans le cadre d’une étude menée en
1996 en Jamaïque par FHI, s’était fait passer pour une
cliente des services de planification familiale. « Elle ne
m’a même pas renseignée sur les autres méthodes que
j’aurais pu utiliser. » La femme a dû insister auprès de la
prestataire pour que celle-ci lui fournisse finalement quelques
préservatifs.3
Certains prestataires hésitent à donner des
contraceptifs oraux (CO) à n’utiliser qu’à l’apparition
des prochaines règles. Mais une petite étude réalisée par
FHI au Kenya a permis de comparer un groupe de 20 sujets
recevant ainsi des CO à l’avance à un groupe de 200 femmes
ayant leurs règles au moment de la distribution des pilules et
pouvant les employer immédiatement ; aucun problème
particulier n’a été signalé aux enquêteurs. Comme la
fourniture anticipée de CO est une pratique élémentaire dans
la plupart des régions du monde, les chercheurs de FHI
recommandent qu’elle soit explicitement mentionnée dans les
directives nationales de planification familiale ainsi que dans
les programmes de formation, non seulement au Kenya, mais dans
l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne.4
On peut facilement approvisionner une femme
simultanément avec des CO et des préservatifs, en lui
expliquant comment se protéger avec ces derniers jusqu’à la
survenue de ses règles et comment démarrer ensuite un premier
cycle avec les pilules contraceptives.
En Afrique, on a souvent recours à un autre
moyen pour éliminer l’hypothèse d’une grossesse chez une
femme n’ayant pas ses règles : il consiste à administrer de
fortes doses de CO pour provoquer les menstrues. Les chercheurs
de FHI ont récemment observé que cette pratique est courante
au Kenya, en Zambie et au Ghana. Elle est pourtant déconseillée,
car il existe de meilleures approches pour déterminer si une
femme est enceinte ou non.5
En premier lieu, les prestataires peuvent
faire un test de grossesse à partir des urines. Si ce test
n’est pas possible, ils pourront estimer avec fiabilité le
risque que la femme soit enceinte en la questionnant sur ses
dernières règles, sur son activité sexuelle et sur ses antécédents
de grossesse. Pour aider les prestataires, une simple liste de
contrôle en six points a été créée par FHI à partir des
recommandations de l’Agence des Etats-Unis pour le développement
international (USAID), ces dernières ayant reçu
l’approbation de l’Organisation mondiale de la Santé. En
cas de réponse affirmative à au moins l’une des questions et
en l’absence de signe ou de symptôme de grossesse, le
prestataire pourra raisonnablement supposer que la femme n’est
pas enceinte et lui fournir un moyen contraceptif. Un essai
conduit au Kenya a permis de vérifier la fiabilité de cet
outil : 99 % des 1.629 femmes chez lesquelles une grossesse
avait été considérée comme improbable grâce à la liste de
contrôle n’étaient effectivement pas enceintes.6
(La
liste de contrôle et ses instructions sont disponibles en
français, en anglais ou en espagnol).
– Kim Best
Références
- Speizer IS, Hotchkiss DR, Magnani RJ, et
al. Do service providers in Tanzania unnecessarily restrict
clients’ access to contraceptive methods? Int Fam Plann
Perspect 2000;26(1):13-20,42; Stanback J, Thompson A, Hardee
K, et al. Menstruation requirements: a significant barrier
to contraceptive access in developing countries. Stud Fam
Plann 1997;28(3):245-50.
- Lassner KJ, Janowitz B, Rodrigues CMB.
Sterilization approval and follow-through in Brazil. Stud
Fam Plann 1986;17(4):188-98; U.S. Agency for International
Development. Recommandations pour la mise à jour de
certaines pratiques d’utilisation des contraceptifs : Vol
II. Washington: U.S. Agency for International Development,
1998.
- McFarlane C, Hardee K, DuCasse M, et al.
The Quality of Jamaica Public Sector and NGO Family Planning
Services: Perspectives of Providers and Clients. (Research
Triangle Park, NC: McFarlane Consultants and Family Health
International, 1996).
- Stanback J, Qureshi Z, Sekkade-Kigondu C,
et al. Advance provision of oral contraceptives to family
planning clients in Kenya. Unpublished paper. Family Health
International, 2001.
- Stanback J, Raymond E. Hormonal pregnancy
tests in sub-Saharan Africa. Am J Public Health
2001;91(10):1614-15.
- Stanback J, Qureshi Z, Sekadde-Kigondu C,
et al. Checklist for ruling out pregnancy among
family-planning clients in primary care. Lancet
1999;354(9178):566.
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Un
nouveau groupement veut faciliter l’emploi de pratiques «
optimales »
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| La dernière décennie a
connu un développement rapide des connaissances utiles à une
meilleure santé de la reproduction. Divers standards, lignes
directrices, manuels de formation et autres outils se sont ainsi
imposés au plan mondial.
Mais des difficultés subsistent. Les normes
et les lignes directrices établies ne sont pas toujours
accessibles à ceux qui en ont besoin. Par ailleurs, il faut que
les recommandations adoptées à l’échelle internationale
soient ensuite adaptées à chaque contexte national pour en
refléter ses politiques propres, ses pratiques et ses
conventions culturelles.
Pour répondre à ces défis, un nouveau
groupement s’est récemment constitué autour de
l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et avec 10
organismes partenaires, dont FHI. Ce groupement a lancé une
initiative pour faciliter l’introduction et l’application de
pratiques « optimales » au sein des programmes de santé de la
reproduction, que ce soit au niveau international, régional ou
national.
Comment identifier les meilleures pratiques ?
On a montré qu’elles sont celles retenues au terme de travaux
de recherche rigoureux, suivis d’un examen systématique de
l’ensemble de leurs résultats. Les critères de recevabilité
médicale établis par l’OMS pour l’usage des moyens
contraceptifs fournissent un bon exemple de document technique
dont les recommandations reposent sur de tels efforts de
recherche et d’analyse. L’OMS vient d’en publier une
seconde édition. Traduit en sept langues, l’ouvrage a servi
à développer et à améliorer les politiques, les lignes
directrices et les pratiques de plus de 50 pays. D’autres
pratiques, en dehors de ces recommandations, peuvent aussi être
considérées « optimales » si, tout compte fait, leur
efficacité est prouvée.
De nombreuses innovations ont été tentées
pour la mise en application de pratiques optimales. Mais elles
ne représentent souvent qu’une expérience limitée, sans démonstration
de leur possible réussite dans d’autres contextes, et, en
conséquence, leur adoption trop rapide peut créer certains
risques ou provoquer un gaspillage de ressources limitées.
Dans le cadre de son initiative appelée
Implementing Best Practices (IBP), le groupement compte
examiner et répertorier de manière systématique les pratiques
existant dans le domaine de la santé de la reproduction, ainsi
que les tentatives d’innovation en cours. Il pourra ainsi
aider décideurs, gestionnaires des programmes et prestataires
de santé à profiter des expériences des autres et à mieux
discerner entre pratiques efficaces et pratiques inefficaces.
Cet effort sera mené progressivement à
travers des rencontres organisées dans diverses régions du
monde. Y participeront des délégations nationales composées
de décideurs, de responsables de programmes et de prestataires.
Mais c’est à chaque groupe que reviendra la tâche de
recenser les besoins, les disparités et les opportunités de
ses propres programmes de services de santé reproductive, afin
de pouvoir sélectionner les pratiques leur convenant le mieux.
Par ailleurs, les promoteurs de cette initiative IBP soulignent
la nécessité de changements initiés de l’intérieur des
systèmes existants, en laissant les programmes se baser sur
leurs propres résultats pour développer les moyens
d’introduire des pratiques optimales et d’améliorer leurs
performances. Et les individus, les organisations et les agences
ayant des objectifs similaires sont encouragés à former des réseaux
pour partager leurs expériences et pour évaluer l’efficacité
comme l’applicabilité des solutions potentielles.
– Kim Best
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