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Les prestataires des services en matière de santé de la
reproduction sont amenés tous les jours à prendre de difficiles décisions
d'ordre éthique qui peuvent se révéler lourdes de conséquences pour
le bien-être de leurs clients.
Parmi les nombreuses questions auxquelles ils sont
confrontés dans ce domaine figure le fait de prodiguer des services aux
adolescents, à des clients séropositifs pour le VIH et à des femmes
dont les partenaires sont violents ou hostiles à la contraception. Il
faut y ajouter leur désir d'équilibrer les pressions visant à freiner
la croissance démographique d'une part, et à respecter le droit du
client de prendre librement toute décision relative à la contraception
d'autre part.
Il n'y a pas de solution toute faite. Tout au moins
doit-on rappeler le fondement de la prestation éthique des services de
santé de la reproduction, à savoir le devoir qu'ont les prestataires
d'envisager soigneusement les conséquences possibles de leurs actions
en s'appuyant sur trois piliers bien établis de la déontologie médicale
: le respect, le principe de bienfaisance et la justice. En outre, les
prestataires ne doivent jamais oublier que c'est à leurs clients qu'il
incombe d'avoir le dernier mot en ce qui concerne les services qui leur
sont dispensés.
Toutefois, il n'est pas rare que les prestataires
doivent se mesurer à des situations où ces principes éthiques entrent
en conflit. Par exemple, le respect du caractère confidentiel des
renseignements fournis par les clients – et donc de leur vie privée
– passe pour être le devoir éthique de tous les professionnels de la
santé. Or des prestataires peuvent juger conforme à l'éthique la
divulgation de ce genre de données s'il s'agit de maintenir des normes
propres à leur société ou de protéger la santé du public.
Les adolescents
Comme avec tous les autres clients, il convient de
tenir scrupuleusement compte des circonstances spécifiques aux
adolescents qui reçoivent des services en matière de santé de la
reproduction. Il faut ainsi faire preuve d'une vigilance particulière
lorsqu'un jeune adulte demande à se faire stériliser, parce que les
conséquences de cette intervention sont permanentes. La stérilisation
est une procédure qui ne convient assurément pas aux jeunes, et ceux
qui ont tout juste passé l'âge de l'adolescence doivent bénéficier
d'un counseling approfondi. Des études révèlent que jusqu'à 20 % des
femmes qui se sont fait stériliser à un jeune âge (les moins de 25
ans, selon une étude) regrettaient ultérieurement leur décision.1
Lorsque des adolescents leur demandent des
contraceptifs réversibles, les prestataires doivent les traiter avec
courtoisie et respecter le principe de confidentialité. La recherche
l'a confirmé : les adolescents sont davantage enclins à solliciter des
services auprès de prestataires auxquels ils pensent pouvoir faire
confiance et qui respectent leur vie privée.2 « Les jeunes
ont toujours en tête l'idée que les informations qu'ils donnent sur
leur comportement sexuel ne resteront pas confidentielles et qu'elles
seront communiquées à leurs parents ou à d'autres adultes »,
explique Mme Cindy Waszak, scientifique de haut rang à FHI et spécialiste
de la santé de la reproduction des adolescents. « Ils ont le sentiment
de ne pas maîtriser la situation, ils pensent que leur comportement
sera examiné à la loupe et jugé par les adultes et ils se rendent
compte que la divulgation de ce genre d'informations pourrait avoir de
graves répercussions.
« Ils ont de bonnes raisons de s'inquiéter,
ajoute-t-elle. Quantité de prestataires ne reconnaissent pas aux
adolescents les mêmes droits qu'aux adultes, et il y en a qui
rechignent à leur prodiguer des services en l'absence du consentement
de leurs parents, même si les consignes stipulent que les jeunes n'ont
pas besoin de leur permission pour bénéficier de services de
contraception non permanente et du traitement des infections
sexuellement transmissibles (IST). Beaucoup de prestataires refusent de
leur dispenser des services ou manquent à l'obligation de
confidentialité parce qu'ils craignent sincèrement de les inciter à
l'activité sexuelle en mettant des méthodes contraceptives à leur
disposition, même si la recherche démontre qu'il n'en est rien.3
Enfin, nombreux sont les prestataires qui refusent d'admettre que les
adolescents ont une vie sexuelle. »
Or la décision de priver les adolescents de services
en matière de santé de la reproduction ou de faillir au secret
professionnel peut faire plus de mal que de bien. « Les prestataires
doivent se demander s'ils font tout leur possible pour leurs clients,
indépendamment de l'âge de ces derniers », continue Waszak. «
L'adolescente qui se voit refusée ou dont le dossier médical ne reste
pas confidentiel risque bien de se retrouver enceinte contre son gré,
de contracter une IST ou d'être mise à l'index par ses parents ou par
d'autres membres de la communauté. Chacune de ces éventualités peut
avoir des conséquences adverses qui la marqueront jusqu'à la fin de
ses jours. »
Lorsque la loi, les directives administratives ou les
lignes directrices assujettissent certains services de santé de la
reproduction au consentement des parents, le prestataire est tenu de se
plier à cette obligation. Toutefois, le prestataire peut recommander
des options qui ne sont pas soumises à l'obligation de divulgation, par
exemple l'achat de préservatifs à la pharmacie de préférence à la
demande de pilules dans un dispensaire. En outre, le prestataire peut
encourager les adolescents à parler avec leurs parents ou proposer
d'avoir une conversation tous ensemble.
« Les prestataires gagneraient à se rappeler que les
filles se trouvent parfois dans des situations où il leur est difficile,
voire impossible, de refuser un rapport sexuel, explique Waszak. Dans de
tels cas, il est important que les prestataires respectent le courage de
l'adolescente et sa détermination à solliciter des services de santé
de la reproduction. »
Les clients séropositifs pour le VIH
Quantité de clients porteurs d'une IST, y compris
ceux qui sont séropositifs pour le VIH, ne sont pas conscients d'être
infectés. Dans bien des endroits, le dépistage n'est pas une option. Là
où il l'est, les clients qui pensent être infectés peuvent hésiter
à s'y soumettre. Ils craignent peut-être d'obtenir un résultat
positif, en particulier si les possibilités de traitement sont nulles.
Peut-être redoutent-ils aussi que ce résultat ne reste pas
confidentiel, ce qui serait très lourd de conséquences sur le plan
social.
Le dépistage confidentiel et anonyme du VIH commence
lentement à faire son apparition et, de l'avis de la plupart des
experts, les prestataires feraient bien d'encourager le recours à ce
service. (On parle de dépistage confidentiel quand on connaît
l'identité de la personne qui se soumet au test mais qu'on ne
communique les résultats qu'à l'intéressé ; on parle de dépistage
anonyme quand l'identité de la personne n'est ni consignée ni requise.)
« Quand ils apprennent qu'ils ne sont pas infectés,
les gens sont incités à maintenir leur séronégativité », fait
observer le docteur Eric van Praag, de FHI, spécialiste des questions
liées aux soins du VIH/sida et aux interventions de soutien. « Quant
à ceux qui apprennent qu'ils sont infectés, ils se rendent compte à
quel point il est urgent qu'ils adoptent des comportements sexuels sans
danger pour éviter de contaminer d'autres personnes ; ils bénéficient
d'un counseling en matière de contraception qui tient compte de leur séropositivité
et, le cas échéant, ils sont aiguillés vers les services
d'administration des soins et de soutien social. Les femmes enceintes
peuvent se faire traiter pour réduire le risque de transmission à
l'enfant qu'elles portent. Les personnes chez qui l'infection a été
diagnostiquée peuvent bénéficier d'un counseling adapté et prendre
des dispositions pour l'avenir, par exemple en ce qui concerne la garde
des enfants qui leur survivront et l'établissement de leur testament.
»
Une étude à laquelle FHI a participé et qui a été
effectuée au Kenya, en Tanzanie et à Trinité auprès d'environ 4.200
personnes, entre 1995 et 1998, a révélé que la mise en place d'un
counseling sur le VIH et le dépistage de ce virus avaient permis de réduire
les comportements risqués qui sont associés à sa transmission par
voie sexuelle. Au cours d'une période de six mois, les personnes qui
avaient bénéficié de services de counseling et de dépistage étaient
plus de deux fois plus susceptibles de faire état d'une diminution de
rapports non protégés avec des partenaires non primaires que celles à
qui l'on s'était borné à fournir une information de base sur la
transmission du VIH et l'emploi correct du préservatif. L'examen des
taux d'incidence des IST a d'ailleurs confirmé les propos tenus par les
personnes interrogées. Mais cette étude a aussi montré que les
clients hésitaient à révéler le résultat des tests de dépistage,
par crainte d'être dénoncés et traités de manière discriminatoire.4
Leurs craintes sont bien fondées dans la plupart des
endroits. Dans les pays en développement, les gens comptent généralement
sur leur famille et leur communauté quand ils ont besoin de soins et de
soutien. Mais s'ils divulguent qu'ils sont infectés par le VIH/sida,
ils courent le risque non seulement d'être rejetés par les membres de
leur famille, mais aussi de perdre leur emploi et leurs amis, voire de
se faire agresser physiquement et sexuellement par leurs partenaires de
sexe masculin, au point même d'y trouver la mort.5
Le programme commun des Nations unies sur le VIH/SIDA
et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui assurent
conjointement la surveillance du VIH/sida et des épidémies d'IST à
travers le monde, insistent sur le fait que tous les programmes de
surveillance doivent se doter de règles « de nature à protéger le
domaine privé des patients et le caractère confidentiel des données
épidémiologiques ».6 En outre, les prestataires sont tenus
au secret professionnel. Beaucoup d'entre eux le respectent.
Toutefois, il arrive souvent que les résultats
positifs des tests de dépistage soient divulgués, par négligence ou délibérément.
Cela se passe dans de nombreux pays. Au Sri-Lanka, par exemple, la déclaration
des cas de VIH/sida est censée être confidentielle, mais certaines
personnes ont déclaré avoir souffert des affronts des autres quand
leur séropositivité pour le VIH a été négligemment divulguée et
qu'elle a fini par être connue publiquement contre leur gré. Des
agents de santé sri-lankais ont été accusés d'extorquer de l'argent
à des personnes dont le test de dépistage s'était révélé positif,
en échange de quoi ils acceptaient de ne pas divulguer leur séropositivité
dans la communauté.7
Même des prestataires bien intentionnés révèlent
parfois des informations confidentielles sur le statut de leurs clients
en matière de séropositivité pour le VIH. Ils arguent que la mesure
de confidentialité reconnue aux personnes infectées pourrait
compromettre le bien-être des partenaires bien portants et non informés.
Il y a des prestataires qui craignent, en gardant ces secrets mortels,
de perdre la confiance de la communauté.
« En général, cependant, si un client n'est pas prêt
à révéler sa séropositivité à qui que ce soit, le prestataire ne
peut pas faire grand-chose, si ce n'est ressasser des recommandations à
son client quant au moment et à la manière de divulguer son état et
à qui », estime le docteur van Praag, de FHI. Fait notable, des
services de counseling et de dépistage du VIH ont été mis sur pied en
Ouganda, au Rwanda et dans d'autres pays africains de façon à
faciliter la communication entre partenaires sur ce sujet. Des
chercheurs de FHI au Kenya et en Tanzanie ont constaté qu'il était
plus difficile de prodiguer un counseling sur le VIH à des couples qu'à
des personnes seules, mais que c'était aussi le meilleur moyen de réduire
les comportements sexuels à haut risque.8
Malgré l'obligation éthique qui leur incombe de
dispenser des soins aux patients ou clients infectés par le VIH, le
corps médical et les prestataires de services de santé reproductive se
désistent parfois. En Inde, par exemple, 22 des 100 médecins interrogés
ont déclaré ne pas traiter les patients qui se plaignaient de symptômes
en rapport avec des IST. « Il est tout à fait regrettable que la
profession médicale, elle qui devrait être la première à fournir des
soins et son soutien aux séropositifs, se comporte en réalité de manière
discriminatoire à leur égard et qu'elle rejette les patients atteints
de VIH/sida en Inde », ont conclu les chercheurs.9
La discrimination dont les patients séropositifs font
l'objet porte atteinte non seulement à leur bien-être, mais aussi à
la sécurité des autres professionnels de la santé. Le docteur María
Eugenia González, gynécologue-obstétricienne à l'Hôpital Général
de Mexico, se souvient ainsi du cas d'une femme qui avait caché sa séropositivité
pour le VIH afin de se faire admettre en urgence à l'hôpital au moment
d'accoucher, après avoir été refoulée par d'autres établissements
parce qu'elle était séropositive. « Quand elle est arrivée dans
notre service, elle avait désespérément besoin de soins médicaux »,
raconte le docteur González, lauréate d'une bourse de recherche
offerte par FHI dans le cadre de son programme de recherche en
technologie contraceptive. « Elle venait à peine d'être admise
qu'elle a accouché. » Il se trouve que l'Hôpital Général prend systématiquement
des précautions en vue de protéger le personnel contre le VIH. Mais le
personnel d'autres établissements n'aurait peut-être pas été aussi
vigilant s'il n'avait pas su que la femme était infectée par le VIH.
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Les agressions des partenaires
Lorsqu'une femme est blessée, violée ou tuée, c'est
plus souvent aux mains d'un partenaire actuel ou ancien que de toute
autre personne. Les résultats d'études fiables et à grande échelle
indiquent qu'entre 16 % et 52 % des femmes ont été victimes de coups
et blessures infligés par un partenaire. Des enquêtes réalisées dans
un bon nombre de pays révèlent qu'entre 10 % et 15 % des femmes disent
avoir été contraintes à des rapports sexuels par un partenaire
intime.10
La violence familiale a beau être fréquente, elle
n'en est pas moins cachée. C'était le mari qui était l'agresseur dans
trois cas de sévices sur quatre répertoriés parmi 179 femmes qui
sollicitaient des services de santé à Saint-Domingue, en République
dominicaine. Pourtant, la moitié des femmes interrogées qui avaient
subi des violences physiques ou psychologiques (violences sexuelles pour
plus des trois quarts d'entre elles) disaient n'en avoir parlé à
personne avant d'être questionnées à ce sujet pour les besoins de l'étude.11
Pourquoi les prestataires doivent-ils considérer
qu'ils ont l'obligation éthique d'aider leurs clientes qui sont
victimes de violences familiales ?
« La violence a des conséquences pour la santé de
la reproduction », explique Donna McCarraher, maître de recherche à
FHI et qui a fait des enquêtes en Bolivie sur les actes de violence
commis par des partenaires intimes. « Elle peut mettre en danger les
femmes enceintes et compromettre directement l'usage des méthodes
planification familiale ainsi que la prévention et le traitement des
IST. En outre, pour un grand nombre de femmes maltraitées, les agents
sanitaires constituent la principale, et souvent la seule, source de
soutien et d'information. »
Par ailleurs, la vie et la santé d'une femme mariée
peuvent être gravement menacées si son conjoint lui interdit de
recourir à la planification familiale. Dans beaucoup de pays, les
prestataires sont tenus d'obtenir l'autorisation de l'époux, comme
l'exigent les lois, la réglementation, les lignes directrices des
dispensaires et les règlements sanitaires du ministère de la Santé.
Mais certains prestataires exigent le consentement du mari uniquement
parce qu'ils craignent de défier les normes culturelles et de s'attirer
des représailles s'ils s'abstiennent de le faire.
D'après des études effectuées au Kenya, au
Botswana, au Burkina Faso, au Sénégal et en Tanzanie (Zanzibar) par le
Population Council, il ressort que certains prestataires imposent plus
de restrictions sur l'utilisation de contraceptifs que ne l'exigent les
directives ou les protocoles des services. Dans ces pays, la fourniture
de contraceptifs oraux, de préservatifs, de dispositifs intra-utérins
(DIU), de produits injectables ou d'implants Norplant n'est pas
assujettie au consentement du conjoint. Pourtant, entre 6 % et 57 % des
quelque 2.000 prestataires visés par ces études l'exigeaient encore en
1998, le pourcentage variant selon la méthode et le pays considérés.
« Dans tous les pays, l'obligation – à des degrés divers –
d'obtenir l'autorisation du mari s'avère décourageante, et ce d'autant
que la prévalence du VIH et des autres maladies sexuellement
transmissibles est élevée dans bon nombre de ces régions », font
observer les auteurs de ces études. Au Kenya, par exemple, 41 % des
quelque 444 prestataires déclaraient restreindre la diffusion du préservatif
en l'absence du consentement du mari, « ce qui dénote leur peu
d'empressement à admettre la fréquence de la transmission du VIH parmi
les couples mariés ou la crainte que les femmes n'utilisent les préservatifs
dans le contexte de relations extramaritales ».12
Lorsque le consentement du conjoint ne répond pas à
une obligation juridique, les prestataires ont l'obligation éthique de
laisser les femmes prendre des décisions sur la contraception de manière
indépendante. Le droit qu'ont les couples et les personnes de décider
librement du nombre et de l'espacement de leurs enfants est un principe
qui a été maintes fois reconnu dans le monde entier : en 1974 et en
1984, lors des Conférences mondiales sur la population tenues à
Bucarest et à Mexico respectivement ; et en 1994, pendant la Conférence
internationale sur la population et le développement qui a eu lieu au
Caire. En outre, les tribunaux de plusieurs pays ont statué que le veto
du conjoint constituait une infraction aux principes du respect du
domaine privé de la personne, de son autonomie et du droit aux soins de
santé. En général, les tribunaux reconnaissent qu'un partenaire ne
peut pas obliger l'autre à satisfaire son désir de reproduction.13
Les pressions
FHI et beaucoup d'autres organismes internationaux de
la santé considèrent qu'il est éthiquement répréhensible de faire
pression sur les clients pour les amener à pratiquer la contraception.
La plupart des pays soutiennent ce point de vue.
Pour autant, certains tentent de ralentir leur
croissance démographique, parce qu'un accroissement rapide de la
population risque de grever les ressources et d'appauvrir la qualité de
la vie pour tous. Par exemple, les médecins peuvent être incités à
effectuer un certain nombre d'insertions de DIU, récompenses à la clé,
ce qui les amène à faire pression sur les femmes pour qu'elles
acceptent cette méthode. Les femmes des populations autochtones, que
des barrières linguistiques et culturelles séparent des prestataires,
risquent d'être particulièrement vulnérables à leurs pressions.14
Il se peut aussi que les préférences des clientes
passent au second plan quand les prestataires – persuadés d'être les
mieux placés pour tout savoir – prennent des décisions à leur
place. « Il ne faut pas oublier que, dans certains endroits, les femmes
peuvent préférer voir les prestataires prendre pour elles les décisions
liées à la santé de la reproduction », souligne le docteur Irina
Yacobson, directrice médicale adjointe à FHI qui assure des cours de
formation en technologie contraceptive destinés aux prestataires des
pays en développement. « En fait, il y en a qui pensent que le
prestataire manque de sérieux s'il s'abstient de prendre une décision,
lui qui est censé savoir ce qu'il y a de mieux pour elles. Dans l'idéal,
il faudrait que le prestataire explique à la cliente que c'est elle
seule qui peut déterminer la méthode qui lui conviendrait le mieux, en
fonction de sa situation personnelle. »
En règle générale, les prestataires qui dispensent
des méthodes contraceptives devraient offrir tout un éventail
d'options en se gardant d'exercer des pressions. Et lorsqu'il s'agit de
méthodes à longue durée d'action comme le DIU et les implants
Norplant, ils devraient les retirer sur simple demande.
– Kim Best
Références
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1999;354(9176):419-20.
Venir
en aide aux victimes de la violence familiale, c'est aussi
dissiper les mythes populaires
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Faute de temps, de formation, de ressources ou
de soutien, quantité d'agents sanitaires ne viennent pas en
aide aux victimes de la violence familiale. Pourtant,
l'Organisation mondiale de la Santé leur conseille, au minimum
:
- d'être attentifs aux symptômes et aux
signes évocateurs d'actes de violence, tels les infections
pelviennes, les IST à répétition, les blessures physiques
et la dépression, et d'assurer un suivi dans ce domaine.
- lorsque c'est faisable, dans le cadre de
l'anamnèse, d'interroger systématiquement les clientes sur
leurs antécédents de sévices.
- s'ils soupçonnent que la femme est
brutalisée ou si la constatation est évidente, de se
montrer compatissants et de ne pas blâmer la victime, parce
qu'elle risquerait de se sentir encore plus seule et de se
culpabiliser encore davantage.
- de prodiguer les soins médicaux qui
s'imposent et de documenter les mauvais traitements dans le
dossier médical de la patiente.
- d'identifier les ressources disponibles
dans la communauté et d'aiguiller les clientes en conséquence.
- de respecter le caractère privé et
confidentiel des informations relatives à la cliente et de
son dossier médical.1
« Face à une victime de violences familiales,
le prestataire devraient commencer par évaluer le risque de
reprise éventuelles des brutalités, les effets adverses sur sa
santé et le risque de décès par homicide ou par suicide »,
dit Alessandra Guedes, responsable de programmes sur la violence
à l'égard des femmes, au bureau pour la région Hémisphère
occidental de la Fédération internationale pour la
planification familiale (IPPF/WHR), à New-York. «
Manifestement, il est essentiel que les prestataires prennent
des mesures immédiates si la femme court un grave danger. »
Dans certains cas, cela signifie qu'ils doivent aider les
victimes de violences familiales à préparer un plan d'évasion
afin qu'elles sachent où aller et quoi emporter si le danger
devient trop grand.
Le prestataire doit toujours garder présent
à l'esprit le précepte « abstiens-toi de faire du mal ».
Cela signifie notamment qu'il ne faut pas culpabiliser la
victime de violences familiales. « Il y a des agents de santé,
par exemple, qui reprochent à la femme de ne pas fuir les
brutalités parce qu'ils ne comprennent pas les contraintes économiques
et sociales auxquelles elle se heurte ni le fait que beaucoup de
femmes maltraitées aiment leur partenaire et ne veulent pas le
quitter... elles veulent seulement ne plus se faire battre »,
constate Mme Donna McCarraher, maître associé de recherche à
FHI et qui a étudié le sujet de la violence infligée par des
partenaires intimes. « De même, certains agents de
planification familiale réprimandent les femmes qui n'ont pas
utilisé de préservatifs, alors qu'ils le leur avaient
recommandé. Mais la femme qui sait qu'elle va se faire tabasser
si elle tente de négocier le port du préservatif ne s'en
sentira encore que plus honteuse quand on lui fera la morale sur
l'utilisation de cette méthode. »
Dans de nombreux endroits, hommes et femmes
acceptent les violences familiales, que seule la reconnaissance
des droits de l'homme fondamentaux pourra faire reculer. En
attendant, les moyens d'action à la disposition des
prestataires – qui, en tout état de cause, ne doivent pas
approuver les mauvais traitements – seront limités par le
soutien institutionnel qu'ils reçoivent. « En général, le
prestataire qui souhaite faire le premier pas pour identifer les
victimes de violences familiales doit viser un objectif précis
», prévient McCarraher. « S'agit-il de prodiguer des soins
plus adaptés ? de donner aux femmes l'occasion de discuter leur
situation et d'insister sur le fait que les violences dont elles
ont été victimes ne sont pas de leur faute ? ou d'aiguiller
une épouse maltraitée vers les services compétents ? Auquel
cas, les prestataires doivent être conscients des ressources
qui existent pour les victimes d'actes de violence. Ce que je
veux dire, c'est que si vous demandez à une personne si elle a
été maltraitée, vous devez être prêt à passer à l'action.
Autrement, vous risquez de faire plus de mal que de bien. »
Pour être prêts à passer à l'action, les
prestataires ont besoin d'une bonne dose de conseils et de
formation ainsi que d'un appui institutionnel. Un bulletin
d'information de l'IPPF/WRH sur l'intégration du thème de la
violence vis-à-vis des femmes à celui de la santé sexuelle et
reproductive constitue un bon point de départ. On peut le
consulter en anglais ou en espagnol à l'adresse http://www.ippfwhr.org/publications/publication_detail_e.asp?PubID=10.
Le numéro publié à l'hiver 2001 explique comment créer un
protocole relatif à l'identification des victimes de violence
et à la mise en place de services à leur intention. Celui qui
date de l'été 2000 porte sur la création d'un réseau de réorientation
des victimes et sur les premières étapes de la mise en oeuvre
de services d'identification des victimes et de formation du
personnel. En outre, on peut trouver des suggestions (en anglais)
sur les moyens de mettre fin à la violence contre les femmes en
consultant le site du programme d'information sur la population
qui est géré par l'Ecole de Santé publique de l'université
Johns Hopkins : http://www.jhuccp.org/pr/l11edsum.stm.
– Kim Best
Référence
- WHO Violence against Women Information
Pack. Violence and Injury Prevention. What Health Workers
Can Do. Geneva: World Health Organization, 1997.
Disponible : http://www.who.int/violence_injury_
prevention/vaw/ethicsfrench.doc, 18 octobre 2001.
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La
mutilation génitale féminine se justifie-t-elle sur le plan
éthique ?
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Ce n'est pas parce qu'elles existent depuis
des siècles, qu'elles sont courantes et qu'elles sont largement
acceptées dans diverses cultures que certaines pratiques se
justifient sur le plan éthique.
C'est le cas, par exemple, de la mutilation génitale
féminine (MGF), pratique aussi appelée « excision » qui
consiste à ablater partiellement ou totalement les parties génitales
externes de la femme ou à infliger d'autres traumatismes à
l'appareil génital féminin. La prévalence de la MGF
atteindrait au moins 90 % dans certains pays d'Afrique et du
Moyen-Orient. Parmi les peuplades qui la pratiquent, la MGF est
acceptée aussi bien par les femmes que par les hommes. Beaucoup
de femmes sont convaincues que cette pratique garantit leur
acceptation au sein de leur communauté. Elles ignorent qu'elle
n'est pas suivie dans la plus grande partie du monde.
L'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le
Fonds des Nations unies pour l'enfance et le Fonds des Nations
unies pour la population ont conjointement déclaré que la MGF
constituait une pratique néfaste aux effets inacceptables et
ils prônent son élimination totale.1 Ses
complications immédiates regroupent : hémorragies, état de
choc, infections, rétention d'urine (ce qui entraîne souvent
les infections urinaires) et lésions des tissus voisins (parfois
à l'origine d'incontinence). Ses séquelles sont multiples :
saignements, anémie, difficulté à uriner, infections
urinaires à répétition, incontinence, infections pelviennes
chroniques, stérilité, abcès vulvaires, cicatrices,
menstruation difficile, dysfonctionnement sexuel et problèmes
pendant la grossesse et l'accouchement.
L'idée a été avancée que l'on pourrait atténuer
ces effets néfastes tout en maintenant la pratique de la MGF,
qui s'inscrit dans une longue tradition, si cette procédure était
confiée à du personnel médical formé et qu'elle était réalisée
dans de bonnes conditions d'hygiène. La tendance à « médicaliser
» cette intervention commence à s'observer dans plusieurs
endroits, notamment en Egypte et au Kenya.
Mais l'OMS s'est toujours systématiquement et
clairement opposée à la MGF, sous toutes ses formes, et à sa
pratique par tout agent de santé et dans tout lieu, y compris
dans les hôpitaux ou autres établissements sanitaires.2
« Lorsqu'une femme, ayant atteint l'âge de prendre ses propres
décisions, décide de subir cette procédure dans un pays où
elle est légale, c'est son choix et son droit », déclare Ian
Askew, responsable de programme de haut niveau au Population
Council, organisme qui cherche à mettre fin à la pratique de
l'excision. « Mais la MGF est généralement pratiquée sur des
fillettes ou des femmes trop jeunes pour donner leur
consentement, et le fait de ne pas obtenir leur consentement équivaut
à bafouer incontestablement les droits fondamentaux de la
personne humaine qui sont les leurs. »
« Au Kenya et au Mali », ajoute Ian Askew,
« le ministère de la Santé a explicitement interdit la
pratique de l'excision dans ses établissements et par son
personnel, mais les retombées de cette consigne restent floues.
On ne sait pas si l'interdiction de pratiquer la MGF débouchera
sur la pratique clandestine de l'excision par des agents de santé,
sur la reprise des interventions sous leur aspect traditionnel
ou par l'élimination de ces mutilations. »
Les institutions qui s'emploient à faire
disparaître cette pratique néfaste s'accordent généralement
à penser qu'il faut avant tout chercher à changer les
croyances de nature à perpétuer l'excision, déclare le
docteur Laila Nawar, conseillère régionale au Population
Council au Caire, en Egypte. Au Mali, le Population Council
encourage les agents de santé à cesser de pratiquer les
mutilations génitales féminines et il les exhorte à persuader
leurs clientes d'y renoncer.
– Kim Best
Références
- World Health Organization, UNICEF, United
Nations Population Fund. Female Genital Mutilation: A
Joint WHO/UNICEF/UNFPA Statement. (Geneva: World Health
Organization, 1997)1-20.
- World Health Organization, UNICEF, United
Nations Population Fund.
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