|
Le prestataire qui propose des contraceptifs ou d'autres produits à
ses clients doit avoir l'assurance que ces produits et services ont été
reconnus comme étant sans danger et efficaces à l'issue d'essais
fiables, rigoureux et ayant le bien-être de l'utilisateur pour ultime
souci.
Ce lien étroit entre la recherche et la pratique clinique entraîne
l'amélioration des services et des soins ainsi que le perfectionnement
des options en matière de santé de la reproduction, voire la création
de nouvelles formules : amélioration des contraceptifs, par exemple, ou
mise au point de nouveaux traitements et de stratégies de prévention
contre les infections sexuellement transmissibles (IST).
Toute recherche de qualité comporte une caractéristique essentielle,
à savoir la conformité aux principes éthiques, doublée d'une
planification et de procédures minutieuses, afin de protéger les
personnes qui y participent.
« Les principes de base de l'éthique médicale ont évolué au fil
du temps pour répondre à un besoin fondamental, en l'occurrence celui
de protéger les gens », explique le docteur Roberto Rivera, directeur
du bureau d'éthique de la recherche internationale de FHI. « Ces
principes protègent les personnes qui se portent volontaires pour
participer à des études médicales ou comportementales, tant
quantitatives que qualitatives. Ces principes fondamentaux donnent corps
aux protections éthiques intégrées à chaque étude, mais les
protocoles spécifiques en jeu doivent être le fruit d'une étroite
collaboration entre plusieurs groupes d'intéressés, en particulier
ceux qui représentent le mieux les volontaires et qui sont membres de
la communauté dans laquelle se déroule la recherche. »
Parfois, les torts susceptibles de découler des essais médicaux
sont facilement envisageables. Les personnes volontaires pour participer
à des travaux de recherche sur les contraceptifs ou sur les dispositifs
ou médicaments capables soit de prévenir, soit de traiter les IST
pourraient courir un certain risque, en particulier aux premiers stades
du développement de ces produits. Moins évident peut-être, le mal
susceptible d'être infligé aux sujets qui participent à des études
qualitatives n'en est pas moins réel. On peut ainsi envisager
l'atteinte à la vie privée d'un sujet, en particulier dans le cadre d'études
portant sur des questions délicates, tels les IST (comme le VIH/sida),
la violence familiale, ou le comportement et les préférences sexuels.
La divulgation de tels renseignements pourrait exposer les volontaires
à l'opprobre de la société, avec à la clé la perte de leur emploi
ou des actes de violence, voire la mort.1
Il arrive que les questions soulevées dans le cadre des études
sociales ou comportementales soient controversées, et elles mettent
souvent en jeu des aspects personnels de la vie des sujets, fait
observer Mme Nancy Williamson, qui dirigeait le Projet d'études sur les
femmes (WSP) de FHI. Au cours des années 1990, le WSP a tenté de mieux
comprendre l'impact des services des méthodes de planification
familiale sur la vie des femmes en procédant à des interviews et à
des groupes de discussion avec des femmes de 14 pays.
 |
| La protection du caractère
confidentiel des informations personnelles concernant les sujets
humains est une responsabilité éthique. Ci-dessus, une employée
de FHI classe soigneusement une pièce d'un dossier. |
Mme Williamson se souvient : « Il y a des années, avant de venir à
FHI, j'ai collaboré à une étude comportementale aux Philippines. Une
fois que les questionnaires ont été intégrés à la banque de données,
et qu'un code a été assigné au nom des participants, j'ai demandé au
personnel de détruire les questionnaires. Je suppose que j'aurais dû
être plus précise. J'aurais probablement dû leur demander de « brûler
les questionnaires ». Une semaine plus tard, j'ai acheté un poisson au
marché local. Imaginez le choc que j'ai ressenti quand le marchand l'a
soigneusement enveloppé dans une feuille de papier qui était l'une des
pages d'un questionnaire rempli ! Le papier est tellement précieux dans
cette culture que quelqu'un a dû vendre les questionnaires au lieu de
les détruire. » Il est possible qu'une telle lacune de l'étude ait
abouti à la divulgation à grande échelle d'informations personnelles
sur les participants.
Les principes de base
Il est aujourd'hui communément admis que toute étude portant sur
des êtres humains doit être conçue et suivie avec soin de façon à
protéger le bien-être physique et psychologique des participants. Les
scientifiques sont tenus non seulement d'obtenir le consentement éclairé
de chacun d'entre eux, mais aussi de suivre de près tous les
participants et de prévoir une procédure rigoureuse de déclaration de
toute expérience adverse. En outre, des précautions supplémentaires
s'imposent pour protéger les populations vulnérables, par exemple les
enfants, les prisonniers et les personnes dont le niveau d'éducation ou
les facultés mentales sont faibles.
Des codes de déontologie ont été formulés et amendés au fil des
décennies sur la base d'analyses, de débats et du consensus
international auxquels se livrent les chercheurs, les cliniciens, les décideurs
et les universitaires.
Les protocoles relatifs à toute étude portant sur des êtres
humains doivent se réclamer de trois principes éthiques qui sont
largement reconnus. Les sujets qui se prêtent à la recherche doivent
compter sur :
- le respect
- la bienfaisance
- la justice
Aux Etats-Unis, ces principes ont été énoncés en 1976 par la
National Commission for the Protection of Human Subjects of Biomedical
and Behavioral Research (Commission nationale pour la protection des êtres
humains sujets de la recherche biomédicale et comportementale).2
Cette commission a stipulé que le « respect » des participants
incorporait au moins deux convictions éthiques importantes. La première,
c'est que les gens qui se portent volontaires pour la recherche doivent
être traités en tant qu'agents autonomes : autrement dit, les
participants sont libres de prendre les décisions les concernant. Et la
deuxième, c'est que les sujets dont l'autonomie est compromise en
raison de leur âge, de leur situation de famille, d'une déficience
mentale ou physique, d'un manque d'éducation ou pour cause d'incarcération
ou d'instabilité financière appellent des précautions supplémentaires.
De surcroît, il convient de protéger l'intégrité des participants
en adoptant à tous les niveaux des procédures et des protocoles
propres à garantir leur bien-être : c'est le principe dit de «
bienfaisance ». Terme normalement réservé aux actes de bonté et de
charité, il revêt un sens plus fort quand il s'applique à la
conception éthique des travaux de recherche. Dans le contexte de la
recherche sur des sujets humains, la « bienfaisance » correspond à la
stricte obligation de maximiser les avantages possibles et d'atténuer
le risque de préjudice aux participants.
Le principe de bienfaisance veut que la responsabilité du bien-être
du sujet (physique, mental et social) incombe directement au chercheur
qui conduit l'étude et il renforce le fameux précepte de l'éthique médicale
: « d'abord, abstiens-toi de faire du mal. » La protection des êtres
humains qui se prêtent à la recherche l'emporte sur la poursuite de
nouvelles connaissances. Elle prévaut sur le gain personnel ou
professionnel des chercheurs.
Le troisième principe est celui de justice. Il amène à
s'interroger pour savoir à qui profitera la recherche et qui en
assumera les fardeaux. On demande aux scientifiques de concevoir des études
capables de distribuer de manière égale les risques et les avantages
inhérents à la participation à la recherche. La justice veut que les
participants soient équitablement recrutés et sélectionnés et que la
recherche n'exploite pas les personnes défavorisées ou vulnérables au
profit des privilégiés.
Le fait d'effectuer des études essentiellement parmi les pauvres,
alors que ce sont les riches qui profiteront de la recherche, constitue
un exemple d'injustice. Les études sur la syphilis qui ont été réalisées
aux Etats-Unis de 1932 à 1972 parmi des hommes de race noire issus de
milieux défavorisés ont défrayé la chronique. Dans le cadre de cette
expérience, on s'était contenté de dire à des cultivateurs de
l'Alabama qu'ils faisaient l'objet d'une étude parce que leur sang était
« de mauvaise qualité ». Certains sujets n'avaient reçu aucun
traitement même des années après la découverte de remèdes parce que
l'étude visait à évaluer l'évolution à long terme de la maladie.3
En 1997, le président Clinton s'est excusé au nom du gouvernement des
Etats-Unis auprès des survivants et de leur famille.
En outre, le principe de justice s'étend à la publication des résultats
de l'étude. Les enquêteurs ont l'obligation d'ordre éthique de
veiller à ce que les résultats de leurs études soient présentés
avec exactitude et de manière complète – même s'ils semblent
contredire l'hypothèse de départ. Ces comptes rendus précis sont
essentiels tant pour la protection des participants et des volontaires
qui se prêteront ultérieurement à des recherches sur le même thème
que pour celle du grand public, dont l'accès aux produits ou aux
services pourrait être affecté par les conclusions de la recherche.4
Depuis Hippocrate
Les premières normes de déontologie médicale dont on ait gardé la
trace remonte à Hippocrate, qui pratiquait et enseignait la médecine
dans la Grèce antique. Le serment d'Hippocrate, que continuent de prêter
la plupart des étudiants en médecine à la fin de leurs études,
stipule que le médecin doit « s'abstenir de faire du mal », que la
confidentialité des données concernant les patients doit être respectée,
que le médecin ne doit pas pratiquer d'interventions pour lesquelles il
n'est pas qualifié et qu'il doit mener une vie exemplaire.
A mesure que la médecine a progressé, médecins et scientifiques se
sont heurtés à des situations que le serment ne couvrait plus très
bien. Pour que l'on puisse mettre au point des procédures médicales et
des traitements sans danger et efficaces visant à combattre des
maladies, il fallait recourir à des études scientifiques sur les médicaments,
les dispositifs et les procédures en question. De nos jours, cela
signifie qu'il faut faire des recherches d'abord en laboratoire, puis
sur l'animal, et enfin chez l'homme si les deux premières séries d'études
se sont révélées encourageantes question sécurité.
Pendant la deuxième guerre mondiale, des médecins allemands ont
obligé des personnes détenues dans des camps de concentration et des
prisonniers de guerre à prendre part à diverses expériences
pernicieuses, dont la plupart ne présentaient aucun intérêt médical.
La plupart des sujets ont succombé à ces expériences ou se sont
retrouvés handicapés à vie.
Les criminels de guerre nazis, dont certains des médecins qui
avaient pratiqué ces expériences, ont été jugés pour crimes de
guerre au tribunal de Nuremberg, en Allemagne. De leurs procès est né
le code dit de Nuremberg, qui a établi dix normes de conduite éthique
applicables aux études faisant intervenir des sujets humains.
Par la suite, ces principes ont été amendés par divers documents
et déclarations pour tenir compte de situations que les auteurs du code
de Nuremberg ne pouvaient pas prévoir. Ce code et d'autres accords postérieurs
ont établi des lignes directrices internationales destinées à aider
les chercheurs à protéger le bien-être de leurs sujets.
En 1964, l'Assemblée médicale mondiale (aujourd'hui appelée
Association médicale mondiale) a rédigé la déclaration d'Helsinki,
qui fait fond sur les éléments essentiels du code de Nuremberg et y
rajoute certains concepts, dont la distinction entre la recherche
clinique conduite au cours d'un traitement et la recherche clinique non
thérapeutique. En outre, cette déclaration stipule que le consentement
éclairé doit toujours être obtenu par écrit, au besoin par un tuteur
légal si le sujet est juridiquement incompétent.5
La déclaration d'Helsinki a fait l'objet de plusieurs révisions
depuis 1964. Par exemple, elle soutient aujourd'hui le droit du
chercheur de recourir à de nouvelles mesures thérapeutiques s'il
s'agit de sauver une vie. Un autre amendement rend obligatoire l'établissement
d'un comité, dit comité d'éthique, qui a pour tâche de suivre le déroulement
des études auxquelles se prêtent des sujets humains. Ces comités
doivent être indépendants de l'institution qui effectue la recherche.6
Certains des amendements de la déclaration d'Helsinki ont suscité
des controverses. Une modification adoptée en 2000 stipule que « les
avantages, les risques, les contraintes et l'efficacité d'une nouvelle
méthode doivent être évalués par comparaison avec les meilleures méthodes
diagnostiques, thérapeutiques ou de prévention en usage. Cela n'exclut
ni le recours au placebo ni l'absence d'intervention dans les études
pour lesquelles il n'existe pas de méthode diagnostique, thérapeutique
ou de prévention éprouvée. » Une autre disposition ajoute que «
tous les patients ayant participé à une étude doivent être assurés
de bénéficier à son terme des moyens diagnostiques, thérapeutiques
et de prévention dont l'étude aura montré la supériorité ».7
La stipulation concernant le recours à un groupe placebo*, alors même
qu'il pourrait exister un traitement éprouvé, a provoqué un débat
d'ordre éthique, en particulier dans les pays où l'épidémie de VIH/sida
a fait tant de victimes.8 Par exemple, certains médicaments
antiviraux, tels la zidovudine, réduisent la transmission du VIH de la
mère à l'enfant. Or, dans le cadre de certaines études visant à déterminer
si ces médicaments restaient efficaces à des doses réduites, il y
avait un groupe placebo qui ne recevait aucun traitement. D'aucuns
arguent que le fait de recourir à un groupe placebo est inacceptable et
que les participants à ces essais doivent bénéficier des soins ou des
traitements les plus avancés, même si ceux-ci ne sont pas forcément
disponibles dans les pays où se déroulent les études.9
Pourtant, l'utilisation d'un groupe placebo constitue parfois la
seule façon de vérifier l'efficacité d'un traitement. Dès lors,
l'interdire pourrait empêcher la mise au point d'un traitement plus
efficace et moins coûteux puisqu'il n'y aurait peut-être pas d'autre
moyen de réaliser les études probantes qui sont nécessaires à
l'obtention de l'aval des autorités.
Les codes internationaux de conduite éthique applicable à la
recherche ont été modifiés parallèlement à l'évolution des
mentalités vis-à-vis des populations vulnérables. Les droits des
enfants, des personnes âgées, des populations autochtones et des
handicapés sont davantage acceptés de nos jours. Cette reconnaissance
publique de leurs droits fondamentaux s'est traduite par l'amélioration
de la planification familiale et des soins de santé de la reproduction
ainsi que par l'adoption de précautions supplémentaires visant la
recherche liée à ces domaines.
La Conférence internationale des Nations unies sur la population et
le développement, qui s'est tenue au Caire en 1994, atteste d'ailleurs
l'évolution de l'attitude de la communauté mondiale. Les représentants
de 179 pays ont souscrit à un bon nombre de déclarations visant à
protéger les femmes et d'autres groupes vulnérables ainsi qu'à
favoriser l'égalité des chances à leur intention et leurs
perspectives d'éducation. Nombre de ces concepts ont été repris par
les organisations non gouvernementales et d'autres groupes qui
prodiguent des services de planification familiale ou qui conduisent des
travaux de recherche sur la santé de la reproduction.10
– Ellen Devlin
* Dans les études comportant un groupe placebo, seuls
certains participants bénéficient du médicament ou du traitement
faisant l'objet de la recherche. Les autres reçoivent un « placebo »,
c'est-à-dire un traitement à composant inerte dont l'apparence est
identique à celle du médicament ou du traitement étudiés. L'objectif
est d'analyser le produit expérimental de manière plus précise,
puisque la seule suggestion d'avoir reçu un médicament ou un
traitement peut entraîner un effet physique. La comparaison du
traitement expérimental avec les résultats obtenus par
l'administration du placebo permet de gommer ce facteur.
Références
- Guenter D, Esparza J, Macklin R. Ethical
considerations in international HIV vaccine trials: summary of a
consultative process conducted by the Joint United Nations Programme
on HIV/AIDS (UNAIDS). J Med Ethics 2000;26(1):38.
- National Commission for the Protection of Human
Subjects of Research. Belmont Report: Ethical Principles and
Guidelines for the Protection of Human Subjects of Research.
U.S. Department of Health, Education, and Welfare, Office of the
Secretary, 1978.
- National Commission for the Protection of Human
Subjects of Research, 6.
- Kommission für Forschungs Partnerschaften mit
Entwicklungsländern. Lignes directrices pour la recherche avec les
pays en développement. Communication non publiée. Kommission für
Forschungs Partnerschaften mit Entwicklungsländern, sans date.
- Déclaration d'Helsinki. Principes éthiques
applicables aux recherches médicales sur des sujets humains.
Adoptée par la 18ème Assemblée générale de l'Association médicale
mondiale, à Helsinki (Finlande) en 1964, et amendée par la 52ème
Assemblée générale, à Edimbourg (Ecosse) en 2000. Texte : http://www.wma.net/f/policy/17-c_f.html.
- Déclaration d'Helsinki.
- Déclaration d'Helsinki.
- Angell M. The ethics of clinical research in the
Third World. N Engl J Med 1997;337(12):847-49.
- Benatar SR, Singer PA. A new look at international
research ethics. BMJ 2000;321(7264):824-26.
- Report of the International Conference on
Population and Development: Cairo, 5-13 September, 1994. New
York: United Nations, 1995.
Les
comités d'éthique veillent aux questions de sécurité
|
| Le but d'un comité d'éthique
(parfois appelé « IRB » selon le sigle pour le terme en
anglais « institutional review board »), est de veiller dans
toute la mesure du possible à ce que les études ne portent pas
atteinte aux sujets qui y participent. Un comité d'éthique se
compose de membres qui ne prennent pas part à la recherche et
qui devraient être représentatifs de la communauté visée.
La principale responsabilité de celui-ci
consiste à passer en revue les protocoles avant la mise en
route des essais, expérimentations ou études afin d'émettre
des recommandations concernant la sécurité des participants et
les risques que ceux-ci seraient susceptibles d'encourir. En
outre, il est tenu de suivre tout incident observé pendant les
travaux qui affecte – ou pourrait affecter – la sécurité
et de proposer des moyens d'y remédier.
Aux Etats-Unis, toute recherche effectuée à
l'aide de fonds fédéraux doit faire l'objet d'un examen préalable
de la part d'un comité d'éthique indépendant qui a pour tâche
de veiller à ce que celle-ci, lorsque des sujets humains s'y prêtent,
soit clairement justifiée, qu'elle se déroule dans le respect
de leur sécurité et qu'elle se conforme aux codes nationaux et
internationaux d'éthique, tel l'U.S. Code of Federal
Regulations.1
En 2001, une commission du gouvernement des
Etats-Unis a proposé une série de recommandations visant à
protéger tous les participants à la recherche, que des fonds fédéraux
soient utilisés ou non. Ainsi a-t-elle recommandé que les
formulaires de consentement éclairé expliquent tous les
avantages dont pourraient bénéficier les participants à
l'issue de l'étude et que soit communiquée aux sujets la façon
dont les interventions fructueuses seront mises à la
disposition du public. Dans le cas de travaux parrainés par le
gouvernement des Etats-Unis dans les pays en développement, ces
recommandations doivent recevoir l'aval d'un comité d'éthique
tant dans le pays hôte qu'aux Etats-Unis. De nouvelles lois
devront être mises en place avant que ces recommandations ne
puissent entrer en vigueur.2
| Lignes
directrices pour la sélection des membres d'IRB |
 |
| Cliquez
pour voir une version plus large. |
La composition d'un comité d'éthique
En règle générale, la sélection des
membres d'un IRB doit se faire en fonction de certains critères,
l'idée étant d'assurer la diversité des milieux
professionnels, des groupes ethniques et des sexes représentés.
Aux Etats-Unis, lorsque les chercheurs ont accès à des fonds fédéraux,
il faut qu'un membre au moins de l'IRB ait une formation autre
que scientifique et qu'un membre au moins ne soit pas affilié
à l'institution chargée d'effectuer la recherche.3
Lorsque la recherche bénéficie d'un concours
fédéral, les membres de l'IRB doivent être représentatifs
d'au moins cinq milieux. Une telle diversité permet de veiller
à ce que toutes les décisions prises soient étudiées sous
plusieurs aspects, chacun d'importance égale. Si l'étude vise
des participants qui sont particulièrement vulnérables, tels
des enfants, des prisonniers et des handicapés moteurs ou
mentaux, il est fortement recommandé qu'un membre au moins soit
bien informé sur la catégorie de population en question.
FHI fait appel à un groupe d'experts (le
Comité de protection des sujets humains) qui a pour mission
d'assurer la conception éthique des travaux de recherche
auxquels se prêtent des sujets humains et d'y intégrer des
protections à leur égard. Ce groupe, connu sous son sigle
anglais PHSC (Protection of Human Subjects Committee), vient
s'ajouter aux autres comités d'éthique en place dans les
endroits où s'effectue la recherche. Une étude réalisée par
FHI dans un centre hospitalier aux Etats-Unis tomberait ainsi
sous le coup du PHSC et de l'IRB du centre médical en question.
« Notre PHSC se compose de huit membres et siège
au moins quatre fois par an », explique David Borasky, qui représente
FHI au sein de cette instance. Aucun membre du personnel de FHI
n'est autorisé à voter à l'issue des délibérations du PHSC,
à caractère indépendant. « Je suis membre du PHSC »,
poursuit Borasky, « mais je ne vote pas. En gros, le PHSC passe
en revue les études proposées et décide par un vote s'il
convient d'approuver, de rejeter ou de différer tel ou tel
projet. De plus, il examine les études en cours pour veiller à
ce qu'elles soient conformes aux lignes directrices relatives à
la protection des sujets humains pendant la phase d'exécution
de la recherche. »
Les membres du PHSC de FHI sont issus de
milieux professionnels et sociaux divers de façon à garantir
toute une gamme de perspectives. A l'heure actuelle, par exemple,
le président de ce comité est un théologien qui dirige une école
privée et qui était antérieurement doyen de l'école de théologie
de l'université Duke, aux Etats-Unis. Parmi les autres membres
figurent plusieurs professionnels qui n'ont aucune association
avec FHI en dehors de leur participation au PHSC : un épidémiologiste,
un obstétricien/gynécologue, un pédiatre, deux sociologues,
un spécialiste en médecine interne et en bioéthique et un
avocat spécialisé dans les lois relatives à la santé. Divers
groupes ethniques sont représentés et la moitié des personnes
qui siègent au PHSC sont des femmes.
 |
| Les conseils consultatifs
communautaires, tel celui-ci à Blantyre, au Malawi, évaluent
les répercussions des études sur les populations
locales. |
Outre le PHSC, d'autres groupes sont parfois
constitués pour conseiller les scientifiques de FHI, notamment
sous la forme de conseils consultatifs communautaires. Dans le
cadre du Projet d'études sur les femmes (WSP) qui a été mené
dans 14 pays au cours des années 1990, par exemple, on a vu se
créer des groupes consultatifs locaux qui regroupaient des
scientifiques, des défenseurs des droits de la femme et des décideurs.
Certains aspects de la recherche portaient sur des sujets délicats,
tels la violence familiale en Bolivie et aux Philippines,
l'utilisation secrète de contraceptifs par les femmes au Mali,
la demande d'avortements par les adolescentes au Brésil et, à
la Jamaïque, l'attitude des jeunes face à la sexualité. Les
chercheurs de FHI et leurs collègues étrangers ont agi en étroite
collaboration avec les groupes consultatifs locaux en vue de
garantir la confidentialité des renseignements fournis par les
participantes. Et à l'université d'Iloilo, aux Philippines, le
comité d'éthique établi dans le cadre de ce projet reste en
service aujourd'hui encore, bien après la conclusion de ce
dernier.
Les protections d'ordre éthique dans le
monde
Le PHSC créé par FHI applique rigoureusement
la réglementation fédérale, même lorsque la recherche se déroule
en dehors des Etats-Unis ou qu'elle ne bénéficie pas d'un
concours financier du gouvernement américain. La coordination
des activités du PHSC avec celles des comités d'éthique
d'autres pays ou d'autres institutions s'insère dans la volonté
de protéger les participants. « En général, c'est l'enquêteur
au niveau local qui a le plus de contacts avec les groupes
consultatifs locaux », précise D. Borasky.
A l'étranger, la recherche peut tenir de la
gageure. Il faut tenir compte des différences linguistiques,
dialectes locaux y compris, du niveau d'alphabétisation et de
tout un éventail de valeurs et de systèmes culturels au niveau
local quand il s'agit d'informer les participants potentiels sur
la recherche et ses risques ou de façonner d'autres aspects éthiques
d'une étude. Il y a des cultures qui interdisent aux femmes de
siéger au banc des comités d'éthique locaux, ce qui
contrevient au principe américain de diversité des sexes. Dans
les pays aux maigres ressources, les compétences
administratives, la dotation des établissements en personnel et
l'accès à l'information sont limités, ce qui fait que les
groupes consultatifs sur le terrain ont du mal à exercer leurs
responsabilités.4
« Ces dernières années, on a pris de plus
en plus conscience de la nécessité de renforcer la capacité
des pays en développement pour ce qui est d'examiner l'aspect
éthique des projets », explique le docteur Roberto Rivera,
directeur du bureau d'éthique de la recherche à FHI.
« FHI s'emploie », ajoute-t-il, « de manière
énergique et organisée à mettre sur pied des cours de
formation et des programmes scolaires à même d'aider le
personnel des organismes de recherche des pays en développement
à établir des comités d'éthique. Je crois bien que FHI est
l'une des premières organisations internationales à agir en ce
sens. » Par exemple, FHI a préparé, sur ce thème, un manuel
de formation destiné aux scientifiques et aux décideurs des
pays en développement. La décision de consacrer le présent
numéro de Network en français à ce sujet atteste également
la volonté d'encourager la supervision éthique de la recherche
à laquelle se prêtent des sujets humains.
« Un comité d'éthique compétent ne se
constitue pas du jour au lendemain, insiste le docteur Rivera.
Il faut scrupuleusement veiller à ce que ses membres soient
choisis avec le plus grand soin et qu'ils reflètent la
composition de la population locale dans laquelle se déroule la
recherche. Parfois, les médecins sont trop nombreux à y siéger.
Si l'on veut garantir la représentation équilibrée du plus
grand nombre possible de points de vue, pour le bienfait des
participants, il est essentiel de sensibiliser la population
locale à l'importance que revêt la diversité des comités d'éthique.
»
– Ellen Devlin
Références
- International Ethical Guidelines for
Biomedical Research Involving Human Subjects. Geneva:
Council for International Organizations of Medical Sciences
and World Health Organization, 1993.
- Ethical and policy issues in research
involving human participants, May 18, 2001. National
Bioethics Advisory Commission, 2001. Texte: http://bioethics.georgetown.edu/nbac/human/overvol1.pdf.
- Protection of Human Subjects. Code of
Federal Regulations 40CFR26.107, revised July 1, 2001.
- MacPherson CC. Research ethics committees:
a regional approach. Theo Med Bioethics
1999;20(2):161-62.
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