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La revue trimestrielle de santé de FHI, Network en français

Le DIU au cuivre : une méthode sûre, efficace et réversible

Le manque d'informations correctes et d'autres obstacles découragent l'emploi du DIU.

Network en français : 2000, Vol. 20, No. 1

NetworkTous droits réservés Family Health International, 2000.
Réimpression de Network autorisée par Family Health International
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Une bonne méthode contraceptive ayant une mauvaise réputation dans certains pays, le dispositif intra-utérin (DIU) T au cuivre est sans danger et d'effet réversible. Une fois posé, il ne demande que peu d'effort de la part de l'utilisatrice tout en offrant dix ans de prévention contre les grossesses. Cependant, dans certains pays, les clientes des services de planification familiale sont réticentes à son emploi, les prestataires de santé hésitent à le proposer, ou les programmes n'ont pas les moyens ou le personnel compétent nécessaires à sa diffusion.

La crainte d'effets secondaires, l'inquiétude liée aux infections ou à l'infertilité, le manque de formation technique des prestataires, ainsi que le temps et le coût associés à cette méthode, se combinent pour décourager l'utilisation des DIU dans certains pays. "Le DIU est une méthode vraiment efficace et son taux de complications est inférieur à celui des méthodes hormonales", précise le docteur Carlos Huezo, directeur médical de la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF). "Il est donc regrettable que son usage soit si peu répandu dans de nombreux pays. Nous devons faire un effort de sensibilisation en soulignant l'efficacité et les faibles risques du DIU."

A l'échelle mondiale, environ 13 % de l'ensemble des femmes en âge de procréer utilisent le DIU, ce qui en fait le second contraceptif le plus répandu (19 % font appel à la stérilisation féminine, la méthode la plus fréquente). Cependant, la majorité des utilisatrices du DIU se trouve dans quelques pays, notamment en Chine, où vit le cinquième de l'humanité. Si la recherche montre que le DIU au cuivre en forme de T est presque aussi efficace que la stérilisation masculine ou féminine, il est pourtant souvent ignoré ou méconnu. Cette situation s'explique en partie par la mauvaise information à la fois des clientes et des prestataires.

Mythes et rumeurs

Une enquête postale internationale menée par l'IPPF et par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a révélé que la méconnaissance du DIU constitue un obstacle à son emploi dans le monde entier. Selon le docteur Huezo, les résultats préliminaires des recherches sur les questions et les soucis des clientes indiquent que les rumeurs sont courantes. L'enquête a été réalisée auprès d'institutions nationales proposant des services de planification familiale dans 75 pays.

"La fausse idée la plus fréquente est que les DIU agissent en provoquant un avortement", dit le docteur Huezo. "Nous avons aussi entendu dire que le DIU cause le cancer. Il s'agit là d'une croyance fréquente, mais elle a étonné les chercheurs. Une autre préoccupation est que le DIU peut sortir de l'utérus et migrer vers des organes aussi éloignés que le coeur ou le cerveau."

L'IPPF et l'OMS sont en train de dresser à l'intention des prestataires une liste de ces idées fausses, ainsi que des réponses à apporter aux clientes pour les soulager de leurs soucis. Par exemple, aucune preuve scientifique n'indique que les DIU causent le cancer. En fait, les travaux des chercheurs suggèrent que ces dispositifs réduisent le risque de cancer endométrial et de cancer du col. De plus, si le DIU peut être expulsé vers le vagin ou, très rarement, perforer la paroi utérine lors de son insertion, il ne se déplace pas de l'utérus vers d'autres organes. Enfin, les DIU agissent en empêchant la fécondation. Même si les mécanismes d'action ne sont pas encore entièrement élucidés, les études réalisées montrent que ces dispositifs interrompent le phénomène de la reproduction avant la nidation et la grossesse, mais sans effet abortif.

"Si nous voulons améliorer l'acceptabilité du DIU ou de toute autre méthode contraceptive, il est essentiel d'informer et d'éduquer communautés, clientes et clientes potentielles", dit le docteur Huezo. "Il est aussi très important de mettre à jour les connaissances des prestataires, non seulement de ceux directement responsables de la fourniture des contraceptifs, mais aussi de ceux travaillant dans d'autres services de santé de la reproduction."

Cette mise à jour des informations est vitale. Une étude conduite à la Jamaïque a montré que les médecins du secteur privé refusaient souvent de fournir des méthodes de planification familiale en fondant leurs décisions sur des informations obsolètes plutôt que sur des données scientifiques récentes.1 Vingt-neuf pour cent de ces médecins imposaient une pause après l'utilisation du DIU (avant l'insertion d'un nouveau dispositif ou le passage à une autre méthode contraceptive) et 11 % exigeaient une analyse de sang avant de poser un DIU. Or aucune de ces précautions n'est médicalement justifiée.

Des informations inexactes ou périmées favorisent aussi les inquiétudes relatives à la prévention des infections. Certains prestataires de santé hésitent à recommander le DIU, car ils croient à tort qu'il peut causer une maladie inflammatoire pelvienne (MIP), un état grave conduisant parfois à l'infertilité ou au décès.

On peut réduire le danger des MIP en identifiant les clientes à fort risque de maladies sexuellement transmissibles. Les femmes présentant un tel risque devraient envisager une autre option contraceptive comme le préservatif masculin. "Si l'insertion est suivie d'une infection, il est possible qu'elle résulte d'un état antérieur, par exemple d'une gonorrhée préexistante au niveau de la partie basse du tractus génital et introduite dans la partie haute", dit le docteur Irina Yacobson de Family Health International (FHI), qui a dirigé une formation au DIU dans plusieurs pays. En laissant le DIU en place pour toute sa durée recommandée d'utilisation, on contribue aussi à minimiser les risques d'infection. Par ailleurs, les prestataires devraient poser le DIU dans des conditions aseptiques et également encourager les femmes à se protéger avec le préservatif si elles ont des rapports avec des hommes potentiellement infectés.

Un autre obstacle a été d'exiger que la femme ait ses règles avant la pose du DIU pour être sûr qu'elle n'est pas enceinte. Afin d'aider les prestataires à écarter la possibilité d'une grossesse hors de la période de menstruation, FHI a mis au point une simple liste de contrôle et a récemment formé des prestataires du Kenya à l'emploi de cette liste.

Effets secondaires

Pour certaines clientes, la crainte d'effets secondaires a un effet dissuasif. Cette crainte limite leur utilisation du DIU et constitue une cause majeure d'abandon. Si ses utilisatrices signalent en général moins d'effets indésirables que celles de méthodes hormonales ou traditionnelles, ces effets peuvent, lorsqu'ils surviennent, inciter les clientes à demander le retrait du dispositif.2

Pendant les premiers mois, les femmes utilisant le DIU se plaignent le plus souvent de saignements entre leurs règles ainsi que de crampes. Selon une étude menée en Thaïlande par FHI, saignements intermenstruels et menstrues douloureuses étaient, au cours des 12 premiers mois, les effets secondaires les plus souvent cités par les utilisatrices.3 Au Bangladesh, le DIU a été retiré chez 40 % de 3.678 femmes enquêtées, avec environ un cinquième de ces retraits imputables aux problèmes menstruels.4 Et au Népal, les femmes croyaient à tort que les crampes et les saignements accrus pendant les premiers mois d'emploi du DIU étaient en fait liés aux symptômes de sa migration hors de l'utérus en direction du coeur qui serait finalement percé.5

Une récente étude conduite par FHI en Amérique latine, en Asie et en Afrique a révélé que, parmi 321 utilisatrices du DIU au cuivre, l'expulsion (3,1 %) de même que les saignements et les douleurs (4,5 %) étaient des facteurs contribuant à l'abandon de la méthode. Les chercheurs ont aussi observé que les femmes de moins de 20 ans présentaient un taux d'expulsion supérieur à celui des femmes plus âgées.6

Les femmes doivent être informées sur les effets secondaires et sur leur interprétation avant la pose du DIU. Si des perturbations menstruelles surviennent pendant les premiers mois, les prestataires devraient rassurer la cliente en lui précisant que ces effets sont normaux et qu'ils s'estompent habituellement avec le temps. D'un point de vue médical, il n'est pas nécessaire de retirer le DIU, sauf si la femme se plaint aussi de fièvre, d'une sensibilité anormale de l'abdomen, de pertes vaginales inhabituelles (possible MIP) ou d'une douleur intense (possible perforation utérine ou expulsion partielle). Les agents de santé peuvent aussi aider les femmes à supporter les effets indésirables en leur prescrivant des médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l'ibuprofène. Chez celles souffrant de problèmes menstruels et de douleurs, les médecins pourront par exemple recommander 400 milligrammes d'ibuprofène quatre fois par jour jusqu'à l'arrêt des saignements.

Cependant, si une femme ne peut pas tolérer les effets secondaires et demande le retrait du DIU, les prestataires devraient respecter sa volonté et lui proposer une autre méthode contraceptive.

Les travaux menés par FHI suggèrent qu'il soit possible aux prestataires de prévoir les cas de retrait pour cause de saignements ou de douleurs au moment de la visite de contrôle à un mois. Après avoir analysé les données de plusieurs études internationales, les chercheurs ont trouvé que, sur 2.625 femmes, le DIU avait été retiré dans 89 cas pour cause de saignements ou de douleurs au cours de la première année d'utilisation. Les femmes qui n'allaitaient pas au moment de la pose du DIU étaient presque trois fois plus susceptibles de demander son retrait que celles qui allaitaient. Et les utilisatrices d'Asie occidentale ou d'Afrique du Nord étaient aussi presque trois fois plus enclines à demander un retrait que celles d'autres pays. Les chercheurs ont conclu que plusieurs facteurs, détectables au moment de la visite à un mois, permettaient de prévoir le retrait d'un DIU : saignements intermenstruels depuis les dernières règles, menstrues trop abondantes, et absence ou arrêt de l'allaitement au sein.7

Barrières économiques

Pour les femmes comme pour les programmes de planification familiale, le coût de toute méthode contraceptive est un facteur non négligeable. Outre le prix du DIU même, les clientes doivent souvent parcourir de longues distances pour se rendre aux centres, payer pour leur transport, manquer un jour de travail et trouver une garde pour leurs enfants. Les centres de planification familiale doivent de leur côté tenir compte des frais du personnel chargé du counseling, de la pose des DIU et des visites de contrôle.

Même les fournitures nécessaires à la pose peuvent être coûteuses. Une étude réalisée par FHI au Kenya a par exemple montré que certaines des clientes désirant un DIU devaient apporter leurs propres gants ou leur propre coton hydrophile pour la procédure d'insertion.8

Si les coûts initiaux de la pose d'un DIU peuvent être élevés, la méthode se révèle en fait très avantageuse sur le long terme. Une étude FHI réalisée en Thaïlande a comparé différents moyens contraceptifs selon leur coût par année-couple de protection (ACP). Après cinq ans d'utilisation, le DIU revenait à environ 0,86 dollars (USD) par ACP y compris les visites de contrôle. Le coût par ACP des implants sous-cutanés et des contraceptifs injectables était respectivement de 5,65 et 5 dollars (USD). 9 Une autre étude a montré des résultats similaires pour une période de cinq ans chez les femmes américaines.10

Le coût des consultations est un point important à considérer. Le nombre recommandé varie souvent d'un centre à l'autre : il se situe entre deux et cinq visites pendant les 12 mois suivant la pose du DIU. Certaines femmes reviennent consulter simplement pour suivre le calendrier des visites programmées et non à cause d'un problème. Mais si ces visites sont trop fréquentes, elles peuvent surcharger les services en détournant prestataires et ressources financières de femmes ayant besoin de soins médicaux.

Pour savoir s'il est possible de réduire les coûts sans compromettre la santé des clientes, FHI a analysé les consultations effectuées dans neuf pays par les utilisatrices de DIU, en s'intéressant notamment aux cas sans symptômes ou aux cas avec symptômes bénins, mais nécessitant un soin médical. Sur plus de 11.000 visites examinées, un tel soin s'est révélé indispensable dans seulement 11 % des cas (traitement d'effets secondaires ou retrait du DIU). Moins de 1 % des cas ont requis à la fois traitement et retrait.11

Parmi les femmes sans symptômes ou avec symptômes bénins, près des deux-tiers ont déclaré qu'elles seraient retournées au centre même sans rendez-vous (la plupart citant des raisons personnelles ou la crainte d'une possible grossesse). Les femmes présentant des symptômes graves ou modérés ont pour leur part indiqué qu'elles seraient revenues consulter avec ou sans rendez-vous. Les chercheurs ont conclu que les agents de santé consacraient du temps à des utilisatrices satisfaites et en bonne santé n'ayant pas vraiment besoin des services médicaux.

En Equateur, FHI et le Population Council se sont intéressés à l'impact d'une réduction du nombre de ces visites de contrôle sur les coûts des programmes et sur la qualité des soins apportés aux clientes. Dans les 20 centres gérés par le Centro Médico de Planificación Familiar (CEMOPLAF), les chercheurs ont demandé à plus de 3.300 femmes recevant pour la première fois un DIU la raison de leurs visites (problèmes de santé ou simple respect du calendrier de consultations prévu par le centre). Le CEMOPLAF avait alors pour règle d'exiger quatre visites de contrôle au cours de la première année d'utilisation.

En analysant les réponses, les chercheurs ont trouvé que les visites de contrôle par les utilisatrices de DIU représentaient 74 % de l'ensemble des consultations des centres et 64 % du total de leurs dépenses. Si la plupart des clientes se rendaient à leur première visite, leur nombre déclinait ensuite rapidement pour le second, le troisième et le quatrième rendez-vous. Parmi les femmes diagnostiquées avec un problème médical, notamment les cas d'expulsion et de MIP, les trois-quarts ont déclaré qu'elles seraient revenues consulter même sans rendez-vous préalable.12

En conséquence, le CEMOPLAF a adopté une nouvelle règle, celle d'une seule visite obligatoire au plus tôt 15 jours après l'insertion du DIU. Et les femmes ont été encouragées à revenir au centre chaque fois qu'un problème pouvait survenir. Si le nombre des poses de DIU est demeuré constant, celui des visites de contrôle pendant la première année a chuté de 36 %. La baisse de ces visites a permis au personnel de consacrer son temps à des problèmes plus urgents.

-- Barbara Barnett

Notes

  1. McDonald OP, Hardee K, Bailey W, et al. Quality of care among Jamaican private physicians offering family planning services. Adv Contracept 1995;11(3):245-54.
  2. Cleland J, Ali M. Quality of care and contraceptive continuation. In Ersheng G, Shah I, eds. Progress of Social Science Research on Reproductive Health: Anthology of Treatises of the International Symposium on Social Science Research on Reproductive Health, Shanghai, People's Republic of China, October 11-14, 1994. Beijing: China Population Publishing House, 1997.
  3. Reinprayoon D, Gilmore C, Farr G, et al. Twelve-month comparable multicenter study of the TCu 380A and ML250 intrauterine devices in Bangkok, Thailand. Contraception 1998;58(4):201-6.
  4. Akhter HH, Faisel AJ, Ahmen YH, et al. An IUD study to assess follow-up needed for removal or reinsertion. Summary Bibliography of BIRPERHT Studies. Dhaka: Bangladesh Institute of Research for Promotion of Essential & Reproductive Health and Technologies, 1994.
  5. Nepal Ministry of Health and University Research Corporation. Developing Strategies to Increase IUD Use in Urban Areas, Population Council Operations Research Database Project Summaries. New York: Population Council, 1993.
  6. Rivera R, Chen-Mok M, McMullen S. Analysis of client characteristics that may affect early discontinuation of the TCu-380A IUD. Contraception 1999;60(3):155-60.
  7. Stanback J, Grimes D. Can intrauterine device removals for bleeding or pain be predicted at a one-month follow-up visit? Contraception 1998; 58(6):357-60.
  8. Stanback J, Omondi-Odhiambo, Omuodo D. Final Report, Why Has IUD Use Slowed in Kenya, Part A, Qualitative Assessment of IUD Service Delivery in Kenya. Research Triangle Park, NC: Family Health International, 1995.
  9. Janowitz B, Kanchanasinith K, Auamkul N, et al. Introducing the contraceptive implant in Thailand: impact on method use and costs. Int Fam Plann Perspect 1994;20(4):132-36.
  10. Trussell J, Leveque JA, Koenig JD, et al. The economic value of contraception: a comparison of 15 methods. Am J Public Health 1995;85:494-503.
  11. Janowitz B, Hubacher D, Petrick T, et al. Should the recommended number of IUD visits be reduced? Stud Fam Plann 1994; 25(6):362-67.
  12. Foreit J, Bratt J, Foreit K, et al. Cost control, access and quality of care: the impact of IUD revisit norms in Ecuador. J Health Popul Dev Countries 1998;1(2):11-18.

Pour de plus amples informations, voir le site Web www.fhi.org

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