|
Dans le monde entier, les femmes suivent généralement leurs règles de près. Elles
sont très sensibles à toute perturbation de leur cycle et aux variations de leur flux
menstruel. Et il arrive que les troubles liés aux contraceptifs entraînent le rejet de
la méthode qu'elles utilisent ou qu'elles pourraient utiliser.
Les contraceptifs modernes peuvent en effet sérieusement
perturber les règles, en provoquant des saignements abondants, prolongés ou
irréguliers, tout comme une disparition totale des menstrues (aménorrhée).
Quand un prestataire discute avec une cliente du choix d'une méthode ou lorsqu'il
écoute une femme se plaindre d'effets secondaires, il peut ignorer ces troubles ou
minimiser leur importance, car certaines de ces perturbations, il est vrai, sont
transitoires ou peuvent s'atténuer avec le temps. Tant que les saignements irréguliers
n'ont pas de conséquences graves, comme une anémie, ils ne constituent souvent qu'un problème de santé mineur. Mais de tels changements ne sont pas
acceptables pour certaines femmes.
Selon une étude menée par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans 10 pays et
auprès de 5.322 femmes, ces dernières sont sensibles aux moindres variations de leurs
menstruations. Dans les campagnes comme dans les villes, et quel que soit le milieu
socio-économique ou religieux, la majorité des sujets interrogés (largement plus de la
moitié dans la plupart des pays) ne veulent pas que leur cycle menstruel soit perturbé.1
Mais la notion de "règles normales" varie considérablement selon les
régions du monde, du fait notamment de facteurs génétiques ou environnementaux
influençant les rythmes menstruels. Cette même étude de l'OMS a ainsi montré que, chez
les femmes n'utilisant pas de contraceptif, la moyenne trimestrielle de jours de
saignement est par exemple de 12 jours au Mexique contre 18 en Grande-Bretagne (où les
cycles menstruels semblent plus courts et les saignements plus prolongés).
Chez les femmes employant un contraceptif, de telles variations régionales et
ethniques des flux menstruels ont aussi été observées. Une autre enquête de l'OMS
ayant porté sur plus de 5.000 sujets utilisant soit un contraceptif oral combiné (COC),
soit un contraceptif injectable, soit encore un anneau vaginal libérant un progestatif, a
permis de montrer ces différences : les femmes européennes tendent ainsi à avoir leurs
règles plus souvent que celles d'Asie, d'Amérique latine, d'Afrique ou des Caraïbes. Et
cet écart s'observe quelle que soit la méthode utilisée. C'est chez les femmes
d'Afrique du Nord employant un contraceptif injectable que l'on relève les périodes de
saignements ou de petits saignements (spotting) les plus brèves, les intervalles
aménorrhéiques les plus longs, ainsi que les rythmes les plus réguliers.2
Influences culturelles
D'une région du monde à l'autre, la notion de "règles normales" dépend
aussi de facteurs religieux et culturels, qui peuvent influencer de manière considérable
l'existence quotidienne des femmes, qu'il s'agisse de la perception de leur état de
santé, de l'hygiène, de la vie sexuelle, de l'exécution des tâches domestiques, de la
participation aux activités sociales ou même de la fréquentation des lieux de culte.
Durant leurs règles, les femmes musulmanes n'ont ainsi plus le droit de prier, de
jeûner, de toucher certains livres sacrés ou pratiquer divers rites religieux. Elles
considèrent souvent le sang menstruel comme étant polluant. Elles craignent d'être
d'une malpropreté contagieuse et évitent ainsi de s'approcher trop près des jeunes
enfants et des femmes enceintes. "En Egypte, les serviettes et les vêtements
tâchés de sang menstruel sont lavés séparément", précise le docteur Laila
Kafafi, conseillère permanente au Caire pour les équipes de recherche de FHI. "Et
même si leur religion ne leur interdit pas de se doucher durant leur règles, certaines
femmes musulmanes croient que se laver ainsi est mauvais pour leur santé." Ailleurs,
en Yougoslavie par exemple, il est parfois interdit aux femmes chrétiennes de participer
à certaines activités de la paroisse ou d'accomplir leurs travaux au foyer quand elles
ont leurs règles.
"Mais les modes de vie moderne obligent souvent les femmes à remplir leurs
tâches domestiques même durant leurs règles et même si elles préféreraient s'en
abstenir", précise le docteur Asha Mohamud, un médecin somalien qui a étudié dans
son pays les préoccupations des femmes en matière de santé et qui est basé à
Washington où elle est chef de programme auprès du PATH (Program for Appropriate
Technology in Health). "Il est intéressant de noter que ces diverses interdictions
imposées par la religion se calquent probablement sur d'anciennes pratiques culturelles
visant à protéger les femmes et à alléger leur fardeau durant leurs règles."
Dans la majorité des régions étudiées par l'OMS, la plupart des femmes sont
heureuses d'avoir leurs règles. La menstruation atteste en effet leur jeunesse, leur
féminité et leur fécondité. Elle peut aussi soulager celle qui craignait d'être
enceinte. Les règles sont par ailleurs souvent interprétées comme un indicateur de
bonne santé, même s'il s'agit là d'une fausse idée : l'absence des règles inquiète
alors bien des femmes, qui s'imaginent à tort qu'elles vont souffrir d'un cancer, d'un
trouble cardiaque, de problèmes de vision ou d'une maladie mentale. Une étude sur
l'acceptabilité et l'utilisation des méthodes contraceptives conduite dans cinq groupes
ethniques différents (Bahamiens, Cubains, Haïtiens, Portoricains et Noirs Américains) a
également montré qu'un saignement menstruel régulier est le plus souvent considéré
comme nécessaire à une bonne santé.3
L'analyse des réponses des participantes à l'étude de l'OMS montre de nettes
tendances quant aux modifications dans les saignements menstruels considérées comme
admissibles par les femmes. Par exemple, la grande majorité ne souhaite pas de
perturbations de leur cycle, mais si de tels troubles doivent survenir, les femmes
interrogées tendent à préférer une diminution des saignements plutôt que l'inverse.
Ces résultats sont précieux pour les prestataires, car ils leur permettront d'évaluer
le degré d'acceptabilité des méthodes contraceptives modifiant les menstrues.
Troubles menstruels
habituels avec les méthodes contraceptives
| Méthode |
Troubles
de la menstruation |
| Implants Norplant
|
Augmentation du nombre de jours
de saignements légers ou de petits saignements (spotting) et de saignements irréguliers. |
| Contraceptifs injectables
|
Injectables aux
progestatifs-seuls (DMPA, NET-EN) : saignements irréguliers et prolongés et/ou petits
saignements pendant les trois à six premiers mois, suivis plus tard d'une aménorrhée. Injectables
combinés (Cyclofem, Mesigyna) : règles régulières chez la plupart des femmes, mais
saignements fréquents, irréguliers ou prolongés sont possibles dans certains cas. |
| Contraceptifs oraux
|
Pilules progestatives : nombre
accru de jours de saignements légers ou irréguliers ; aménorrhée. Contraceptifs
oraux combinés : nombre réduit des jours de saignements et diminution du flux menstruel
; petits saignements ; aménorrhée. |
| DIU
|
DIU au cuivre : accroissement
du flux menstruel de 30 à 50 pour cent. DIU au lévonorgestrel : diminution nette du
flux menstruel ; aménorrhée. |
| Stérilisation
|
Etude des troubles à
approfondir. Il semble que ceux constatés chez certaines femmes soient en fait la
conséquence de l'abandon simultané d'une autre méthode contraceptive. |
Méthodes hormonales
Les contraceptifs hormonaux provoquent des perturbations menstruelles chez la majorité
des utilisatrices. C'est notamment le cas avec les progestatifs-seuls à longue durée
d'action comme le Norplant ou encore avec les injectables comme l'acétate de
médroxyprogestérone-dépôt (DMPA) et l'énanthate de noréthistérone (NET-EN), qui
offrent une protection contraceptive respectivement de trois mois et de deux mois. Si le
nombre de jours de saignement abondant n'est que rarement augmenté par les
progestatifs-seuls, ces derniers tendent cependant à prolonger la période de petits
saignements (spotting), l'irrégularité des saignements et, surtout avec les injectables,
l'aménorrhée.
La perspective de telles perturbations peut effrayer certaines femmes. Dans le cadre
d'une étude conduite en Indonésie, FHI a par exemple observé le cas d'une femme âgée
de 32 ans, mère de deux enfants et vivant en milieu urbain, qui a pris la décision de ne
pas utiliser le Norplant après avoir partagé l'expérience d'une proche sujette à des
saignements irréguliers : "J'ai vu cette amie avec son implant saigner encore et
encore, et j'ai eu peur d'employer la méthode."4
Chez la majorité des utilisatrices du Norplant à six capsules, ces perturbations
menstruelles surviennent au cours de la première année. Au fil du temps pourtant, les
effets secondaires tendent à s'amenuiser. Chez les utilisatrices du Norplant-II (système
d'implants à deux bâtonnets), les troubles sont également fréquents durant les douze
premiers mois : le suivi d'un groupe de plus de 1.000 femmes indiennes utilisant ce
contraceptif a ainsi montré qu'ils peuvent survenir dans 75 pour cent des cas, surtout
sous la forme de "saignements peu fréquents" ou de "saignements
fréquents/prolongés". Ces effets secondaires se sont ensuite estompés et ils
semblent n'avoir persisté que chez un tiers environ des 100 femmes encore suivies après
cinq ans.5
Par ailleurs, grâce à une étude menée à Singapour avec 100 utilisatrices du
Norplant-II, on a pu observer que, durant les trois premiers mois, des "saignements
menstruels inhabituels" (saignements irréguliers ou prolongés le plus souvent)
étaient survenus dans environ 90 pour cent des cas. Mais la fréquence des troubles
était tombée à 30 pour cent parmi la soixantaine de participantes toujours suivies par
les chercheurs après cinq années.6
Fait intéressant, les taux d'abandon du Norplant chez les femmes souffrant de troubles
menstruels sont relativement faibles. L'enquête réalisée en Inde a ainsi montré que si
75 pour cent des utilisatrices du Norplant-II ont connu de tels problèmes durant la
première année, seulement 8 pour cent ont abandonné la méthode pour cette raison.
L'examen des résultats de plusieurs études révèle également que les taux d'abandon
pour troubles menstruels varient entre 4 et 31 pour cent sur cinq ans.7 Et dans
le cadre d'essais cliniques conduits par FHI dans 11 pays, le taux d'abandon pour cause de
troubles menstruels a atteint environ 16 pour cent à cinq ans.8
Mais les taux relativement faibles d'abandon du Norplant ne reflètent cependant pas
toujours le degré de satisfaction des utilisatrices. Une enquête conduite au Sénégal a
montré que de nombreux prestataires de santé s'efforcent de convaincre les femmes de
conserver leurs implants,9 sans doute parce que la méthode est relativement
coûteuse. "La plupart des femmes dont la demande de retrait s'est heurtée à une
résistance ont réagi en fait dès l'apparition des premiers troubles menstruels. Mais
les prestataires n'ont semble-t-il pas jugé ces problèmes suffisamment graves pour
justifier une intervention immédiate", commente Mme Elizabeth Tolley, de FHI et l'un
des principaux auteurs de cette étude.
Le traitement des troubles menstruels liés au Norplant peut être efficace et on
devrait le proposer en option, mais il faudrait retirer les implants si la femme le
demande. Informer les clientes sur les avantages et les inconvénients de cette méthode,
de même que les encourager à partager leurs préoccupations quant aux effets
secondaires, sont des points essentiels d'un bon counseling. Un tel counseling peut
permettre d'améliorer à la fois le sentiment de bien-être de la femme et le degré
d'acceptation de la méthode. A l'inverse, un mauvais counseling peut inutilement
provoquer une détresse chez la cliente.
Il arrive, comme le montre une étude réalisée à Haïti, que prestataires et
clientes ne discutent pas suffisamment durant le counseling de l'éventualité de
saignements abondants ou prolongés induits par le Norplant.10 L'exemple d'un
dispensaire américain illustre par contre les avantages d'un bon travail préparatoire.
Dans ce cas particulier, les prestataires ont su décrire soigneusement les problèmes
potentiels liés au Norplant et discuter avec les femmes des réactions à adopter en cas
d'effets secondaires (comme par exemple le recours aux mini-serviettes hygiéniques, moins
chères, plutôt qu'aux serviettes normales ou aux tampons). Et, comme le précise Mme
Judy Norsigian, directrice de programme auprès du Boston Women's Health Book Collective
et membre du comité consultatif de FHI sur la recherche contraceptive, cet effort
d'information a porté ses fruits : si le taux initial d'adoption du Norplant a été
inférieur à celui d'autres dispensaires de la région, celui de continuation à long
terme a été bien supérieur.
Un counseling préalable de qualité n'est pourtant pas toujours suffisant pour
améliorer les taux de continuation. C'est ce qu'a montré une enquête réalisée en
Amérique du Nord auprès de 98 femmes ayant utilisé, puis abandonné le Norplant entre
1991 et 1994. Chez ces femmes, le counseling n'a en effet pas eu d'influence sur leur
décision d'interrompre la méthode. Les troubles du cycle menstruel ont été la
principale raison des demandes de retrait des implants.11
Savoir répondre aux inquiétudes des clientes souffrant d'irrégularités menstruelles
pourrait être une des priorités à respecter pendant les visites de contrôle. Il
semblerait également que ces effets secondaires soient mieux tolérés si les partenaires
masculins participent effectivement aux décisions prises en planification familiale.
De plus, les prestataires pourraient souligner à juste titre les avantages de certains
changements induits par les contraceptifs. C'est le cas par exemple de l'aménorrhée, qui
est habituellement un signe de grossesse et qui peut rendre la femme anxieuse, mais qui
doit être interprétée positivement chez les femmes utilisant une méthode hormonale,
car elle est en fait la conséquence d'une bonne protection contraceptive. Une étude des
caractéristiques menstruelles de 234 femmes employant le Norplant a montré qu'après une
année d'utilisation les participantes présentant des cycles réguliers étaient aussi
celles les plus exposées à un échec de la méthode contraceptive. A cinq ans, le taux
de grossesses non désirées était en effet de 17 pour cent dans ce groupe contre
seulement 4 pour cent chez celles ayant des cycles irréguliers et 0 pour cent chez les
femmes aménorrhéiques.12
Injectables aux progestatifs-seuls
Chez la plupart des femmes utilisant un contraceptif injectable aux progestatifs-seuls,
on note, pendant la première année, des menstrues plus longues ou plus irrégulières,
ou bien de l'aménorrhée. Entre les trois et six premiers mois, ces contraceptifs
provoquent en effet des saignements irréguliers et prolongés. Les pertes menstruelles
tendent ensuite à disparaître et les deux tiers environ des utilisatrices du DMPA
deviennent aménorrhéiques avant la fin de la seconde année. Le NET-EN provoque
cependant moins de troubles menstruels que le DMPA, et l'aménorrhée est aussi moins
fréquente avec cet injectable.13 Les perturbations menstruelles liées au DMPA
provoquent quelque 25 pour cent d'abandons de la méthode au cours des douze premiers
mois. Mais, selon les résultats d'une étude de l'OMS, ce taux à un an peut varier
considérablement d'un pays à l'autre, de 3,5 pour cent à la Jamaïque à presque 59
pour cent en Yougoslavie.14 De tels écarts peuvent s'expliquer en partie par
des différences culturelles favorisant ou condamnant l'acceptation des troubles
menstruels. Mais ils résultent aussi de différences biologiques comme l'attestent
plusieurs études sur ces injectables. Ainsi les femmes thaïlandaises absorbent-elles et
éliminent-elles plus rapidement le DMPA que les femmes mexicaines.15 Et au
Vietnam, chez les utilisatrices du DMPA, la fréquence des cycles réguliers est deux à
trois fois supérieure à celle d'autres groupes ethniques, une différence sans doute
d'origine métabolique.16
Par ailleurs, la qualité du counseling a une influence importante sur les taux de
continuation des utilisatrices du DMPA. Ce rôle a été démontré par une étude
conduite auprès de 400 femmes chinoises. La moitié de ces femmes a bénéficié d'un
counseling de qualité avant et durant l'emploi de la méthode, tandis que l'autre moitié
n'a reçu qu'une aide superficielle. Au terme de la première année, les participantes du
premier groupe, malgré des troubles menstruels apparemment plus fréquents (40 pour cent
contre 26 pour cent), ne présentaient qu'un taux d'abandon de 11 pour cent contre 42 pour
cent pour le second groupe.17 Et une enquête menée récemment au Vietnam avec
quelques 600 participantes aménorrhéiques utilisant le DMPA a aussi montré l'importance
du counseling sur le taux de continuation de la méthode.18 "Les femmes
qui tendent à poursuivre la méthode sont aussi celles qui disent recevoir les meilleurs
conseils de la part non seulement des prestataires, mais aussi d'autres utilisatrices
satisfaites ou encore de leur famille ou de leur mari", dit le docteur Maxine
Whittaker, médecin australien et conseiller technique dans le cadre de cette étude
financée en partie par l'OMS.
Injectables mensuels
Avec les injectables mensuels associant oestrogène et progestatif, le cycle menstruel
devient plus régulier. Après plusieurs mois d'utilisation, la plupart des femmes sont
bien réglées et les saignements surviennent ainsi une fois par mois de manière
prévisible.
Durant les trois premiers mois, des saignements sporadiques se manifestent chez environ
la moitié des utilisatrices de ces injectables combinés. Mais à un an, moins d'un tiers
des femmes utilisant le Cyclofem (25 mg de DMPA associés à 5 mg de cypionate d'stradiol)
ou le Mesigyna (50 mg de NET-EN combinés à 5 mg de valérate d'stradiol) se plaignent de
tels saignements.19
Une étude de l'OMS dans le cadre duquel le Cyclofem a été introduit dans les
programmes de planification familiale en Indonésie, à la Jamaïque, au Mexique, en
Thaïlande et en Tunisie a permis de relever les taux de continuation d'environ 8.000
participantes. A un an, le taux d'abandon pour troubles menstruels se situait entre 3 pour
cent en Indonésie et 40 pour cent en Tunisie.20 Il est possible que des
différences culturelles expliquent de telles variations.
Contraceptifs oraux
Comme les autres méthodes aux progestatifs-seuls, les pilules progestatives (PP ou
micropilules) provoquent habituellement une irrégularité des règles ou une augmentation
de la durée des saignements légers. Elles peuvent aussi entraîner une aménorrhée.
Les contraceptifs oraux combinés (COC) sont quant à eux d'un emploi bien plus
généralisé que celui des pilules progestatives (PP). Ils réduisent habituellement le
nombre de jours et le volume des saignements. La diminution du flux menstruel peut ainsi
atteindre 60 pour cent ou plus. Il arrive cependant que la disparition occasionnelle des
règles et la survenue de saignements très légers, de petits saignements (spotting) ou
de saignements intermenstruels soient mal tolérées par la femme. L'aménorrhée est
aussi un effet secondaire possible, notamment chez les utilisatrices de pilules faiblement
dosées en oestrogène.
DIU
Les femmes utilisant un dispositif intra-utérin (DIU) se plaignent souvent de douleurs
et de saignements menstruels plus abondants. Selon certaines études, la fréquence de ces
effets secondaires pourrait atteindre jusqu'à 80 pour cent. Avec les DIU au cuivre, le
flux menstruel n'est que moyennement augmenté (30 à 50 pour cent par rapport aux
menstruations observées chez les femmes ne recourant pas aux méthodes contraceptives
modernes). Les études réalisées par FHI dans 23 pays en développement indiquent
cependant que les perturbations induites par les DIU au cuivre tendent à diminuer après
les premiers mois d'utilisation.21
Selon le docteur Patrick Rowe, médecin chargé de recherche sur les DIU auprès de
l'OMS à Genève, il est difficile de déterminer pour chaque type de dispositif
intra-utérin les taux d'abandon pour cause d'une augmentation du flux menstruel.
"Même pour un type de DIU donné", dit-il, "on note des écarts importants
des taux d'un centre ou d'une étude à l'autre." Les problèmes de saignement
(pertes abondantes, prolongées ou irrégulières) demeurent pourtant le principal motif
de retrait du DIU : le taux d'abandon à un an se situerait entre 7 et 15 pour cent.
Les DIU libérant une hormone réduisent par contre fortement le flux menstruel. Le
Progestasert, qui libère de la progestérone, une hormone naturelle, est un dispositif de
coût élevé, de distribution restreinte et d'autorisation d'emploi limitée à un an aux
Etats-Unis. Dans plusieurs pays européens et asiatiques, les femmes peuvent utiliser des
DIU au lévonorgestrel (appelés DIU au LNg). Avec ces dispositifs, le nombre de jours de
saignement et de petits saignements (spotting) est nettement réduit par rapport à celui
observé chez les femmes n'utilisant pas la méthode. Il n'est pas rare que leurs
utilisatrices deviennent aménorrhéiques.
Une série d'études multicentriques coordonnées par l'OMS a permis de suivre plus de
3.000 femmes utilisatrices de DIU. Elle a révélé que les taux de retrait pour cause de
douleurs et/ou de saignements ou pour cause d'aménorrhée sont à un an nettement plus
élevés avec le DIU au LNg qu'avec le DIU au cuivre TCu-380A.22 A trois ans
pourtant, cette différence tendrait à s'atténuer, sauf chez les femmes aménorrhéiques
: les taux de retrait pour cause de douleurs et/ou de saignements étaient alors de 17
pour cent avec le DIU au LNg et de 11 pour cent avec le DIU TCu-380A, mais respectivement
de 27 pour cent et de 0,2 pour cent pour cause d'aménorrhée.23 "Ce
travail de l'OMS a montré que, malgré un counseling visant à rassurer les femmes à
propos de la disparition de leurs règles, un phénomène qui n'est pas un signe de
grossesse, les taux de retrait du DIU au LNg pour cause d'aménorrhée n'ont pas pu être
améliorés", commente le docteur Rowe. En règle générale, il est toujours
recommandé aux prestataires de souligner aux utilisatrices potentielles du DIU au LNg que
l'aménorrhée n'est pas une maladie. L'absence des règles est au contraire un indicateur
de l'action du lévonorgestrel sur la muqueuse utérine.
De plus, l'absence de saignements peut être un avantage au plan médical. La
réduction des pertes sanguines permet de préserver les réserves en fer dans le corps
des femmes et c'est là un effet important chez celles qui souffrent d'anémie. Dans
plusieurs pays, les DIU au LNg sont d'un emploi autorisé non seulement en contraception,
mais aussi pour le traitement des règles trop abondantes. Dans certains cas, ces
dispositifs peuvent se substituer à une intervention chirurgicale.24
L'aménorrhée est aussi parfois souhaitée par des femmes qui, malgré un flux menstruel
normal, considèrent la disparition des règles plus pratique et plus confortable.
Stérilisation
Les troubles menstruels liés à une stérilisation ont notamment pu être étudiés
dans le cadre du travail mené au Brésil au Centro de Pesquisas e Controle das Doenças
Materno-Infantis de Campinas (CEMICAMP) avec le soutien de FHI. Les 236 participantes à
cette étude étaient âgées de 30 à 49 ans et avaient été stérilisées depuis au
moins cinq ans. Les troubles du cycle venaient au premier rang des effets physiques
attribués à l'intervention chirurgicale. Une augmentation du flux menstruel a ainsi
été citée par plus d'un tiers de ces femmes stérilisées.25 Les résultats
d'autres chercheurs indiquent aussi que la stérilisation féminine peut s'accompagner de
règles douloureuses, de saignements abondants ou de petits saignements (spotting), et de
perturbations de la durée comme de la régularité du cycle menstruel.
Mais, comme le montrent certains travaux de recherche, les troubles menstruels
observés après une stérilisation peuvent en fait résulter de l'abandon d'une méthode
contraceptive rendue inutile par l'intervention. Les utilisatrices d'un contraceptif
hormonal oral jusque-là habituées à des règles légères noteront ainsi des
saignements plus abondants. A l'inverse, les femmes qui employaient un DIU verront souvent
leur flux menstruel diminuer après le retrait d'un dispositif qui tend à provoquer des
pertes plus importantes.26 Ces modifications de la menstruation ne sont donc
probablement pas la conséquence de la stérilisation, mais plutôt de l'abandon de la
méthode contraceptive préalablement utilisée.
Les conséquences possibles de la stérilisation sur la menstruation méritent d'être
étudiées plus à fond. Mais l'examen des résultats de 200 travaux de recherche bien
conçus portant sur les effets menstruels et hormonaux de la ligature des trompes montre
que, chez les femmes subissant l'intervention après l'âge de 30 ans, les risques de
perturbations, de règles douloureuses ou de détresse prémenstruelle ne sont pas accrus
par l'intervention. Par contre, chez les femmes plus jeunes et présentant déjà des
dérèglements menstruels préalablement à la stérilisation, ces risques semblent
parfois plus élevés, bien qu'aucune modification hormonale majeure ne semble se
manifester.27
-- Kim Best
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Prise en charge des troubles menstruels |
Une fois écartée l'hypothèse d'une
pathologie gynécologique, une femme souffrant de saignements induits par un contraceptif
doit d'abord recevoir un counseling. Il faut alors la rassurer et lui expliquer que de
tels troubles n'ont rien d'anormal. Elle pourra aussi éventuellement bénéficier des
thérapeutiques suivantes :
- On peut avoir recours aux contraceptifs oraux combinés (COC) pour traiter les
saignements provoqués par les progestatifs-seuls. La prise quotidienne, 20 jours
d'affilée, d'une pilule dosée à 50 µg d'éthynilstradiol et à 250 µg de
lévonorgestrel permet de diminuer de manière significative les saignements chez les
utilisatrices du Norplant.1
-
- Ces troubles peuvent aussi être traités avec un oestrogène : il est possible de
contrôler les saignements utérins induits par le Norplant avec une prise quotidienne de
50 µg d'éthynilstradiol pendant la même période de 20 jours, mais ces pilules sont
nettement moins efficaces que les COC.2
-
- Par ailleurs, certains anti-inflammatoires non stéroïdiens, comme l'ibuprofène,
permettent de réduire l'abondance des flux menstruels liée aux dispositifs
intra-utérins (DIU).
Mais cette prise en charge des troubles menstruels est aussi discutable, notamment
quand on fait appel aux contraceptifs oraux (COC ou oestrogène) chez les femmes utilisant
déjà une méthode hormonale.
Pour Judy Norsigian, directrice de programme au Boston Women's Health Book Collective
et membre du comité consultatif de FHI sur la recherche contraceptive : "Ce n'est
pas toujours une bonne idée de jouer à la roulette hormonale. Offrir autre chose en
antidote pour les saignements n'est par nécessairement convenable. Il est préférable de
lui offrir une autre méthode."
Et pour le docteur Carlos Petta, attaché à l'université brésilienne de Campinas et
expert en contraceptifs injectables : "Comme ces saignements ne présentent
habituellement pas de risque pour la santé, la meilleure approche consiste peut-être à
simplement attendre que le cycle menstruel se régularise. Mais si cette approche est
impossible, il faut alors certainement proposer une autre méthode."
-- Kim Best
Notes
- Alvarez-Sánchez F, Brache V, Thevenin F, et al. Hormonal treatment for
bleeding irregularities in Norplant implant users. Am J Obstet Gynecol 1996;174(3):919-22.
- Alvarez-Sánchez; Díaz S, Croxatto HB, Pavez M, et al. Clinical
assessment of treatments for prolonged bleeding in users of Norplant implants. Contraception
1990;42(1):97-109.
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