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Le statut inférieur auquel sont contraintes bien des femmes les rend vulnérables à
la violence. Dans certaines communautés, la majorité d'entre elles subissent les excès
de leur partenaire, des excès qui menacent leur santé et leur vie.
"Il m'a dit qu'on allait faire l'amour, mais je ne n'ai pas voulu. Il m'a demandé
pourquoi je refusais toujours et il a commencé à me battre", confesse ainsi María,
une bolivienne de 32 ans qui a souffert depuis des années de la brutalité de son mari et
qui s'est évanouie sous les coups reçus.
En Bolivie, FHI a mené une enquête à laquelle ont participé 131 hommes et femmes,
dont María. Cette étude a montré que plus de la moitié des femmes sont maltraitées
physiquement par leur partenaire et qu'un tiers d'entre elles sont soumises à des
relations sexuelles forcées.1 "Pour certains hommes, la chose semble
normale et les femmes doivent subir leurs coups sans broncher", indique Donna
McCarraher, une chercheuse de FHI qui se consacre au sujet de la violence familiale en
Bolivie.
Dans bien des régions du monde, hommes et femmes acceptent ou tolèrent ces sévices.
Pour certains, c'est l'incapacité de l'épouse à procréer ou à remplir ses tâches
domestiques qui explique la violence au foyer. Pour d'autres, il s'agit d'un aspect normal
de la vie maritale. Des enquêtes conduites auprès d'échantillons représentatifs dans
des régions de pays aussi divers que l'Egypte, les Etats-Unis, le Nicaragua et le
Zimbabwe révèlent qu'entre 20 et 50 pour cent des femmes
mariées, séparées ou divorcées ont été brutalisées par leur partenaire. Nombre
d'entre elles déclarent aussi subir de mauvais traitements sexuels ou psychologiques.2
Pour d'innombrables femmes, cette violence fait partie de la vie quotidienne et peut
entraîner de graves blessures et d'autres problèmes de santé. Ces victimes ont
désespérément besoin de protection, d'une prise en charge médicale et psychologique,
ainsi que de soins en santé reproductive.
"La menace ou la crainte de sévices empêche les femmes de bien se prémunir
contre les grossesses non désirées, contre l'avortement et contre les maladies
sexuellement transmissibles (MST)", explique Naana Otoo-Oyortey, spécialiste des
rapports entre les sexes et consultante à Londres auprès de la Fédération
internationale pour la planification familiale (IPPF). "Ces femmes s'inclinent devant
la volonté de leur partenaire masculin qui peut leur imposer une forme de contraception
inefficace ou inadaptée."
Les prestataires notamment en planification familiale, sont bien placés pour aider ces
victimes. Ils représentent en effet l'une des rares institutions avec lesquelles la
plupart de ces femmes entrent en contact pendant leur âge de procréation, qui est aussi
la période la plus propice à la violence masculine. Afin d'améliorer la qualité des
soins dispensés aux femmes maltraitées, certains centres ont mis en place des programmes
de sensibilisation, de dépistage et d'aiguillage vers d'autres spécialistes.
Les sévices et les relations sexuelles forcées au sein du couple ne représentent
qu'une partie des actes de violence subis par les femmes. Ces actes incluent aussi la
mutilation des organes génitaux (circoncision féminine), la stérilisation forcée, la
mise à mort en l'absence de dot ou encore l'infanticide des filles. Selon les experts,
ces excès résultent d'un déséquilibre des pouvoirs entre les deux sexes. Bien que le
cas soit rare, il arrive que l'homme devienne lui aussi la victime de la violence
conjugale. L'étude menée par FHI à El Alto, en Bolivie, indique que certaines femmes
maltraitent physiquement leur partenaire masculin, souvent par légitime
défense.
Les prestataires en planification familiale doivent être conscients des problèmes
posés par ces déséquilibres et de leurs conséquences sur la santé. "Il est
impossible à ces prestataires de bien faire leur travail s'ils ne tiennent pas compte de
cette question du pouvoir entre les sexes et de son influence sur la santé reproductive
des femmes", souligne Lori Heise, directrice adjointe du Center for Health and Gender
Equity, organisme basé à Washington. "Si vous ignorez que la femme n'a pas le droit
de choisir quand elle aura des rapports sexuels, vous ne pouvez pas la conseiller de
manière adéquate. Vous devez connaître sa réalité sociale."
Pendant des années, les groupes de défense des droits de la femme ont poussé la
communauté internationale à reconnaître le problème et à combattre la violence
exercée par le sexe opposé. A la suite de ces efforts, la quatrième Conférence
mondiale sur les femmes, qui s'est déroulée en 1995 à Beijing, a dénoncé ce problème
en le considérant comme une préoccupation majeure. Quelques pays ont récemment adopté
une législation autorisant les femmes à se séparer d'un partenaire excessif ou à le
poursuivre en justice. Ces changements constituent une étape importante, car ils rendent
la violence socialement moins acceptable.
Lori Heise ajoute que l'Organisation mondiale de la Santé a lancé dans au moins cinq
pays une étude conjointe sur la violence familiale et la santé reproductive. Les
chercheurs comptent interroger 3.000 femmes dans chaque pays en 1999. Ce travail se
distingue d'autres travaux antérieurs sur le même thème, car il en corrige notamment
certaines faiblesses méthodologiques. On sait par exemple que les taux de violence
relevés varient selon divers facteurs comme la définition donnée au terme abus, les
questions choisies, la manière dont ces questions sont posées, le moment de l'entretien,
les compétences et la formation des enquêteurs, le niveau de confidentialité promis ou
encore la nature de l'échantillon étudié.
Absence de dialogue
Les hommes violents cherchent habituellement à contrôler le comportement et la
sexualité de leur partenaire. "Les conjoints agressifs ont souvent une notion de la
virilité qui inclut le contrôle de la fécondité", indique le docteur Jacquelyn
Campbell, chercheuse attachée à l'université Johns Hopkins et spécialiste en violence
familiale et en santé féminine. Les femmes maltraitées sont fréquemment dans
l'impossibilité de discuter de la planification d'une grossesse, de la prévention contre
les MST ou même de simples soins de santé, car de telles discussions sont ressenties
comme une menace par leur partenaire.
Au cours d'un travail mené aux Etats-Unis dans des discussions de groupe dirigées,
Jacquelyn Campbell a montré que les hommes violents dictent souvent le choix du
contraceptif utilisé par le couple. Certaines femmes maltraitées déclarent devenir
enceintes pour faire plaisir à leur partenaire, tandis que d'autres subissent un
avortement contre leur gré.3 Dans les pays où l'intervention est hlmégale et
dangereuse, la femme est ainsi exposée contre sa volonté à un risque de décès dû à
l'infection et l'hémorragie.
Bien des femmes sont soumises à la violence de partenaires dès le plus jeune âge. En
Afrique du Sud par exemple, nombre d'adolescentes perdent leur virginité sous la
contrainte, comme l'indique Katharine Wood de la London School of Hygiene and Tropical
Medicine, qui a étudié cette question avec sa collègue, Rachel Jewkes.4
"Les hommes recourent à la coercition ou à la violence pour interdire aux filles
d'utiliser la planification familiale", explique-t-elle. Certains partenaires
masculins s'opposent à la contraception parce qu'ils craignent qu'elle les rende
stériles ou qu'elle diminue leur plaisir sexuel. Chez les adolescentes, la grossesse est
souvent le résultat à la fois d'un rapport sexuel forcé et d'une interdiction de la
contraception par l'homme. Les femmes qui sont jeunes et célibataires doivent aussi
affronter d'autres difficultés. "Ces adolescentes se plaignent d'être agressées
verbalement par les infirmières des centres de planification familiale et elles ont peur
de s'y rendre", ajoute Katharine Woods.
Dans bien des cas, une grossesse ne protège pas la femme contre la violence de son
conjoint. Aux Etats-Unis et dans d'autres pays industrialisés, on relève chez les femmes
enceintes des taux de sévices atteignant parfois 20 pour cent, mais la plupart des
études indiquent plutôt des fréquences de 4 à 8 pour cent. Ces taux seraient même
plus élevés chez les adolescentes qui sont enceintes.5
Dans certains couples, c'est une grossesse qui déclenche les premières violences du
conjoint. Dans d'autres ménages, ces violences font partie du quotidien. Si une grossesse
non désirée peut déclencher la rage de l'homme, l'inverse est aussi vrai et il arrive
qu'une grossesse non souhaitée soit le résultat des sévices subis par la femme.6 Chez
les femmes battues au cours de leur grossesse, le risque de fausse couche ou
d'accouchement d'un nouveau-né de poids insuffisant est plus élevé. Ces femmes ont
aussi une tendance plus marquée à retarder les soins prénataux. Dans certains pays, les
sévices subis peuvent contribuer de manière significative aux décès maternels.7
La peur de la violence expose également les femmes aux risques de séquelles ou de
décès dus aux MST. Mais demander à un partenaire agressif d'utiliser un préservatif
peut aussi déclencher chez lui une rage incontrôlable. Dans de nombreuses cultures,
l'emploi du préservatif est associé à l'idée d'une relation extra-conjugale et cette
suspicion engendre souvent des actes violents.
Violences physique et sexuelle peuvent aussi entraîner maladies inflammatoires
pelviennes, douleurs pelviennes chroniques, et saignements ou pertes vaginaux, séquelles
qui semblent parfois être sans cause apparente. Chez les femmes victimes de tels
sévices, les risques de dépression, de toxicomanie, de troubles mentaux, de suicide et
de meurtre sont accrus.8
Quand la violence règne au foyer, ce sont non seulement la santé et le bien-être de
la femme qui sont en danger, mais aussi ceux de ses enfants. Une femme maltraitée aura
elle-même tendance à les battre en suivant l'exemple de son conjoint, comme le souligne
Penn Handwerker, directeur du programme d'anthropologie médicale de l'université du
Connecticut. Cette violence familiale a des conséquences néfastes qui continuent à
l'âge adulte. Une étude conduite à la Barbade indique ainsi que les enfants issus d'un
foyer violent sont plus susceptibles d'adopter des comportements sexuels les exposant aux
MST (activité précoce et partenaires multiples par exemple).9
"Si vous grandissez dans un milieu violent, votre évolution sera différente de
celle des autres enfants", précise M. Handwerker, à qui l'on doit cette étude.
"Une enfance passée dans un tel milieu est le facteur le plus sûr de prédiction
d'une grossesse et d'une maternité chez les adolescentes."
Des besoins contraceptifs particuliers
Les femmes maltraitées par leur partenaire ont des besoins spécifiques. Selon Kathryn
Tolbert qui travaille au Mexique pour le Population Council, il faut leur apporter une
assistance à la fois médicale, psychologique et juridique, tout en leur offrant un
logement garantissant leur sécurité comme celle de leurs enfants. "Pour être
efficaces, les solutions retenues doivent tenir compte de toutes les dimensions du
problème", prévient-elle.
Ces femmes ont aussi besoin de services de santé reproductive qui répondent à leur
situation spécifique. "Il faut pouvoir leur proposer contraception d'urgence et
dépistage de MST et du VIH", continue Kathryn Tolbert. "Ces services devraient
être accessibles à toutes les femmes, mais surtout à celles victimes de la violence
familiale."
"Pour une femme souffrant d'un conjoint violent, le counseling est le service de
planification familiale le plus important", précise Kathryn Tolbert. "Ce
counseling doit lui permettre de discuter des difficultés avec son partenaire et l'aider
à choisir la méthode contraceptive la plus acceptable dans ces circonstances délicates.
Dans le cas idéal, la femme sera dirigée vers un conseiller du centre ou extérieur
spécialisé dans ces problèmes de violence, ainsi que vers les associations ou les
groupes de soutien existant dans la communauté."
Aux femmes maltraitées et exposées aux MST parce que leur partenaire refuse
d'utiliser le préservatif, il faudra offrir un dépistage régulier et un traitement
répété contre ces maladies. La mise au point d'un produit microbicide pouvant être
utilisé à l'insu du conjoint serait un progrès considérable pour protéger la santé
de ces victimes.
Pour bien des femmes battues, la contraception d'urgence est aussi d'un recours
indispensable. Dans le cadre d'un projet entrepris au Vietnam à Ho Chi Minh City, le
Population Council tente actuellement d'évaluer les besoins de ces femmes en analysant
leurs appels aux centres d'assistance téléphonique. Les résultats de cette analyse vont
permettre de définir un protocole à suivre par les personnes recevant ces appels. De
plus, une information sur la contraception d'urgence sera sans doute incluse dans les
renseignements concernant les services de santé reproductive, indique Lynellyn Long, qui
représente sur place le Population Council.
En choisissant d'utiliser une méthode contraceptive, une femme peut provoquer la
violence de son partenaire, mais la cause profonde du comportement agressif de ce dernier
est souvent ailleurs. Au cours d'une étude menée récemment auprès de 300 femmes
boliviennes dans le cadre du Projet d'études sur les femmes de FHI (Women's Studies
Project -- WSP), 5 pour cent des participantes ont déclaré avoir subi la violence
physique et 15 pour cent la violence verbale de leur conjoint à cause de leur emploi d'un
contraceptif. Si le risque de sévices était comparable chez les femmes ayant cessé de
prendre la pilule et chez celles l'utilisant, le taux de violence relevé était cependant
supérieur chez les femmes ayant abandonné la pilule sans adopter de nouvelle méthode.10
Une étude financée par le WSP et conduite aux Philippines par le Research Institute
for Mindanao Culture a montré que les femmes ayant fait appel à la contraception
étaient plus susceptibles d'être maltraitées par leur partenaire et que le taux de
violence augmentait avec la durée d'emploi de la méthode.11 Et d'autres
travaux de recherche menés au Mexique, au Pérou et au Kenya indiquent que les femmes ont
même peur d'aborder le simple sujet de la contraception par crainte d'une possible
réaction agressive de leur conjoint.12
Cette peur peut pousser une femme à adopter secrètement une méthode contraceptive.
"Je n'ai jamais rien dit à mon mari" avant de me décider pour le DIU, confie
Justina, une bolivienne de 32 ans qui est mère de quatre enfants. "S'il était au
courant, il me battrait encore plus violemment".
Au Zimbabwe, les femmes battues enterrent parfois leurs contraceptifs oraux dans le
jardin ou les cachent dans des sacs de maïs dans la cuisine, parce qu'elles craignent la
violence ou l'hostilité de leur partenaire.13 Dans d'autres cas, comme chez
beaucoup d'adolescentes en Afrique du Sud, les femmes optent pour un contraceptif
injectable qui peut être administré à l'insu du partenaire. Quand le consentement du
conjoint est exigé préalablement à la fourniture du moyen contraceptif, ces femmes sont
pénalisées, car elles sont soit livrées à la merci d'un conjoint violent, soit
forcées à de multiples grossesses non désirées.
La planification familiale naturelle n'est pas une option conseillée pour ces femmes.
Cette méthode requiert en effet une discipline (abstinence durant la période de
fécondabilité) à laquelle les conjoints violents ne s'astreignent pas. De même, le
préservatif masculin, qui exige aussi la coopération du partenaire, ne constitue pas le
choix idéal pour ces couples.
Des soins de qualité
Des soins de qualité devraient inclure des entretiens visant à l'identification des
femmes maltraitées, ainsi que la mise en place de systèmes d'orientation, notamment de
nature psychologique ou juridique, des traitements qui tiennent compte des besoins
spécifiques des victimes, et la participation des hommes aux programmes de planification
familiale (à condition que cette participation ne compromette pas la sécurité des
femmes). Les prestataires pourront aussi vouloir établir la preuve des sévices dans les
cas où la victime décide de s'adresser aux tribunaux.
Malgré l'acuité du problème, nombre de prestataires déjà débordés de travail
n'ont pas la possibilité ou la volonté d'intervenir dans ces cas de violence familiale.
"Pour bien des prestataires de planification familiale, le système est surchargé et
les ressources limitées", explique Donna McCarraher qui travaille à FHI. "Il
est aussi difficile de parler du sujet avec les femmes. Elles ont peur de se confier et
les prestataires hésitent à leur poser trop de questions par crainte de représailles de
la part du conjoint."
Mais selon les experts, ignorer le problème de la violence familiale peut réduire
l'efficacité des services dispensés ou même créer une situation dangereuse pour la
femme. Et de nombreuses victimes sont en fait prêtes à discuter de leurs difficultés à
condition que la question soit abordée d'une certaine manière, en faisant preuve de
prévenance.
En adoptant simplement une attitude non critique, les prestataires peuvent rendre à
ces femmes un service important. "Si le prestataire se contente de poser ses
questions et de rassurer la femme que la situation n'est pas de sa faute, cela peut aider
la cliente à se débarrasser des reproches qu'elle se fait à elle-même", précise
Lori Heise du Center for Health and Gender Equity.
Pour atteindre ce but, il faut former les prestataires aux problèmes et aux solutions
liés à cette forme de violence. Une telle formation devrait faire partie des programmes
existants d'Education à la vie familiale et de qualité des soins, et ne pas constituer
un enseignement à part, indique Lori Heise.
De nouvelles approches
A Caracas, au Vénézuéla, l'IPPF a lancé un projet pilote de formation des
prestataires à l'identification, au traitement et à l'orientation des victimes de
sévices physiques et sexuels à des services spécialisés. Il s'agit d'un stage intensif
de trois jours dispensé par l'Asociación Civil de Planificación Familar (PLAFAM), qui
s'adresse aux médecins, aux infirmiers et aux assistants sociaux et qui traite notamment
des effets psychologiques et physiques de la violence masculine envers les femmes.
"Un des points essentiels du stage est de familiariser les prestataires à la
question pour qu'ils puissent l'aborder sans gêne", dit Lynne Stevens, un consultant
de l'IPPF qui participe au projet. "Pour certains prestataires, le sujet est tabou.
Pour d'autres, il touche à leur propre passé familial. Et nombre d'entre eux ont été
formés à régler les problèmes comme on répare un appareil, mais cette démarche est
insuffisante pour les victimes de conjoints violents dont les besoins dépassent le seul
acte médical."
Au cours de cette formation, les stagiaires apprennent à identifier les victimes de la
violence familiale en les interrogeant, en les écoutant avec soin et en examinant leurs
symptômes et leur comportement. Les chercheurs ont montré que le problème peut être
discerné au cours de l'entretien en posant quelques questions simples comme : Au cours de
l'an passé, avez-vous été frappée, giflée ou subi des sévices quelconques ?
Avez-vous été contrainte à des relations sexuelles forcées ? Avez-vous peur de votre
partenaire (ou de toute autre personne mentionnée dans les questions antérieures) ?
14 Une fois au courant de la situation, le prestataire peut offrir un meilleur
counseling sur les MST, la contraception et la grossesse, indiquent les experts.
Le projet de l'IPPF va aider les prestataires à modifier leur système de maintien des
dossiers pour pouvoir mieux suivre les femmes maltraitées. Ils apprendront aussi à leur
accorder un soin particulier, en incluant un effort éducatif et une évaluation de leur
sécurité. Lynne Stevens a ainsi rassemblé toute une série d'affiches, de vidéos et de
livres destinés à informer les femmes dans la salle d'attente du centre. Et les membres
de l'équipe mettent en place un système d'orientation local vers lequel les femmes
pourront être aiguillées.
Dans le cadre d'autres programmes, de tels systèmes d'orientation ont permis, dans la
mesure des moyens existants, de reloger les victimes à l'abri de leur conjoint, ou de les
diriger vers un bureau d'assistance juridique, vers un centre de santé mentale ou encore
vers un service d'avortement. Au Nicaragua, afin de protéger la confidentialité, un
programme utilise des fiches qui peuvent être glissées dans le soutien-gorge sur
lesquelles il est écrit où l'on peut se procurer ces services, ajoute Lori Heise.
De son côté, le Fonds des Nations-Unies pour la population (FNUAP) a préparé une
note d'orientation sur le thème de la violence masculine envers les femmes et ses effets
sur la santé reproductive. Ce document traite notamment de la nécessité d'intégrer la
contraception d'urgence à la panoplie des solutions existantes, de traiter du sujet dans
la documentation diffusée auprès du public et aussi d'initier les prestataires à la
prise en charge des femmes maltraitées. A Cuenca, le bureau équatorien du FNUAP forme
actuellement les prestataires du système de santé publique à l'identification et à
l'orientation des victimes d'une telle violence.
De l'avis des spécialistes, l'éducation des hommes, ainsi que des adolescents, et
leur participation aux programmes de santé reproductive sont parmi les facteurs-clés à
considérer pour combattre le problème. De tels efforts ne sont encore que rarement
entrepris, mais on peut noter certains changements. A la Jamaïque par exemple, l'antenne
de l'IPPF s'est mise à former les prestataires à l'animation de groupes de soutien
masculins qui discutent de la violence entre les sexes. Et en France, l'IPPF mène une
étude sur le comportement des hommes avec comme objectif de mieux protéger les femmes
contre leurs abus.
Certains programmes de planification familiale ont même commencé à proposer sur
place des services en réponse à la violence familiale. Ainsi au Luxembourg, l'IPPF offre
thérapie de groupe et cours d'autodéfense. Elle met aussi les femmes en rapport avec des
services d'aide juridique, souligne Naana Otoo-Oyortey qui travaille avec cette
organisation. "Les prestataires sont le premier point de contact", dit-elle.
"Ils sont parfaitement placés pour assister et protéger les victimes."
-- Carol Lynn Blaney
NDLR : Carol Lynn Blaney est une journaliste scientifique indépendante qui vit à
San José, en Californie.
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