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La revue trimestrielle de santé de FHI, Network en français

Tribune libre : La prise de conscience de la fécondité et la planification familiale naturelle

Un essai par Virginia Lamprecht du Centre médical de l'université de Georgetown et Cecilia Pyper de l'université d'Oxford. Cet essai sur les avantages de la prise de conscience de la fécondité accentue la relation entre cette prise de conscience et la planification familiale naturelle.

Network en français : Automne 1996, Vol. 17, No. 1

NetworkTous droits réservés Family Health International, 1996.
Réimpression de Network autorisée par Family Health International
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Les méthodes de planification fondées sur la prise de conscience de la fécondité sont celles pour lesquelles la femme doit identifier les jours de son cycle menstruel où la probabilité de grossesse est la plus forte. L'identification précise des jours où la conception est possible suppose que la femme est capable d'appliquer à elle-même des connaissances sur la fécondité. Le terme "prise de conscience de la fécondité" regroupe l'ensemble de ces connaissances.

Si la femme sait identifier les jours de fécondité potentielle, le couple peut utiliser cette information pour faire coïncider les relations sexuelles avec un moment soit propice, soit défavorable à la grossesse. Les couples qui comprennent les mécanismes de base de leur fécondité sont peut-être mieux placés pour saisir le mode d'action des méthodes de planification familiale et pour choisir celle qui leur convient le mieux, en fonction de leur situation personnelle.

S'ils utilisent une méthode de barrière ou le retrait, ils comprendront plus clairement l'importance qu'il y a d'utiliser cette méthode correctement et systématiquement les jours où la fécondation est possible. En outre, ils comprendront probablement que la plupart des méthodes de planification familiale n'affecteront pas leur fécondité à long terme.

De surcroît, la femme qui surveille régulièrement les signes de sa fécondité, y compris les saignements et les sécrétions cervicales, est plus susceptible de déceler les écarts par rapport aux sécrétions normales et, partant, de consulter un prestataire à un stade précoce au cas où se présenterait un problème de santé.

Une habitude peu courante

La prise de conscience de la fécondité peut s'associer très bien avec l'emploi de trois pratiques différentes pendant les périodes où la conception est possible, à savoir le retrait, l'utilisation d'une méthode de barrière ou l'abstinence. Le terme "planification familiale naturelle" (PFN) est souvent employé pour faire référence à l'abstinence sexuelle pendant la phase de fécondité.

Certains couples préfèrent utiliser une méthode de barrière ou le retrait, mais uniquement pendant la phase de fécondité. Chez ceux qui courent un faible risque de contracter une MST, cette formule leur permet d'avoir des rapports non protégés durant une partie du cycle, ce qui élimine la nécessité d'employer une méthode de barrière à chaque rapport sexuel. C'est une considération peut-être très importante dans les endroits où les contraceptifs coûtent cher et si l'accès aux fournitures est inadéquat ou peu fiable.

Malheureusement, la plupart des programmes de planification familiale ne proposent pas d'information sur la prise de conscience de la fécondité, ce qui pourrait pourtant aider les couples à utiliser plus efficacement les méthodes de barrière ou le retrait. Par exemple, beaucoup de couples n'utilisent pas systématiquement ces procédés. S'ils savaient qu'ils ont besoin d'utiliser ces méthodes quelques jours seulement par cycle, ils seraient peut-être plus susceptibles de les utiliser systématiquement ces jours-là seulement, ce qui aurait un effet favorable sur l'efficacité contraceptive.

Nous disposons de peu d'informations scientifiques sur la façon dont les couples associent la prise de conscience de la fécondité et le recours à une méthode de barrière ou au retrait pour se prémunir contre la grossesse. La plupart des grandes enquêtes réalisées dans le monde entier ne recueillent pas de renseignements sur ce sujet. Un nombre restreint d'études publiées donnent à penser que l'utilisation d'une méthode de barrière ou du retrait en association avec la prise de conscience de la fécondité peut se substituer au recours systématique à ces méthodes, mais des recherches supplémentaires s'imposent pour évaluer l'efficacité d'une telle formule.

Un plus haut degré de précision

Ces dernières dizaines d'années, on a appris à cerner plus précisément la phase de fécondité du cycle car les recherches facilitées par les essais hormonaux et l'échographie ont établi le lien entre les signes cycliques de la fécondité et la délimitation de la phase où la conception est possible.

Les principaux indicateurs auxquels on a recours aujourd'hui regroupent l'observation des sécrétions cervicales, l'enregistrement de la température basale du corps, les calculs de calendrier fondés sur la longueur du cycle, ou encore une combinaison de ces indicateurs. La recherche a démontré qu'il était plus efficace d'en utiliser plusieurs.

Dès le début des années 1800, les chercheurs ont compris l'association entre les sécrétions cervicales et la conception chez les êtres humains, mais il a fallu attendre les années 1960 et 1970 avant de procéder à des essais cliniques sur la fiabilité du recours à ces sécrétions aux fins d'identification de la phase de fécondité. Dans les années 1920, les chercheurs ont remarqué que la température basale du corps de la femme (au réveil) subissait une légère hausse dans la deuxième partie du cycle menstruel, mais c'est dans les années 1960 seulement que des études cliniques ont été mises en routes pour savoir si l'on pouvait se fier à la courbe thermique pour connaître la fin de la phase de fécondité.

Dans les années 1930, les chercheurs ont constaté que la phase de fécondité correspondait à un intervalle de quelques jours vers le milieu du cycle et ils ont mis au point des formules de calcul visant à identifier cette phase. Depuis les années 1970, d'autres indicateurs "secondaires" de la fécondité ont été découverts, comme par exemple la modification de l'emplacement du col de l'utérus.

L'évolution des connaissances

De nouvelles façons d'améliorer la prise de conscience de la fécondité sont en cours de développement. Par exemple, on fait actuellement l'essai de nouvelles techniques qui ne nécessitent pas l'observation journalière des signes de fécondité, mais qui devraient permettre de cerner le début et la fin de la phase de fécondité.

Les nouvelles formules mises au point identifient cette phase avec une plus grande précision et elles sont plus simples d'emploi que la vieille méthode du calendrier, qui a vu le jour dans les années 1930.

Si l'on peut prouver que les taux d'échec de la contraception associés à ces nouvelles règles sont comparables à ceux des autres méthodes sous le contrôle de l'utilisateur, les couples auront à leur disposition une méthode simple et bon marché qui ne les obligera pas à surveiller les signes de fécondité sur une base journalière. Encore faut-il procéder à des essais sur le terrain en vue d'établir les taux d'échec de ces nouvelles règles pour cerner la phase de fécondité. A l'heure actuelle, l'une des nouvelles règles fait l'objet d'une étude-pilote au Brésil.

On travaille également à la mise au point de tests de dépistage de l'ovulation à utiliser à domicile. Des essais cliniques sont actuellement en cours pour évaluer un nouveau dispositif de ce genre, capable de déterminer les jours féconds possibles à partir de la longueur du cycle et des métabolites hormonaux contenus dans l'urine. Mis au point par les laboratoires Unipath, au Royaume-Uni, ce dispositif est muni d'un voyant lumineux qui, à l'aide d'un jeu de deux couleurs, le rouge et le vert, indique si le jour est "à risque" ou non. Bien que ce type de test de dépistage risque de faire découvrir au public de nouvelles méthodes de prise de conscience de la fécondité, le coût pourrait se révéler prohibitif pour bien des couples des pays en développement.

Il convient d'élaborer des lignes directrices concernant l'utilisation conjuguée de la prise de conscience de la fécondité et des méthodes de barrière ou du retrait. En tant que premier pas dans la bonne direction, les auteurs procèdent actuellement à un essai thérapeutique randomisé, à l'université d'Oxford au Royaume-Uni, visant à déterminer les répercussions des programmes d'éducation en matière de fécondité sur les utilisateurs du préservatif. Ils évaluent notamment les comportements relatifs au port du préservatif et à la prise de risques afin de savoir si cette forme d'éducation améliore l'utilisation systématique des préservatifs pendant la phase de fécondité maximale du cycle de la femme.

Plus les couples ont d'options à leur disposition, plus il y a de chances qu'ils en trouveront une à leur goût. Si le sujet de la prise de conscience de la fécondité était abordé plus ouvertement dans les dispensaires de planification familiale, les couples se sentiraient peut-être plus à l'aise pour parler de la manière dont ils utilisent leur méthode de contraception. Les prestataires seraient alors mieux placés pour dispenser un counseling sur la façon dont ils peuvent tirer le meilleur parti de la méthode de leur choix.

-- Virginia Lamprecht and Cecilia Pyper

Virginia Lamprecht est maître des recherches dans la division Prise de conscience de la fécondité et Planification familiale naturelle de l'Institut de la santé de la reproduction, à l'université de Georgetown, à Washington.

Cecilia Pyper est médecin-généraliste et psychothérapeute dans le Département de la santé publique et des soins primaires à l'université d'Oxford, au Royaume-Uni.

Pour de plus amples informations, voir le site Web www.fhi.org

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