Prévention du VIH/SIDA: Leçons pour l’Afrique de l’Ouest
Le Dr Nestor Azandegbé,
Président du Sous-comité francophone MAQ, a souligné l’importance de formuler des activitiés qui soient “pratiques et faisables.” |
Les articles de presse continuent à nous rappeler l’énorme nombre de victimes que l’épidémie du SIDA crée en Afrique. “Du total cumulatif de presque 22 millions décès dus au SIDA dans le monde entier, 16 millions étaient Africains.”1 Le taux de transmission du virus VIH a été particulièrement élevé en Afrique australe. Au Botswana, dans le Swaziland, au Zimbabwe, dans le Lesotho, en Zambie, en Afrique du Sud et en Namibie, au moins un adulte sur cinq vit avec le virus VIH.2 Pendant les quelques premières années, la maladie s’est déclarée surtout parmi les prostituées et les jeunes mâles mais plus tard le VIH s’est répandu à d’autres groupes et dans beaucoup de pays il s’est emparé de la population générale. A la suite de l’épidémie, le SIDA laisse des orphelins et les mères transmettent la maladie à leurs enfants.
En Afrique sub-Saharienne il est évident que la maladie paralyse l’infrastructure économique et sociale.Le traitement du SIDA coûte cher et il est difficile à administrer. “Une dose annuelle de médicaments anti-rétroviraux pour la thérapie triple coûte entre 10 000 et 15 000 dollars [EU] par personne aux Etats-Unis.”3 Même si les compagnies pharmaceutiques globales trouvent les moyens d’approvisionner l’Afrique avec des médicaments anti-rétroviraux à des prix abordables, il se peut que les systèmes de soins sanitaires locaux ne soient pas en mesure d’ordonner et de surveiller le régime de médicaments complexe nécessaire. Selon Tom Quinn, épidémiologiste à l’Université Johns Hopkins, “les médicaments anti-rétroviraux sont tellement complexes qu’il ne faut pas les donner sans surveillance.” Quinn dit: “Un schéma posologique se constitue souvent de 17 comprimés différents; il faut les prendre trois fois par jour; beaucoup doivent être consommés avec un repas gras pour qu’ils soient mieux absorbés; en outre, selon le standard des Etats-Unis, les gens qui prennent ces médicaments doivent subir des tests au moins quatre fois par an.”3 De multiples variations du virus VIH ont déjà été découvertes. En absence d’une forte infrastructure médicale pour assurer l’utilisation correcte des médicaments, on craint que des souches mortelles du virus VIH résistant aux médicaments ne
surviennent.4
Les coûts pour traiter l’infection au VIH dépassent de loin les coûts de la prévention. “Une dépense moyenne de 200 dollars [EU] [par personne], permettrait à un pays de prévenir une infection au VIH. Par contre, les coûts médicaux pour traiter une infection [apparentée au VIH], même sans utiliser les médicaments anti-rétroviraux coûteux, coûterait approximativement 700 dollars [EU] par personne par an.”1
|
Tableau 1: Prevalence estime du VIH/SIDA, fin 1999 |
| Pays |
Adultes
en Enfants vivante avec le VIH/SIDA |
Taux
parmi les Adultes
(%) |
| Bénin |
70 000 |
2,45 |
| Burkina Faso |
350 000 |
6,44 |
| Cameroun |
540 000 |
7,73 |
| Guinée |
55 000 |
1,54 |
| Côte d'Ivoire |
760 000 |
10,76 |
| Mali |
100 000 |
2,03 |
| Niger |
64 000 |
1,35 |
| Sénégal |
79 000 |
1,77 |
| Togo |
130 000 |
5,98 |
| Source: Joint United
Nations Programme on HIV/AIDS (UNAIDS), 2000 |
Etant donné les coûts énormes, à la fois humains et économiques que le SIDA a déjà encourus en Afrique australe et de l’Est et les barrières considérables à des traitements efficaces, il est crucial de nous focaliser sur la prévention en Afrique de l’Ouest. “En Afrique de l’Ouest, bien que les taux de prévalence demeurent moins importants par rapport aux autres régions de l’Afrique, la pandémie se répand rapidement dans un certain nombre de pays.”5 Dans cette région, l’évolution caractéristique de la transmission du VIH qui a déjà apporté tant de souffrance humaine à d’autres parties de l’Afrique commencent à se répliquer. Le
Tableau 1 montre la statistique du VIH/SIDA pour les neuf pays de l’Afrique de l’Ouest qui se rangent dans les limites des activités actuelles du Sous-comité francophone MAQ.

Le Dr Ibra Ndoye, Coordonnateur, Programme National
de Lutte contre le SIDA au Sénégal |
Bien que la prévention du VIH/SIDA soit un problème urgent, beaucoup de pays de l’Afrique de l’Ouest manquent actuellement la focalisation politique et la gestion
suivie et engagée nécessaires pour arrêter la progression de l’épidémie. Il s’agit de tenir compte des leçons tirées des réussites telles que celle d’un pays comme le Sénégal. “L’engagement politique au plus haut niveau constitue un gage de succès incontestable…[Ce niveau d’engagement] pourrait expliquer le succès de la lutte contre le SIDA au niveau du Sénégal.”6 Le Sénégal a agi tôt et au niveau national. “La réussite du Sénégal [dans la lutte contre le SIDA] a suscité beaucoup d’intérêt, surtout pour ce qui est de la stabilisation de la séroprévalence [du VIH] à 2% depuis plusieurs années.”6 Les plaideurs locaux devraient rechercher le soutien et les fonds provenant de n’importe quelles sources disponibles (y compris les ressources
non-gouvernementales et celles d’organisations à base communautaire) pour réaliser les interventions. Les interventions préventives suivantes sont la clé d’une campagne réussie:
- Assurer une forte focalisation sur la prévention parmi les transmetteurs noyaux (c’est à dire les prostituées et leurs clients).
- Mettre en œuvre un éventail de programmes pour la prévention du VIH/SIDA qui atteignent les adolescents et les jeunes adultes.
- Promouvoir l’utilisation des condoms et réduire le stigma du condom. Mettre l’accent sur le fait que l’utilisation systématique et correcte des condoms peut assurer la double protection—la protection non seulement contre les maladies sexuellement transmissibles mais aussi contre les grossesses non-désirées.
- Utiliser continuellement les mass médias et les stratégies de marketing social pour mettre le public à jour sur ce qu’est le SIDA et leur rappeler comment le virus du SIDA se transmet et ce que les individus peuvent faire pour réduire leur propre risque d’infection.
- Explorer et communiquer les moyens pour changer les comportements sexuels qui puissent réduire le taux de transmission du VIH.
- Former les prestataires de soins en PF/SR à conseiller les clients sur les moyens pour réduire leur risque de contracter le VIH/SIDA.
- Promouvoir les pratiques de prévention des infections qui puissent protéger les prestataires et leurs clients.
- Encourager le développement et l’utilisation de centres de counseling et de tests pour le VIH.
- Travailler au niveau politique pour assurer des lois qui appuient la prévention et les soins aux personnes atteintes du VIH/SIDA.
| Il s’agit de tenir compte des leçons tirées des réussites telles que celle d’un pays comme le Sénégal…. Le Sénégal a agi tôt et au niveau national. |
Lors de la réunion du Bureau exécutif du Sous-comité à Dakar en février 2001,
plusieurs membres ont mis l’accent sur le besoin d’agir lorsque nous nous joignons à la lutte
contre le VIH/SIDA en Afrique de l’Ouest. Le Dr. Nestor Azandegbé, Président du Sous-comité, a souligné
l’importance de formuler des activités qui soient “pratiques et faisables.” Pape Gaye a encouragé le Sous-comité à
s’engager dans des actions réalistes et concrètes qui dépassent les discussions ayant lieu à des conférences.
Le Dr Penda Ndiaye, Population Council/Dakar, a fait remarquer que le Sous-comité francophone MAQ est bien placé pour faire une contribution unique à la lutte contre le VIH/SIDA en Afrique de l’Ouest. |
Le Dr Penda Ndiaye a fait remarquer que le Sous-comité francophone MAQ est bien placé pour faire une
contribution unique à la lutte contre le VIH/SIDA en Afrique de l’Ouest. Le Sous-comité a été conçu pour:
- Se fonder sur les synergies (parmi les organisations, agences et individus dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest)
- Profiter de la diversité parmi ses membres: (leaders, prestataires, chercheurs)
- Favoriser la pérennisation (en mettant en œuvre des activités qui durent plus longtemps que juste quelques années)
- Encourager l’échange (partager les expériences et les leçons tirées dans les différents pays)
- Mobiliser les forces au niveau local (au niveau national parmi les 9 sous-groupes nationaux)
Lutter contre le VIH/SIDA ne sera pas une tâche facile, mais c’est une tâche que nous n’osons pas remettre.
1G Mutume. Janvier 2001. African leaders declare war on AIDS. Africa Recovery: Nations Unies 14(4).
2J McGeary. Février 2001. Death stalks a continent. TIME Magazine 12 février 2001: 36-45.
3G Mutume. Mars 2001. Development: AIDS battle bigger than pharmaceuticals, say health officials. World News, Inter Press Service, Baltimore, Maryland.
4J McGeary. Février 2001. Paying for AIDS cocktails. Who should pick up the tab for the Third World? TIME Magazine 12 février 2001: 54.
5West African Initiative (WAI) for a Response to the HIV/AIDS Pandemic. 1998. UNAIDS.
6 Réunion Internationale Consultative sur les Priorités d’Intervention en matière de VIH/SIDA en Afrique de l’Ouest. Rapport Général. Du 27 au 29 septembre 2000. Dakar, Sénégal.
Suivant