De quelle manière les adolescentes sont-elles affectées? Alors que les
données dans les pays développés montrent que la grossesse précoce ne résulte pas en
soi en des complications obstétricales plus fréquentes ou sérieuses,3 dans les pays
où tant d'autres systèmes pour préserver la santé de la mère et de l'enfant sont
inadéquats, la grossesse précoce est associée à un danger considérable. L'OMS décrit
deux études--l'une au Bangladesh et l'autre au Nigéria--qui mettent en évidence
l'impact de l'âge sur la mortalité maternelle. La proportion de la mortalité maternelle
(PMM) chez les jeunes femmes au Bangladesh (âgées respectivement de 15 à 19 ans et de
10 à 14 ans) étaient de deux à cinq fois celle de leurs pairs âgées de 20 à 24 ans.
Au Nigéria, la PMM était 2 fois et demie plus élevée pour les femmes de 16 ans que
chez les femmes âgées de 20 à 24 ans. Et pour les nigériennes âgées de moins de 15
ans, la PMM était sept fois plus élevée que chez leurs pairs âgées de 20 à 24 ans.4 S'ajoutant aux
risques, certaines adolescentes africaines souffrent des conséquences de la mutilation
génitale qui rend l'accouchement plus difficile. Les adolescentes sont également à haut
risque pour certaines MST y compris le VIH/SIDA. De plus, les adolescentes africaines
subissent un nombre disproportionné d'avortements spontanés et provoqués 5,6
Pourquoi les adolescents sont-ils à risque? Les changements physiques et de
maturation de l'adolescence peuvent conduire les jeunes à faire des choix imprudents. Une
recherche en psychologie a révélé que les adolescents--qui éprouvent souvent le besoin
d'attention de la part de leurs pairs lorsqu'ils deviennent indépendants de leurs
parents--osent prendre des risques en faisant des expériences pour définir leur propre
identité.7
De plus, il est souvent impossible pour les adolescents d'exprimer comment les changements
émotionnels et physiques qu'ils subissent les affectent. Ceci les place également dans
une position risquée. Les parents et les aînés disent qu'ils ne comprennent pas le
comportement des adolescents--mais les adolescents ne les comprennent pas non plus. Et,
lorsque les adultes demandent aux adolescents de se comporter d'une façon qui contredit
les comportements qu'ils observent chez leurs aînés, il se peut que ces jeunes ne se
fient plus aux adultes. Les parents sont les educateurs principaux de leurs enfants;
cependant, les parents se sentent souvent mal à l'aise dans ce rôle lorsqu'ils faut
qu'ils s'occupent des questions de sexes et de santé de la reproduction. Les adolescents
désirent communiquer avec leurs parents et aînés et obtenir des informations de leur
part--et ils sont plus susceptibles de le faire lorsqu'ils sont traités avec respect et
sans être jugés. Beaucoup d'adolescents ignorent leurs besoins en matière de santé de
la reproduction--ce qui perpétue leur risque.
Les services de planification familiale sont-ils appropriés pour les adolescents? Du
fait que beaucoup de sociétés africaines encouragent le mariage et la fertilité à un
âge précoce, quelques leaders pensent que les services de planification famiale ne sont
pas appropriés pour cette population. Les services sont encore associés à une plus
grande liberté sexuelle.Des études étendues réalisées aux Etats-Unis montrent
cependant que les programmes qui éduquent les jeunes sur les contraceptifs et les rendent
disponibles n'entraînent pas le fait que les adolescents commencent à avoir des rapports
sexuels plus tôt qu'ils ne le feraient autrement. Dans certains cas, les programmes
retardent l'activité sexuelle.8
En créant des programmes acceptables orientés vers les adolescents, les besoins réels
et immédiats d'une population particulière d'adolescents doit être la base de toute
intervention.9
Quelles sont les conséquences d'un manque d'accès aux services de santé de la
reproduction pour les adolescents africains? Dans chaque pays de la région, les
journaux ont publié de nombreux articles sur la tragédie survenant chez les jeunes
hommes et les jeunes femmes.10
Certains rapports font état de résultats dévastateurs lorsque les modes de vie dans les
villages traditionnels sont exposés aux problèmes urbains (par exemple, lorsque de
jeunes domestiques rentrent de la ville infectées par le virus du VIH et qu'elles
propagent la maladie au sein de leur communauté). D'autres articles de journaux
avertissent des dangers de la vie urbaine (par exemple, accès facile à la drogue et
exposition aux images des médias qui glorifient les comportements sexuels à haut
risque). Souvent, les adolescents dépeints ne sont pas mariés et peuvent avoir
abandonné les murs traditionnelles. Le manque de ressources financières peut
pousser les jeunes hommes et femmes à emprunter des chemins plus dangereux: échanger de
l'argent contre des rapports sexuels, avortement à risque, infanticide ou même suicide11,12 Il est
possible que ces nouvelles puissent initier des dialogues au sujet des besoins des
adolescents dans les communautés locales africaines.

(Susi Wyss)
Les adolescents en République Centrafricaine. Ces jeunes femmes heureuses
et en bonne santé sont-elles à risque d'une grossesse non désirée et de ses
conséquences?
Relier l'éducation en santé de la reproduction avec les services
Les programmes en santé de la reproduction pour les adolescents devraient chercher à
relier l'éducation en matière de santé de la reproduction avec un accès à un
éventail de services répondant aux besoins spécifiques de chaque jeune client. Par
exemple, il se peut que les adolescents sexuellement inactifs puissent avoir besoin de
savoir où il leur est possible d'obtenir des conseils au sujet des avances sexuelles non
désirées ou une protection contre celles-ci, tandis que les jeunes sexuellement actifs,
particulièrement ceux qui ne sont pas mariés, aient besoin de counseling sur la manière
de choisir un contraceptif efficace et où l'obtenir afin d'éviter les grossesses non
désirées, un avortement à risque et les MST.7
Jusqu'ici en Afrique, deux types d'efforts ont été entamés. Sous l'initiative du
Fond des Nations Unies pour la Population (FNUAP), beaucoup de pays ont développé et
introduit un programme d'Education à la vie familiale (EVF) dans les écoles. Parfois,
cependant, les programmes d'EVF peuvent céder aux pressions qui entraînent
l'affaiblissement du matériel d'éducation en matière de sexualité, et par conséquent
perdent leur impact sur la santé de la reproduction des adolescents. Les organisations
non gouvernementales (ONG) ou les associations de jeunes ou de femmes dans presque chaque
pays ont lancé des projets innovateurs. Par exemple, beaucoup de programmes d'éducateurs
pairs ont réussi à toucher les adolescents par le biais de l'éducation, de
l'information et des condoms. En effet, ces programmes d'éducateurs pairs sont souvent le
seul moyen d'atteindre les adolescents non scolarisés. Dans certains cas, les innovations
des ONG ont inspiré les ministères de la santé à reproduire les modèles des ONG. En
général, cependant, le secteur de la santé publique n'a pas encore développé des
services complets pour améliorer la santé de la reproduction des adolescents, bien que
des prestataires de services peuvent recevoir un nombre limité d'adolescents dans leurs
cabinets et cliniques. De même, aucun projet n'a été élargi pour couvrir plus qu'une
petite proportion de l'ensemble de la population adolescente qui en ont besoin.
Cela va prendre du temps avant que les sociétés, les communautés locales, les
parents et les adolescents acceptent que l'adolescence est une période durant laquelle il
est normal d'être intéressé par les rapports sexuels et mêmede faire des expérences
dans ce domaine. Peut-être que lorsqu'on aura appris à communiquer ouvertement au sujet
de la sexualité et à renforcer les efforts pour éclaircir les valeurs et développer
une image de soi qui soit positive, on aura fait le plus grand progrès pour protéger la
santé de la reproduction des jeunes et des moins jeunes de façon identique.
Décès liés à la grossesse en Afrique
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime qu'une femme sur 25 meurt des suites
de l'une de ses grossesses--par contre, dans un pays industrialisé, seulement une femme
sur 10 000 meurt des suites d'une grossesse.4
Pourquoi les décès liés à la grossesse sont-elles si élevées en
Afrique?
Voici quelques-unes des raisons:
- Mauvais accès aux services d'accouchement sans risque et aux soins d'urgence des
complications obstétricales
- Haute prévalence de conditions et facteurs aggravant la grossesse (par exemple, mariage
et fertilité précoces, intervalles de naissance courts, parité élevée, malnutrition
des femmes et des filles, mutilation génitale féminine, paludisme, diabète et autres
conditions chroniques entraînant des complications, avortements à risque, statut
inférieur des femmes)
3 Makinson C. 1985. The health consequences of
teenage fertility. Family Planning Perspectives 17(3):132 139.
4AbouZhar C and E Royston (eds). 1991. Maternal
Mortality: A Global Factbook. WHO: Geneva, Switzerland.
5Noble J, J Cover and M Yamagishita. 1996. The
World 's Youth 1996. Population Reference Bureau: Washington, DC, USA.
6Kinoti, SN et al. 1995. Monograph on
Complications of Unsafe Abortion in Africa, Reproductive Health Research Programme of
the Commonwealth Regional Health Community Secretariat for East, Central and Southern
Africa. JHPIEGO Corporation: Baltimore, Maryland, USA.
7McCauley AP et al. 1995. Meeting the needs
of young adults. Population Reports. Series J: Family Planning Programs. (41):1
43.
8Kirby D. 1994. School-based programs to
reduce sexual risk-taking behaviors: Sexuality and HIV/AIDS education, health clinics and
condom availability programs. [Unpublished].
9Njau W, S Radeny and R Muganda (eds). 1992. A
Summary of the Proceedings of the First Inter-Africa Conference on Adolescent Health.
Center for the Study of Adolescence: Nairobi, Kenya.
10 Les jeunes en danger; Résultats d'une
étude régionale dans cinq pays de l'Afrique de l'Ouest. [Youth in danger; Results of
a regional study in five West African countries]. 1996. CERPOD: Bamako, Mali.
11 Diadhiou F. 1990. L'adolescente gère mal
sa fécondité. Incertitude et quête de soi dans une société en transition [The
adolescent manages her fertility badly. Insecurity and pursuit of self in a society in
transition]. Pop Sahel (13):12 13.
12Senanayake P and M Ladjali. 1994.
Adolescent health: Changing needs. International Journal of Gynecology & Obstetrics
46(2):137 143.
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