Santé Maternelle et Néonatale

Questions à considérer lors de l’établissement de services de soins après avortement dans les milieux aux ressources limitées: Présentations lors de l’atelier

SOINS APRES AVORTEMENT POUR PREVENIR LES FUTURS AVORTEMENTS1

Dr. Douglas Huber, MSc et Edith Bowles, MA 
Pathfinder International

Généralités sur les activités de Pathfinder International en matière de soins après avortement

Pathfinder International appuie les activités de SAA dans 13 pays: Azerbaijan, Bolivie, Brésil, Equateur, Ethiopie, Indonésie, Kazakstan, Kenya, Mexique, Pérou, Tanzanie, Ouganda et Vietnam. Les activités de Pathfinder en SAA comprennent trois volets:
  • Traitement des complications de l’avortement incomplet
  • Prestation de la PF après avortement
  • Lien avec les services de SR en cours, en particulier avec les services de contraception en cours

Dans certains milieux, Pathfinder soutient les trois volets; dans d’autres, un ou deux volets. Dans les milieux où seulement un volet est appuyé, c’est le plus souvent les services de contraception après avortement. Par la suite, il se peut que l’inclusion de tous les volets de SAA soit faisable, particulièrement en Amérique du Sud.

Les défis pour les services de SAA

Une femme vient pour le traitement d’un avortement à risque parce que l’on a manqué de lui fournir des services de PF efficaces.

Si elle part sans PF, nous avons échoué à deux reprises.

Adapté de: Pathfinder International 1999; Consortium sur les soins après avortement 1994.

Les SAA sont un moyen d’améliorer la SR de la femme et de faire de la PF un volet intégral des soins maternels. Les services de PF postpartum sont un volet complémentaire logique lorsque les prestataires et les décideurs politiques sont d’accord sur le fait que les femmes ont besoin d’accéder à la fois à de bons services postpartum et aux services de contraception après avortement dans tous les milieux de soins maternels.

Dans plusieurs pays, l’introduction efficace des services de SAA a suivi une progression qui introduit d’abord la PF post-partum. L’étape suivante est la prestation de services de PF après avortement dans le contexte d’un bon counseling et du choix informé. On ajoute ensuite la formation en AMIU avec l’anesthésie locale et d’autres éléments de soins pour améliorer le traitement de l’avortement incomplet. Dans un cas particulier, une étape intermédiaire comprenait le traitement amélioré de l’avortement incomplet par le biais de la prise en charge en soins externes en utilisant l’anesthésie locale avec la dilatation et curetage classique, avant que l’AMIU n’ait été introduite.

Dans certains milieux, il est possible d’introduire simultanément tous les éléments de SAA, y compris l’utilisation de l’équipement d’AMIU; cependant, nous avons trouvé qu’une approche flexible et à croissance graduelle est souvent nécessaire et plus fructueuse. Les SAA combinés avec la PF après avortement achève une synergie qui fait de la PF un élément des soins globaux de maternité. Le résultat est un accroissement majeur dans l’accès à la PF pour les programmes du secteur public avec une capacité de pérennisation et d’institutionnalisation au sein des services de maternité.

Plusieurs évaluations et rapports de recherche de Pathfinder documentent l’accroissement substantiel dans le pourcentage des femmes recevant une méthode de PF dans la période immédiatement après l’avortement et après que les services de SAA aient été initiés. Les niveaux de base de contraception après avortement sont habituellement près de zéro avant la formation et la mise en œuvre, et augmentent pour arriver à 30–60 pour cent des femmes recevant une méthode de PF après avortement peu après que les services aient été initiés. Cela est particulièrement significatif pour les nombreuses femmes qui ne sont pas au courant de la rapidité avec laquelle elles peuvent retomber enceinte après un avortement.

Une étude faite par Guzman, Ferrando et Tuesta (1995) documente que des économies sur les coûts peuvent être réalisées en traitant les femmes avec des avortements incomplets dans un contexte de soins externes en utilisant l’anesthésie locale avec la dilatation et curetage ou l’AMIU. Lorsque la maternité de Lima au Pérou a remplacé la dilatation et curetage par l’AMIU, il y a eu relativement peu de changement dans les coûts. Les économies sur les coûts provenant de l’AMIU étaient minimes lorsqu’on considère les économies majeures de fournir un traitement pour l’avortement incomplet à titre externe au lieu d’utiliser une salle d’opération avec une anesthésie générale.

En outre, l’utilisation de l’AMIU est un raffinement supplémentaire qui ajoute à la qualité des soins en rendant la procédure plus simple et moins douloureuse.

LES SAA DANS L’INSTITUT MATERNEL PERINATAL A LIMA AU PEROU

Analyse du temps et du coût pour les soins internes de dilatation et curetage comparés aux soins externes de dilatation et curetage ou de l’AMIU2

  • L’Institut périnatal maternel pourrait économiser 50 000 $E.U. par an si les avortements incomplets non compliqués étaient traités dans un contexte de soins externes par la dilatation et curetage ou l’AMIU.
  • L’AMIU réduit le séjour hospitalier de 90 pour cent comparé à la dilatation et curetage dans le contexte de soins internes.
  • L’AMIU nécessite 40 heures de moins que la dilatation et curetage en soins internes et seulement 19 minutes de moins que la dilatation et curetage en soins externes, la différence principale entre les soins internes et externes étant dans la phase postopératoire.

Le coût moyen total par patient pour la dilatation et curetage en soins internes était de 68,93 $E.U. comparé à 16,30 $E.U. pour l’AMIU en soins externes et 16,70 $ pour la dilatation et curetage en soins externes.

Un autre aspect important des SAA consistant à changer l’attitude froide ou punitive des prestataires est un défi majeur. Par conséquent, il faut que les activités de formation prennent en considération tous les employés dans l’institution—les médecins, les infirmières et les assistants sociaux. Il est important d’aborder les valeurs et les attitudes aussi bien que les éléments d’un bon counseling et de bons soins cliniques. Lors des débuts de l’introduction des SAA, le changement des valeurs arrive souvent d’institution par institution l’une après l’autre, suivi plus tard par une large acceptation et des changements de politique étendus. Le Programme de formation global en SR et en PF de Pathfinder (Comprehensive RH & FP Training Curriculum) incorpore les éléments nécessaires pour changer les attitudes et acquérir les compétences en SAA. Notre approche d’offrir un éventail complet de services de PF, la rentabilité et l’amélioration de la qualité facilite un changement dans les valeurs liées aux SAA.

Les services de SAA pourraient être étendus avec des ressources supplémentaires dans tous les pays représentés ici, et dans la plupart des pays où Pathfinder travaille. Les besoins en formation sont immenses et l’appui financier pour le counseling, la prestation des services et la mise en œuvre de nouveaux systèmes est nécessaire dans la phase initiale. Dans une période de 2 à 3 ans, il se peut que les structures de soins de maternité connaissent des économies sur les coûts par le biais de réductions du nombre de femmes étant traitées pour des avortements répétés à risque et par moins d’accouchements.

Pathfinder utilise un certain nombre de documents/matériel pour planifier et mettre en œuvre les services de SAA. Un outil de recensement des besoins permet d’évaluer les hôpitaux envisageant d’introduire des activités de SAA. Pathfinder a collaboré avec le Postabortion Care Consortium pour développer Soins après avortement: Guide pratique pour améliorer la qualité des soins, 1995. Pathfinder a récemment produit un module pour la formation intitulé "Contraception postpartum et après avortement" (Postpartum and Postabortion Contraception), février 1998, dans la série "Un programme global de formation en santé reproductive et planification familiale" (A Comprehensive Reproductive Health and Family Planning Training Curriculum). Un prochain module va être intitulé "Module 11: L’AMIU pour traiter l’avortement incomplet" (Module 11: MVA for the Treatment of Incomplete Abortion).

Besoins particuliers pour la planification familiale après avortement

Décroître le taux d’avortements, en particulier l’avortement à risque, est une préoccupation de santé publique cruciale dans de nombreux pays en développement. Environ 20 millions d’avortements à risque ont lieu chaque année dans les pays en développement, résultant à approximativement 78 000 décès maternels qui pourraient être évités. La mortalité liée à l’avortement est des centaines de fois plus élevée dans les pays en développement que dans les pays développés (par exemple, 680 décès pour 100 000 procédures dans les pays africains contre 0,2 à 1,2 décès pour 100 000 procédures dans les pays développés) (Sharing Responsability 1998). En plus du coût humain de l’avortement à risque, le coût financier infligé au système national de soins sanitaires au niveau du personnel, de l’équipement et des fournitures pour les soins liés à l’avortement est énorme. Par exemple, au Brésil, le traitement de l’avortement à risque représente presque la moitié du budget national d’obstétrique (Novaes da Mota et Webb 1998).

Augmenter la disponibilité de méthodes contraceptives efficaces est essentiel pour réduire le taux d’avortement et prévenir les décès maternels causés par l’avortement à risque. Un passage en revue d’études récentes sur la fréquence de l’avortement, ainsi que des données provenant des projets de Pathfinder, confirment les éléments suivants:

  • Les taux élevés d’avortement coïncident avec les besoins élevés en PF non satisfaits.

  • A long terme, les taux d’avortement baissent alors que le taux d’usage de la contraception augmente.

  • Dans les pays d’Europe Centrale et de l’Est et d’Asie Centrale qui autrefois appartenaient à l’Union Soviétique, l’accès aux méthodes modernes de contraception a entraîné une chute rapide des taux d’avortement.

De nombreuses études et évaluations de programmes ont documenté la relation entre les besoins non satisfaits de PF et l’avortement. Dans les pays en développement, des pourcentages élevés de femmes ayant eu des avortements rapportent ne pas avoir utilisé la PF, ou avoir utilisé des méthodes moins efficaces, au moment où elles sont tombées enceintes.

  • Une étude faite chez des patientes de l’avortement en Turquie a révélé qu’alors que 77 pour cent des clientes ont dit qu’elles avaient utilisé au moins une méthode de PF par le passé; la méthode la plus utilisée était le retrait (50 pour cent) (Pile et al 1998).

  • L’évaluation d’un programme au Vietnam appuyé par Pathfinder a révélé qu’entre 34 et 67 pour cent des patientes de l’avortement utilisaient la PF lorsqu’elles sont tombées enceintes, mais que la plupart d’entre elles utilisaient des méthodes traditionnelles (Nguyen et al 1998).

  • Au Pérou, l’évaluation d’un projet de Pathfinder en SAA a révélé que seulement 24 pour cent des patientes interrogées utilisaient la PF au moment où elles sont tombées enceintes. Parmi elles, 73 pour cent ont rapporté avoir utilisé la méthode du calendrier (Ferrando 1998) (voir ci-dessous).
LES SAA DANS 13 HOPITAUX PERUVIENS DU MINISTERE DE LA SANTE

Acceptation de la planification familiale3

Vingt quatre pour cent des femmes utilisaient une méthode de PF au moment où elles sont tombées enceintes, dont 73 pour cent ont rapporté avoir utilisé la méthode du calendrier.

Quarante trois pour cent ont accepté une méthode contraceptive après avoir été traitées. Les méthodes les plus communément acceptées étaient la pilule (45 pour cent), les injectables (20 pour cent) et le DIU (20 pour cent).

Les raisons de non acceptation de la PF comprenaient:

  • Trente cinq pour cent voulaient s’assurer qu’elles avaient "récupéré" (c’est à dire qu’elles avaient eu leurs règles) avant d’accepter la contraception.
  • On n’a pas offert de méthode contraceptive à trente cinq pour cent des femmes, ce qui reflète en partie une rotation élevée du personnel médical dans certaines structures après la formation effectuée par Pathfinder.
  • On a dit à quinze pour cent des femmes que la méthode qu’elles avaient choisie n’était pas en stock.
  • Quinze pour cent n’ont pas reçu d’information sur la PF.

Satisfaction des clientes

  • Quatre-vingt-cinq pour cent des patientes ont dit qu’elles avaient été traitées avec respect alors que 15 pour cent ont dit avoir été traitées avec indifférence.
  • Soixante-dix pour cent étaient conscientes durant la procédure d’AMIU et ont été informées sur ce qui se passait.
  • Vingt-six pour cent des clientes n’ont pas ressenti de douleur pendant la procédure d’AMIU, 45 pour cent ont ressenti une douleur légère, et 29 pour cent une douleur modérée à prononcée.

Environ la moitié (52 pour cent) se sont senties à l’aise pour poser des questions et exprimer leurs craintes ou la douleur. Parmi celles qui ont posé des questions, 62 pour cent ont rapporté qu’elles ont reçu des réponses claires, faciles à comprendre.

Une étude réalisée à Addis-Ababa en Ethiopie, grâce à l’appui financier de l’OMS, a révélé que seulement 15 pour cent des femmes admises dans les hôpitaux pour le traitement de l’avortement incomplet ou de l’avortement septique utilisaient une méthode de contraception moderne lorsqu’elles sont tombées enceintes (Yoseph 1993).

Tableau 1. Proportion de femmes utilisant la planification familiale immédiatement avant l’avortement

PAYS

POURCENTAGE

Pérou

24%

Ethiopie

15%

Kenya

34%

Source: Pathfinder International 1999.

Contraception après avortement comme composante fondamentale des SAA

  • Tous les éléments de SAA appuient une contraception après avortement efficace.
  • La meilleure manière de prévenir les avortements futurs est d’avoir des services de contraception complets.
  • La tendance globale est de remplacer l’avortement par la contraception.
  • La mortalité due aux avortements va chuter davantage en prévenant l’avortement plutôt qu’en changeant de technique d’évacuation.
  • L’AMIU facilite une contraception après avortement améliorée.

Notes

  1. Certaines parties de ce document sont adaptées de: Bowles E and K Bourne. 1999. Family Planning and the Prevention of Abortion. Pathfinder International: Boston, Massachusetts. Version préliminaire.

  2. Adapté de: Guzman A, D Ferrando and L Tuesta. 1999. Treatment of Incomplete Abortion: An Evaluation of Manual Vacuum Aspiration Versus Curettage in the Maternal Perinatal Institute in Lima, Peru. (Notes d’évaluation). Pathfinder International: Boston, Massachusetts. (Janvier.)

  3. Adapté de: Ferrando D. 1999. Improving Postabortion Care Services in Peru. (Notes d’évaluation). Pathfinder International: Boston, Massachusetts. (Janvier.)


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