Santé Maternelle et Néonatale

Questions à considérer lors de l’établissement de services de soins après avortement dans les milieux aux ressources limitées: Présentations lors de l’atelier

ACCROITRE L’ACCES, AMELIORER LA QUALITE: LEÇONS TIREES DES PROGRAMMES DE SOINS APRES AVORTEMENT

Sally Girvin, RNC, NP
AVSC International

Objet

L’objet de ce document est de résumer les leçons qui ont été tirées lors de l’établissement des services de SAA dans sept pays: Colombie, République Dominicaine, Indonésie, Kenya, Tanzanie, Turquie et Uzbékistan.

Généralités

Durant les dix dernières années, les ministères de la santé, les prestataires et les décideurs politiques nationaux ont commencé à reconnaître que les complications de l’avortement représentent un problème majeur de santé publique—problème qui ébranle sérieusement les ressources humaines et financières limitées et, chose plus importante, la vie des femmes. Pour aborder ce problème, un certain nombre d’agences ont travaillé pour faire avancer l’Initiative des soins après avortement. Les SAA se composent des trois éléments suivants:
  1. traitement d’urgence pour les complications de l’avortement spontané ou provoqué,

  2. counseling et services de PF après avortement, et

  3. liens entre les services de traitement d’urgence de l’avortement et les services globaux de soins sanitaires en santé reproductive.

AVSC International a été l’une de ces agences travaillant sur les SAA. Nous sommes une organisation de prestations de services avec plus de 25 ans d’expérience travaillant dans 50 pays. Notre approche concernant les prestations de services—que nous appelons une approche de systèmes—consiste à travailler avec tous les niveaux de systèmes, allant des centres individuels aux ministères de la santé gouvernementaux et des réseaux d’organisations non gouvernementales aux autres agences de coopération. Nous nous concentrons sur des solutions pratiques pour améliorer les programmes, particulièrement là où les ressources sont limitées. Nous transférons les connaissances et les compétences pour établir et améliorer la pérennisation des services sanitaires aux décideurs politiques, aux prestataires et aux responsables de systèmes sanitaires dans les pays où nous travaillons. Le but final de cette approche est de développer des services et des systèmes de gestion de bonne qualité, complets et durables.

AVSC a été engagé dans les activités de SAA depuis 1991. A part le fait d’être un membre fondateur du Consortium pour les soins après avortement1 (avec Ipas, JHPIEGO, Pathfinder International et International Planned Parenthood Federation), AVSC a travaillé avec un certain nombre de pays, y compris les Républiques d’Asie Centrale, la Colombie, la République Dominicaine, l’Indonésie, le Kenya, la Tanzanie et la Turquie pour augmenter l’accès et améliorer la qualité des services de SAA. Tout comme pour ses autres activités de SR, AVSC a employé une approche de systèmes dans son travail avec les SAA. Les stratégies qu’AVSC a utilisé pour les SAA dans le cadre de cette approche incluent:

  • Former des prestataires au niveau des aspects programmatiques et cliniques des SAA (y compris l’AMIU, le counseling après avortement, la gestion et l’organisation des services et la PI)

  • Former en supervision et instituer des styles de facilitation en la matière et forger des liens entre la supervision et la formation

  • Relier les SAA avec d’autres services de SR

  • Trouver des sources de financement continuelles pour l’équipement et identifier des façons pour assurer que l’équipement d’AMIU soit disponible localement à un coût raisonnable

  • Développer des plans pour le partage et le recouvrement des coûts

  • Préconiser une politique, des standards sanitaires et des normes nationales

Leçons tirées

Le travail d’AVSC en matière de SAA a jusqu’ici rencontré à la fois des défis et des réussites. Nous avons tiré des leçons de nos activités qui s’avèrent être précieuses alors que nous nous étendons à d’autres sites dans un pays donné ou que nous lançons des programmes dans de nouveaux pays.

Leçon 1: Il n’existe pas une seule recette pour les SAA

Les normes sociales, la religion, la politique et les politiques des bailleurs de fonds jouent un rôle important dans l’établissement des services de SAA. Ces qualités varient de pays à pays et affectent l’endroit et le type de composantes de SAA étant mis en œuvre. Nous avons effectué un travail de SAA dans des pays où l’avortement est strictement illégal, restreint légalement mais culturellement accepté, pratiqué et non limité. Chacune de ces situations présente des besoins programmatiques différents. Il est donc important de bien comprendre les lois nationales et locales, la pratique de l’avortement et les circonstances relatives aux conditions après avortement dans les centres proposés de SAA et d’adapter les services et les activités de SAA à l’environnement spécifique.

Exemples

  • En Colombie, l’avortement est strictement illégal quelques soient les circonstances, mais l’on peut trouver des services privés d’avortement de bonne qualité. De plus, les SAA et tous les autres services de santé sont couverts dans le cadre d’une loi qui garantit des soins sanitaires généralisés même si les gens ne peuvent pas les payer. Cela permet aux hôpitaux d’être plus flexibles pour fournir des services de SAA et assure que ces services leurs sont remboursés. Le contexte en Colombie était donc favorable au travail en matière de SAA.

  • L’avortement est légal en Turquie; donc pour AVSC, la formation en AMIU n’est pas une option. A la place, nous nous concentrons sur la PF après avortement—la deuxième composante des SAA—comme partie majeure de l’amélioration des services après avortement.

  • En Tanzanie, où l’avortement est hautement restreint, le travail en SAA a débuté discrètement avec un projet pilote de petite échelle dans seulement trois sites. Bien que s’avérant être une approche lente, cela a permis au programme d’être accepté graduellement par les décideurs politiques locaux. Maintenant, les SAA sont de plus en plus reconnus comme étant un volet important de SR de base et le Ministère de la Santé est en train d’entamer des plans pour étendre les services de SAA au niveau national.

Leçon 2: Les SAA l’AMIU

Chacun des trois éléments des SAA est d’importance cruciale pour les femmes. Il faudrait que la programmation se concentre sur les éléments 2 et 3 tout autant que sur l’élément numéro 1 et qu’elle s’assure qu’il existe des liens solides entre ces trois éléments et d’autres services. L’innovation de la technologie des SAA éclipse souvent les deux autres éléments des SAA. Pour corriger cela, AVSC est en train de faire l’expérience de changer l’ordre dans lequel la formation en SAA est menée et dont les services sont établis en introduisant les éléments non technologiques des SAA en premier.

Exemples

  • En Tanzanie, les procédures d’AMIU ont été liées au counseling, à la PF et aux pratiques améliorées de PI, mais les procédures de dilatation et curetage n’ont pas bénéficié de ces mêmes liens. Cela est arrivé parce qu’une attention et un financement si importants étaient orientés vers l’AMIU plutôt que vers l’amélioration de la qualité des services de SAA. Nous œuvrons en Tanzanie pour aborder ce défi.

  • En Colombie, les prestataires ont été attirés par la technologie de l’AMIU parce qu’elle permet d’économiser les ressources et elle est plus sûre pour les patientes. On a porté moins d’attention à d’autres aspects des services de SAA, tels que le counseling et la PF parce que ce ne sont pas de nouvelles innovations ou technologies et parce que le personnel des hôpitaux ont déjà de l’expérience en matière de PF. Pour promouvoir un programme de SAA mieux intégré et se concentrant plus amplement sur les clientes (contrairement à un programme se concentrant sur l’AMIU), nous sommes en train d’effectuer une formation en counseling en SAA avant de former les prestataires en AMIU.

Leçon 3: Il est difficile de se débarrasser des vieilles habitudes

On ne peut pas s’attendre à ce qu’un cours de formation de 5 jours résulte à lui seul en un changement complet des pratiques. Il faut que les programmes de SAA, y compris la formation en AMIU, incluent de façon routinière un suivi et une assistance technique planifiés. Le fait d’inclure ces éléments va aider à faciliter des changements tels que la transition de la dilatation et curetage à l’AMIU et de l’anesthésie générale à l’anesthésie locale. Les formations en SAA sont plus efficaces si elles incluent des plans de suivi et d’assistance technique continus (qui engagent des superviseurs appropriés) qui soient mis en œuvre à temps.

 

Exemples

  • En Colombie, de nombreux médecins préfèrent employer l’anesthésie générale plutôt que l’anesthésie locale pour l’AMIU parce que la cliente dort tout au long de la procédure. Le fait de s’entretenir avec une cliente éveillée au cours d’une procédure stressante et parfois douloureuse nécessite des compétences de la part du prestataire qu’il faut développer. Maintenant, la formation en SAA va insister particulièrement sur les compétences de communication des prestataires qu’ils devront utiliser avant, pendant et après la procédure de traitement. La formation aide également le prestataires à mieux comprendre les besoins des clientes.

  • Au Kenya, certains médecins utilisent de nouveau la dilatation et curetage parce qu’ils sont plus rapides à cette procédure familière. Leur formation en AMIU a inclus trop peu de cas pratiques. La pratique supplémentaire et la supervision continuelle pour compléter la formation initiale en SAA sont des éléments clés pour développer une nouvelle compétence clinique.

  • En République Dominicaine, le personnel d’AVSC sur le terrain avaient originellement planifié des visites de suivi des nouveaux stagiaires tous les trimestres. Maintenant, on mène des visites de suivi mensuelles à cause de l’allure lente pour effectuer des changements au niveau des prestations de services dans le système sanitaire public. Un suivi est réalisé 3 ou 4 semaines après la séance de formation initiale.

Leçon 4: Le counseling en SAA—Plus que de simples informations en planification familiale

Le counseling pour les clientes de SAA devrait être flexible et ne devrait pas être fixé à un aspect particulier de la prestation de services. La situation de chaque femme est différente de celle d’une autre. Qu’est-ce qui est unique dans le counseling d’une femme ayant eu un avortement spontané? Est-ce que la salle d’urgence est un endroit approprié pour parler aux clientes de la PF? Lorsque cela est médicalement faisable, les femmes apprécient qu’on leur donne un éventail d’informations avant, pendant et après la procédure de traitement. Le défi est de s’assurer que chaque patiente reçoive le counseling pertinent dans des circonstances appropriées.

AVSC est en train de tester sur le terrain un nouveau module de SAA en counseling conçu pour développer les compétences en communication ainsi que pour faire prendre conscience de l’éventail de besoins que les patientes après avortement peuvent avoir. Le module est à l’intention des médecins et des infirmières qui sont ceux qui vont travailler avec ces patientes plutôt que spécifiquement pour des conseillers qui sont rarement sur les lieux.

Exemple

En Indonésie, la qualité des services de counseling pour les clientes de SAA fait défaut. De nombreux sites n’ont pas le temps de fournir aux patientes même le minimum d’informations sur la procédure d’AMIU, bien que des interviews indiquent que les femmes veulent les informations. S’ils trouvent le temps, les prestataires sont souvent incertains sur ce qu’ils devraient dire à la femme. Les médecins rapportent souvent que les femmes ne veulent pas de PF jusqu’à un mois ou plus après leur procédure de traitement, mais une sage-femme qui parle avec les clientes de SAA au sujet du retour rapide de la fertilité fournit la PF après avortement à une large majorité de femmes. Il est clair que des compétences en communication et un intérêt de s’assurer que les femmes aient toutes les informations pertinentes sont des éléments essentiels des services de SAA de qualité.

Leçon 5: Au site entier, c’est mieux

Il faudrait fournir les informations sur les SAA non seulement aux prestataires recevant la formation clinique et programmatique, mais également à travers d’autres départements, niveaux de personnel et niveaux de sites du secteur sanitaire pour soutenir les connaissances et l’institutionnalisation du nouveau programme. Pour accomplir cela, une stratégie est de fournir une orientation sur le programme de SAA à l’ensemble du personnel lorsque les services améliorés débutent.

Exemple

En République Dominicaine, nous avons appris que les représentants des différents départements dans un certain site devraient toujours participer aux séances d’orientation et de formation en SAA, même s’ils ne sont présents que pour l’introduction. Dans un hôpital, le personnel du département de PF a participé aux séances d’introduction de l’orientation et de la formation clinique initiales en SAA. Ils se sont familiarisés avec les objectifs du programme de SAA et avec les contributions que leur département pourrait apporter à ce programme.


1Le Consortium de soins après avortement est un groupe d’agences qui a été établi en 1993 pour encourager l’USAID, le FNUAP et d’autres agences internationales à aborder l’avortement à risque dans leurs politiques et programmes.


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