Santé Maternelle et Néonatale

Questions à considérer lors de l’établissement de services de soins après avortement dans les milieux aux ressources limitées: Présentations lors de l’atelier

UTILISATION DU MISOPROSTOL POUR LA PRISE EN CHARGE 
DU SAIGNEMENT AU DEBUT DE LA GROSSESSE suite

Dr. Fredrik F. Broekhuizen

Utilisation du Misoprostol pour l’avortement incomplet

Jusqu’ici, seulement cinq études concernant l’utilisation du Misoprostol pour l’avortement incomplet sont parues dans la littérature médicale révue par un conseil de pairs. Il faut considérer les études concernant la prise en charge de l’avortement incomplet par rapport à la progression normale et la prise en charge expectative de cette condition et de ses complications. En comparant l’évacuation chirurgicale et le traitement prospectif sur une période de 72 heures, Nielsen et Hahlin (1995) ont rapporté que l’avortement incomplet est survenu dans 70 pour cent des cas dans le groupe de traitement prospectif. Le taux de complication était aussi inférieur dans le groupe de prise en charge expectative (3 pour cent) comparé au groupe de prise en charge chirurgicale (11 pour cent). Dans une étude expérimentale de 20 patientes, Creinin, Moyer et Guido (1997) ont constaté que 800 mcg d’une dose vaginale était plus efficace que 400 mcg d’une dose administrée par voie orale, avec 88 pour cent d’évacuation complète. Tel que le montre le Tableau 1 ci-dessous, Chung et al (1997) ont constaté lors d’études d’observation prospectives (sans tirage aléatoire) que 66 pour cent et 79 pour cent des patientes traitées pendant une période de 48 heures avec trois doses de 400 mcg de Misoprostol pris par voie orale n’a pas nécessité de curetage. Un groupe de référence a été traité avec une dilatation et curetage immédiats et les taux de complications (infection, recuretage) étaient supérieurs dans le groupe ayant subi le curetage. La perte de sang n’a pas été évaluée systématiquement.

Tableau 1. Le Misoprostol pour l’avortement incomplet

PROTOCOLE

RESULTATS

354 cas diagnostiqués par échographie
  • 225 produits de la conception
  • 102 utérus vides

137 cas de référence Misoprostol

  • Par voie orale
  • Trois doses de 400 mcg toutes les 4 heures
Taux d’avortement complétés: 70,6%
  • 101 en < 24 heures
  • 148 en < 48 heures

Dilatation et curetage si incomplet après 48 heures

 

Groupe de Misoprostol

  • 3 dilatation et curetage répétés
  • 1 ectopique

Pas de différence dans la perte de sang et les besoins en transfusion

Complications

  • Misoprostol 1,7%
  • Dilatation et curetage 6,6%

Référence dilatation et curetage

  • 4 dilatation et curetage répétés
  • 3 infections

Source: Chung et al 1997.

La seule étude prospective aléatoire documentée (Herabutya et O-Prasertsawat 1997) a comparé 200 mcg de Misoprostol et un placebo sur une période de 24 heures avant le curetage avec succion (voir ci-dessous).

Informations reçues d’études faites sur le Misoprostol et l’avortement raté

  • Etude aléatoire
  • Observation pendant 24 avant le curetage avec succion

  • < 14 semaines pour la grossesse arrêtée
    • 42: 200 mcg Misoprostol par voie vaginale

    • 42: placebo

  • Avortement spontané (p< 0,0001)
    • 30 Misoprostol par voie vaginale

    • 6 placebo

  • Pas d’informations sur la perte de sang
  • Complications

    • 3 dans le groupe de placebo: saignement, perforation

    • 0 dans le groupe de Misoprostol

  • Réduit la nécessité du curetage avec succion

Source: Herabutya et O-Prasertsawat 1997.

Trente patientes parmi 42 (71 pour cent) dans le groupe du Misoprostol ont eu un avortement spontané contre 6 parmi les 42 dans le groupe placebo. Toutes les complications sont survenues dans le groupe placebo (trois cas de saignement et de perforation), aucune dans le groupe de Misoprostol. Aucune évaluation systémique de perte sanguine ou de changement de l’hématocrite n’a été effectuée.

Dans les études réalisées par Chung et al (1995, 1997) et Herabutya et O-Prasertsawat (1997), le diagnostic de l’avortement incomplet a été fait par l’échographie endovaginale. Dans la deuxième étude faite par Chung et al, environ un tiers des patientes avec un diagnostic clinique d’avortement incomplet avaient un utérus vide et n’avaient besoin d’aucun traitement.

Dans un essai aléatoire de prise en charge expectative pour comparer le traitement chirurgical et la prise en charge expectative d’avortements spontanés, Chipcase et James (1997) ont démontré qu’avec moins de 50 mm de tissus présents à l’échographie, le curetage n’était probablement pas nécessaire. Aucune de ces études n’a constaté de risque accru d’infection avec l’utilisation du Misoprostol. Une preuve indirecte, issue d’une analyse des complications de l’avortement au Brésil, a montré une incidence moindre des infections après l’auto-administration du Misoprostol par rapport à l’utilisation d’autres moyens pour provoquer l’avortement.

Le Misoprostol dans le premier trimestre: Taux d’infection accru?

  • Analyses au Brésil de l’admission dans la salle de complications "après avortement"
  • Antécédents d’utilisation du Misoprostol
    • 4,2% d’infection
  • Pas d’antécédents d’utilisation du Misoprostol
    • 7,9% d’infection

Source: Faundes et al 1996.

Questions restantes

De nombreuses questions demeurent. Quel est le dosage idéal? Quel est la meilleure voie? Quelle est la perte sanguine? Quels sont les délais optimum pour la prise en charge médicale dans les milieux aux ressources limitées—24 ou 48 heures? Comment établit-on le diagnostic? Par échographie—ce qui n’est pas pratique dans les milieux isolés—ou par critères cliniques comme cela se fait aujourd’hui pour l’AMIU?

Le Misoprostol pour l’avortement incomplet: Problèmes dans la conception d’études

  • Diagnostic clinique contre diagnostic par échographie:
    • Moins de 50 mm de produits de la conception sur une échographie n’ont probablement pas besoin d’être évacués
  • Dosages et voies d’administration?
  • Etablir un profil similaire à celui de l’AMIU ou prouver sa performance supérieure?
  • Analyser les différences de coût?

La prise en charge médicale n’a pas été comparée à l’AMIU dans un milieu de SAA avec des travailleurs de soins sanitaires autres que les médecins. Il est clair qu’il faille effectuer des essais aléatoires prospectifs pour comparer la prise en charge médicale en utilisant le Misoprostol et en utilisant l’AMIU, avec davantage de paramètres concernant les résultats par rapport à ce qui a été étudié jusqu’ici (voir ci-dessous).

Le Misoprostol pour l’avortement incomplet: Conception d’une étude

  • Diagnostic clinique de l’avortement incomplet/grossesse arrêtée
    • Col ouvert
    • Saignement
    • Produits de la conception visibles
    • < 12 semaines de gestation
  • Choisir entre 3 et 4 branches
    • Prise en charge expectative
    • Misoprostol
    • 400 mcg toutes les 4 heures
    • 800 mcg toutes les 8 heures
    • AMIU
  • Après 24 à 48 heures: AMIU dans tous les groupes
  • Paramètres concernant les résultats
    • Perte de sang > 500 cc
    • Changement de l’hématocrite
    • Infection
    • Perforation
    • AMIU répétée
    • Grossesse ectopique non diagnostiquée

Il est nécessaire d’examiner la perte de sang, la nécessité de transfusion, le changement de l’hématocrite, la grossesse ectopique ratée, l’AMIU répétée, le taux d’infections ainsi que les coûts. On peut comparer le diagnostic par échographie et le diagnostic clinique. Si l’observation est possible, la prise en charge expectative pourrait être une troisième branche. Si ces études confirment la valeur et la rentabilité de la prise en charge médicale de l’avortement incomplet avec le Misoprostol, on peut prévoir le diagnostic fait par un agent de santé primaire sur le terrain. On commencerait à utiliser le Misoprostol comme traitement de choix et l’AMIU serait disponible comme méthode d’appoint "programmée" dans des délais donnés si un centre d’AMIU était proches, ou comme méthode "urgente d’appoint" si le Misoprostol était inefficace dans une période de temps donnée.

Résumé

La plupart des études sur le Misoprostol ont confirmé sa sûreté et sa rentabilité pour l’interruption des grossesses jeunes et la résolution des grossesses arrêtées, soit utilisé tout seul, soit utilisé en conjonction avec d’autres substances. Dans ce contexte, on a constaté que le Misoprostol est efficace dans l’évacuation des produits de la conception retenus dans 70 à 80 pour cent des cas, ce qui résulte en la réduction générale de la perte sanguine. Etant donné un tel potentiel, le Misoprostol pourrait s’avérer utile comme substance de premier choix dans les cas d’avortement incomplet pour contrôler le saignement utérin en attendant que l’évacuation ait lieu soit spontanément soit assistée par l’AMIU dans un une structure sanitaire.

Du fait que la majorité des décès surviennent au niveau où les soins médicaux d’urgence ne sont pas disponibles, il se peut que le Misoprostol soit un moyen salvateur pratique et accessible peu coûtant . Cependant, avant que cela ne soit possible, il faut entreprendre des études supplémentaires dans divers milieux de soins sanitaires qui permettront de répondre aux questions clés posées dans ce document.

Références

Carbonell JL et al. 1997a. Misoprostol 3, 4 or 5 days after methotrexate for early abortion. Contraception 56: 169–174.

Carbonell JL et al. 1997b. The use of misoprostol for abortion at < or = 9 weeks’ gestation. European Journal of Contraception and Reproductive Health Care 2(3): 181–185.

Chipcase J and D James. 1997. Randomised trial of expectant versus surgical management of spontaneous miscarriage. British Journal of Obstetrics and Gynaecology 104(7): 840–841.

Chung T et al. 1997. A medical approach to management of spontaneous abortion using misoprostol. Extending misoprostol treatment to a maximum of 48 hours can further improve evacuation of retained products of conception in spontaneous abortion. Acta Obstetricia Gynecologica Scandinavica 76(3): 248–251.

Chung TK et al. 1995. Misoprostol in the management of spontaneous abortion. British Journal of Obstetrics and Gynaecology 102(10): 832–835.

Chung TK et al. 1994. Spontaneous abortion: A medical approach to management. Australian and New Zealand Journal of Obstetrics and Gynaecology 34(4): 432–436.

Creinin MD, R Moyer and R Guido. 1997. Misoprostol for medical evacuation of early pregnancy failure. Obstetrics and Gynecology 89(5, Pt. 1): 768–772.

El Refaey H et al. 1995. Induction of abortion with mifepristone (RU 486) and oral or vaginal misoprostol. New England Journal of Medicine 332: 983–987.

Faundes A et al. 1996. Postabortion complications after interruption of pregnancy with misoprostol. Advances in Contraception 12(1): 1–9.

Fong YF, K Singh and RN Prasad. 1998. A comparative study using two dose regimens (200 microg or 400 microg) of vaginal misoprostol for pre-operative cervical dilatation in first trimester nulliparae. British Journal of Obstetrics and Gynaecology 105(4): 413–417.

Gonzalez CH et al. 1998. Congenital abnormalities in Brazilian children associated with misoprostol misuse in first trimester pregnancy. Lancet 351(9116): 1624–1627.


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