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Statistiques de mortalité et de morbidité
Bien que les données aient été obtenues des hô, les constatations quon trouve
dans les écrits scientifiques suggèrent que lavortement à risque est commun en
Afrique sous-Saharienne, plaçant ainsi un lourd fardeau sur les systèmes nationaux de
soins sanitaires. Lampleur de ce problème est évident dans les statistiques telles
que la proportion de décès maternels à lhô attribuables à lavortement
(plus de la moitié de lensemble des décès maternels, daprès certaines
études) et le pourcentage dadmissions gynécologiques attribuables aux
complications de lavortement (jusquà 77% dans un hô).
Malgré les difficultés au niveau de lobtention de certaines informations, les
données primaires recueillies pour cette étude des hô du Malawi, de lOuganda et
de la Zambie confirment les constatations de lexamen des écrits. Aux centres
urbains de soins tertiaires, un grand nombre de femmes se présentent pour le traitement
dun avortement incomplet et dautres complications de lavortement
spontané ou provoqué (mal exécuté). Les registres annuels estiment que le nombre de
cas de complications davortement dans les hô universitaires dans chacun des trois
pays sélevait à environ 2300 au Malawi,700 en Ouganda et 3200 en Zambie. En plus,
la contribution des patientes de lavortement au nombre dadmissions
gynécologiques est considérable: dans deux des hô recensés dans la capitale de
lOuganda, par exemple, les cas davortement (selon lestimation des
prestataires interviewés) sélevaient à 53% des admissions gynécologiques dans un
hô et à 64% dans lautre.
Aux niveaux régionaux et de district, le nombre absolu de cas est moins élevé
par exemple, un hô rural de district ougandais a compté 9 cas par mois et un hô
provincial de la Zambie a documenté 70 cas par mois. Par conséquent, dans ces hô plutô
périphériques, la contribution relative des complications davortement au
nombre total de cas gynécologiques fournit, peut-être, une meilleure indication de
lenvergure du problème. Par exemple, dans un hô de district malawien un nombre
estimatif de 300 patientes sont traitées pour les complications davortement chaque
année. Ce chiffre représente environ 70% du nombre total de cas gynécologiques admis
annuellement au sein de cette structure.
Les taux journaliers doccupation des lits (DBO) par les patientes ayant subi un
avortement sont aussi un indicateur de la demande pour les services de traitement. Dans
les hô ougandais, sujets de lenquête pour la rédaction de la présente
monographie, les patientes ayant subi un avortement ont occupé entre 2% et 49% des lits disponibles
(bien quon ait souvent observé des patientes qui se partageaient un lit et/ou des
patientes couchées par terre dans les salles dhô). Le taux global des DBO pour les
patientes ayant subi un avortement au sein du principal hô zambien était calculé à
386% parce que la structure ne disposait que de deux lits pour les cas davortement
et le va-et-vient des patientes était assez rapide. En outre, ce chiffre ne prend pas en
compte quantitativement linconvénient et la gêne éprouvés par les femmes assises
sur des bancs parce que les deux lits consacrés aux cas davortement étaient
occupés. Dans un hô universitaire principal du Malawi, plus dun quart des lits
disponibles dans le service de gynécologie étaient occupés par des patientes ayant subi
un avortement durant la phase dobservation de létude.
Ce qui est évident daprès les deux sources de données de la monographie,
cest que le traitement des femmes souffrant des complications de lavortement
constitue une composante considérable du total des services gynécologiques offerts par
les structures sanitaires des pays de lAfrique Sous-Saharienne. Or ce que ces
données ne nous disent pas, cest lenvergure des complications de
lavortement au niveau de la population, spécifiquement, le nombre de femmes
qui ne se font pas soigner dans les structures publiques parce que: 1) elles nont
que des complications mineures, 2) elles ne peuvent pas se faire soigner dans de telles
structures ou elles noptent pas pour cette solution, 3) leurs complications ont
été soignées ailleurs (par exemple, chez des médecins privés), ou 4) elles meurent
avant de recevoir un traitement médical. Le fait quenviron un tiers des femmes
interviewées pour la présente étude dans les diverses structures connaissaient le cas
dune parente ou dune amie qui était morte ou gravement malade à cause des
complications dun avortement, suggère que le problème est beaucoup plus large au
niveau communautaire que les études basées dans des hô naient pu documenter.
Profil des Patientes
Les femmes qui cherchent des soins pour les complications de lavortement
représentent toutes les femmes en âge de procréer (cest à dire mariées et
célibataires, jeunes et âgées, de haute ou de basse parité). Les écrits publiés
indiquent que les jeunes femmes, souvent célibataires, constituent un grand pourcentage
des patientes traitées pour lavortement dans les hô. En plus, dans le cadre
hospitalier, les jeunes femmes sont souvent sur-représentées parmi les cas présentant
de graves complications, telles que la septicémie (donc, aussi parmi les décès liés à
lavortement). La haute prévalence des jeunes femmes célibataires reflète en
partie le fait que beaucoup détudes basées dans des centres cliniques sont
effectuées dans des hô universitaires urbains, où les femmes célibataires, souvent
encore étudiantes, ont tendance à venir se faire soigner pour les complications de
lavortement. Comme les données collectées pour la présente étude le suggèrent,
la sur-représentation des jeunes femmes est moins souvent le cas dans les zones plutô
rurales, où les femmes se marient et commencent leur famille plus jeunes.
Les prestataires sondés dans notre enquête dans les trois pays ont témoigné que les
femmes sollicitent des avortements auprès des médecins privés, des guérisseurs
traditionnels et des amis, ou bien elles les provoquent elles-mêmes. Les opinions des
prestataires concernant les raisons pour lesquelles les femmes cherchent un avortement
cadrent avec les écrits scientifiques publiés, soit: elles sont célibataires; le moment
nest pas propice pour une grossesse; les contraintes financières; trop
denfants ou des enfants pas assez espacés. En Ouganda, les prestataires ont
signalé quune grossesse résultant de rapports sexuels hors du mariage ou
lidentification dun état VIH-positif peuvent aussi être des raisons pour
lesquelles les femmes sollicitent lavortement.
La plupart des femmes sondées dans les trois pays nutilisaient pas de méthode
contraceptive au moment où elles sont tombées enceintes. Un certain nombre, pourtant,
ont indiqué quau début la grossesse était désirée - ce qui suggère que ces
patientes ont peut-être subi un avortement spontané ou que, pour une raison ou une autre
elles avaient changé davis et décidé de terminer la grossesse. Les
préoccupations au niveau de la santé exprimées par les femmes interviewées pour
lenquête (par exemple, la peur que la contraception pourrait mener à
linfertilité) cadraient avec les constatations mentionnées dans les écrits. Le
manque dinformation concernant la planification familiale et linsuffisance de
laccès aux services de PF furent mentionnés comme raisons principales pour la
non-utilisation de la contraception en Afrique Sous-Saharienne. Cette constatation paraît
incompatible avec les constatations des enquêtes qui montrent que les niveaux de
connaissances sur la PF sont assez élevés dans beaucoup de communautés de
lAfrique Sous-Saharienne. Cependant, le terme "manque dinformation"
nest pas clairement défini. Est-ce que cela veut dire un manque de renseignements
sur les centres où lon peut trouver des méthodes contraceptives, ou un manque de
confiance quant à la meilleure méthode ou laplus appropriée par rapport à une
situation particulière ou à des objectifs spécifiques en matière de la procréation.
Ces questions ont des implications importantes au niveau du counseling et des stratégies
de la communication. Elles méritent une étude plus approfondie.
La documentation clinique provenant de lAfrique Sous-Saharienne, bien
quelle se rapporte souvent à des constatations provenant détudes limitées,
non-contrôées, fournit tout de même une évidence solide concernant les résultats
néfastes davortements mal effectués. Par exemple, la septicémie et
lhémorragie, souvent associées à des interventions mal effectuées, sont citées
comme étant les deux causes les plus fréquentes des décès liés à lavortement,
dans les écrits publiés autant que dans les écrits "gris" cest à dire
non publiés. Dans les trois pays étudiés, lhémorragie et linfection
localisée sont mentionnées comme étant les deux problèmes les plus communs; la sepsie
est citée également comme une autre complication importante.
La durée de lhospitalisation des femmes souffrant de blessures intestinales
suite à un avortement à risque peut être longue (plus de 30 jours, selon une étude
faite au Nigéria). Une étude de 650 femmes de lAfrique du Sud souffrant dune
sepsie fait état dune hospitalisation den moyenne 2 semaines, comparée à un
ou deux jours dhospitalisation pour les patientes dun avortement non
septique. Ces chiffres sont dautant plus angoissants quand on les compare aux
statistiques des avortements provoqués par des prestataires compétents, travaillant dans
des conditions hygiéniques; dans ces cas, les taux de complications sont bas, surtout
lorsquil sagit des stades précoces de la grossesse.
Un article provenant de lAfrique du Sud sur lutilisation de la
prostaglandine met en évidence limpact négatif des règlements administratifs
rigoureux pour les avortements légaux. Ces règlements signifient souvent que les femmes
ne peuvent obtenir un avortement que plus tard dans leur grossesse, période à laquelle
le risque de complications est plus élevé. Presque le tiers des avortements légaux
effectués dans lhô ciblé par létude, concernait des femmes dans le
deuxième trimestre de la grossesse. Ce fait était dû en partie aux règlements
rigoureux pour lobtention dun avortement légal: le consentement de deux
médecins et la performance de la procédure par un troisième.
Les pratiques se rapportant à la prise en charge de la douleur liée au traitement de
lavortement incomplet semblent se situer aux deux bouts dun continuum: à
lune des extrèmes est ladministration dune lourde sédation ou
dautres mesures de prise en charge de la douleur qui augmentent les risques de
complications, rallongent la période de la guérison des patientes et accroissent les
coûts; lautre extrème noffre aucune évaluation individuelle du besoin
clinique de la femme pour un analgésique et ne prévoit aucun médicament pour contrô la
douleur.
Les écrits cliniques sur lAMIU pour le traitement de lavortement incomplet
dupremier trimestre documente linnocuité et lefficacité de cette technique
dévacuation de lutérus. En outre, les constatations positives sur
lutilisation de laspiration manuelle intra-utérine (AMIU) à titre externe et
les réductions de lhospitalisation et des coûts y afférents méritent
lutilisation accrue de cette technique.
Malgré les recommandations des études préalablement réalisées, les données
provenant des trois pays documentent le fait que lutilisation de lAMIU se
limite principalement aux hô universitaires urbains. LAMIU est utilisée dans les
hô tertiaires et provinciaux en Zambie mais pas dans les deux hô de district, objets de
lenquête. Plus de la moitié des évacuations sont effectuées à laide de la
technique AMIU aux hô principaux du Malawi, tandis que les autres structures sanitaires
utilisent le curetage aigu. Les données concernant la technique dévacuation
utilisée en Ouganda étaient limitées mais on emploie le curetage aigu à lhô de
district, objet de la présente étude. Il faut identifier les obstacles qui limitent
lutilisation de techniques dévacuation plus appropriées, et développer des
stratégies pour les combler.
La majeure partie des écrits publiés sur le coût du traitement des complications de
lavortement se concentre sur le temps moyen dhospitalisation. Les patientes
traitées pour les complications de lavortement provoqué restent généralement
plus longtemps à lhô que les cas davortement spontané. En outre, tel que
sus-mentionné, les femmes avec des complications majeures telles que la septicémie
(résultant souvent davortements mal effectués et à risque) ont une
hospitalisation dune durée particulièrement longue. Ces données sont confirmées
par les écrits non-publiés qui indiquent des hospitalisations durant jusquà 3
semaines pour les patientes ayant eu un avortement septique. Une étude publiée analyse
les différences des coûts du traitement des patientes souffrant dun avortement
incomplet par lAMIU comparés à ceux du traitement par curetage aigu au Kenya. La
durée moyenne de lhospitalisation des patientes était un des facteurs principaux
influançant les coûts du traitement. Le coût moyen du traitement par lAMIU était
signalé comme étant 66% moins élevé dans un hô de district et 23% moins élevé dans
un autre.
Les renseignements recueillis au Malawi, en Ouganda et en Zambie pour cette monographie
confirment que dans beaucoup de structures, les hospitalisations après avortement sont
prolongées. Les femmes ougandaises à lhô provincial restent généralement 4
jours. Les hospitalisations les plus courtes ont été notées au niveau tertiaire en
Ouganda et en Zambie, environ une demi-journée. Pour des structures telles que lhô
de Lusaka, des séjours raccourcis pour les candidates à lavortement, qui
sélèvent à plus de 3000 hospitalisations par an, peuvent représenter une
épargne considérable pour les budgets hospitaliers déjà surchargés.
Les budgets des services gynécologiques nétaient pas disponibles dans tous les
hô étudiés pour cette monographie et les administrateurs nétaient donc pasen
mesure de fournirr une statistique exacte sur le coût du traitement des patientes de
lavortement. Des estimations, développées en fonction des données dautres
sources, indiquent que le coût du traitement dune seule patiente de
lavortement incomplet (sans complication majeure) au Malawi au moment de la
collecte des données était approximativement de 3,00 $ E.U. Par contre, le gouvernement
du Malawi a un budget annuel de 2,55 $ E.U. par personne pour les soins sanitaires
globaux. Les femmes présentant des conditions telles que la septicémie et
lhémorragie demandent forcément plus de médicaments, plus de soins
par le personnel et des hospitalisations encore plus longues pour récupérer. Les
coûts du traitement de ces patientes seront probablement encore plus élevés.
Il est évident que les systèmes de soins sanitaires de lAfrique Sous-Saharienne
dépensent actuellement des sommes relativement élevées de leurs ressources peu
abondantes, y compris les frais de personnel, les médicaments, les lits dhô, les
services publics et la restauration pour soigner les cas de complications de
lavortement. Vu lampleur des ressources dépensées pour soigner les patientes
de lavortement, il importe dassurer que que les dépenses aboutissent en des
soins les plus efficaces possibles par rapport aux coûts et de la plus haute qualité.
Les chercheurs engagés dans létude des coûts au Kenya proposent plusieurs
mécanismes pour atteindre ce but, y compris: 1) lutilisation de lAMIU pour
traiter les patientes davortement incomplet du premier trimestre, 2) la réalisation
des procédures de lévacuation utérine en consultation externe plutô quen
bloc opératoire, et 3) la décentralisation des soins de lavortement aux structures
sanitaires dun niveau plus bas afin den réduire le coût et den
augmenter laccessibilité.
Lune des constatations les plus frappantes des écrits publiés et non-publiés,
est labsence quasi complète de recherche sur la planification familiale après
avortement. La nécessité des soins après avortement cest à dire, le
traitement des complications en conjonction avec la planification familiale et
dautres services sanitairessemble évidente. Or, on na trouvé aucune
étude examinant les intentions des femmes concernant la procréation après avortement,
la meilleure méthode doffrir ces services, ou les modifications de la politique
nécessaires pour favoriser les services globaux après avortement.
Le peu de recherche faite décrit lutilisation de la contraception par les
femmes, les adolescentes en particulier. Dans lensemble, les écrits suggèrent une
utilisation de la contraception relativement basse, surtout parmi les adolescentes, et une
crainte générale des risques potentiels ou des effets secondaires (véritables ou
imaginés) associés à lutilisation de la contraception.
Les constatations provenant des hô du Malawi, de lOuganda et de la Zambie
fournissent des éclaircissements concernant les raisons de la lacune au niveau de la
planification familiale après avortement. Alors que certaines structures offrent du
counseling et/ou des méthodes de planification familiale laplupart nen offrent pas.
Dans les hô ougandais, par exemple, la majorité des 77 femmes interviewées nont
reçu aucune information (bien que 75% ont dit quelles auraient voulu que
quelquun leur prodigue des méthodes et/ou des conseils sur la PF). De même, on
na pas offert de renseignements sur la PF à la plupart des 55 patientes zambiennes
questionnées. Au Malawi, où 50 patientes provenant principalement dhô tertiaires
dans la capitale furent interviewées, presque toutes ont indiqué que personne ne leur a
parlé de la PF, ne leur a offert une méthode de PF ou ne leur a dit où trouver des
services de PF après leur décharge de lhô.
Les prestataires sondés dans les trois pays étaient presque tous daccord sur le
besoin doffrir des services de PF après avortement et les constatations des deux
composantes de cette étude soulignent ce besoin. Or, beaucoup de prestataires ont
exprimé le besoin dune formation du personnel et leurs préoccupations concernant
le manque de personnel comme étant des problèmes dont il faut tenir compte
lorsquil sagit de lintroduction de services de PF après avortement. Des
tests expérimentaux dune variété de systèmes modèles daffectation du
personnel, de logistique, de counseling et daiguillage aideraient les gestionnaires
des services et les décideurs de politique dans leurs efforts de modifier les programmes
actuels pour quils englobent des services de PF après avortement.
Le degré de "lengagement" des hommes dans la décision des femmes
davorter semble variable. Il y a des indications que certaines grossesses sont
interrompues parce que le partenaire masculin ne désire pas un enfant à un moment
donné. Or, les écrits révèlent que souvent lhomme nest pas activement
impliqué dans les décisions concernant la méthode à utiliser et la structure
sanitaire où lavortement aura lieu; sauf éventuellement pour appui financier.
Le point auquel ce modèle de communication entre les couples mariés ou non mariés varie
ne ressort pas clairement des données disponibles. En outre, la question de la
communication (ou bien du manque de communication) et le degré auquel cette communication
influence le choix de la structure où les femmes vont pour une interruption de grossesse
et le temps quelles attendent avant de chercher une assistance médicale sil y
a un problème nest pas bien comprise.
De nombreux articles mentionnent le fait que dans la région africaine
lavortement légal est limité à une série de circonstances très contraignantes.
Bien que rédigés à partir de perspectives variées, presque tous les articles arrivent
à la conclusion que les lois restrictives ont un impact négatif sur la santé des
femmes, principalement parce que les avortements clandestins, à risque, sont plus
nombreux dans un tel environnement. Les recommandations pour améliorer la situation
comprennent les démarches suivantes: codifier les lois concernant lavortement pour
quelles reflètent les soucis concernant la santé éliminer les barrières
administratives à lavortement légal; élargir les services dans le secteur public
pour lavortement qui sont permis dans le cadre des lois existantes.
Un article provenant de la Tunisie souligne les résultats positifs dune
libéralisation de la loi pour permettre lavortement sur demande de la femme et
leffet que cette modification a eu sur la mortalité maternelle (Bejaoui, 1988). Les
données font état dune réduction des taux de mortalité maternelle et, en
général, dune chute du nombre de cas et dadmissions liés aux complications
de lavortement. Lauteur reconnaît que, même si de tels changements sont
rares dans la société musulmane, les relations entre la loi, la religion et la politique
peuvent sassocier au profit de la santé des femmes.
Les prestataires dans les hô du Malawi, de lOuganda et de la Zambie furent
interviewés sur leurs opinions concernant les lois de leur pays et sur la manière dont
les lois influent sur les prestations de services. Les lois au Malawi et en Ouganda ne
permettent lavortement que dans des circonstances limitées tandis que la loi en
Zambie permet lavortement pour un large éventail dindications. La majorité
des prestataires en Ouganda étaient conscients des dispositions de la loi concernant
lavortement; dans les deux autres pays, les prestataires étaient moins renseignés
à ce sujet. Les réponses provenant de la Zambie indiquent une lacune dans les
connaissances des lois existantes sur lavortement.
La plupart des prestataires interviewés dans lenquête pensaient soit que les
lois concernant lavortement sont trop restrictives, soit que leur rédaction est
appropriée tel quel. Or, la majorité étaient aussi de lopinion que les femmes
chercheront à se faire avorter et que les prestataires fourniront des avortements,
malgré la loi.
La statistique sur les procédures de la régulation menstruelle dans les hô zambiens
souligne le besoin de rendre plus largement disponibles les services davortement
légal dans ce pays. Le principal hô universitaire à Lusaka est la seule structure où
lon réalise la régulation menstruelle de manière systématique; la documentation
publiée provenant de ce pays confirme cette constatation. On mentionne très peu de
régulations menstruelles au sein de la structure provinciale étudiée, bien que le
nombre de procédures non documentées dans toutes les structures reste inconnu. Pour
baisser le taux de mortalité et de morbidité résultant davortements clandestins,
à risque, il est clair quil faudrait que des services légaux, peu coûteux, sans
risque soient plus généralement disponibles et quon les fasse connaître au
public.
Les écrits publiés se concentrent sur deux aspects de la qualité: la sécurité
clinique et la durée de lhospitalisation. Ces articles font tous état du besoin
dutiliser les techniques les plus sûres pour lévacuation utérine, de
prendre en charge toutes les complications de façon appropriée et dassurer la
disponibilité des fournitures et de léquipement. En plus de leur documentation des
hospitalisations souvent prolongées des patientes de lavortement, ces études
montrent aussi quune organisation des services améliorée (par exemple,
desévacuations effectuées par lAMIU à titre de service ambulatoire) peut réduire
considérablement le temps dhospitalisation nécessaire pour les patientes
davortement. Les écrits publiés et non-publiés ne présentent que très peu
dinformation concernant linteraction des prestataires avec les patientes ou la
persepective des femmes concernant laccessibilité et la prestation des soins.
La lacune dans les écrits fait contraste avec les données primaires rassemblées pour
la présente monographie. Les enquêteurs ont sondé les prestataires et les femmes dans
le but spécifique de se rendre compte de la qualité et de laccessibilité des
services de soins après avortement. Nulles constatations qui se tiennent ressortent des
prestataires et des patientes concernant la qualité de leur interaction, bien que
beaucoup de femmes déclarent quelles ont été bien soignées. Cette constatation,
pourtant, pourrait refléter une tendance à la "courtoisie." Une série de
questions visant à obtenir de linformation sur les indicateurs de la qualité aux
yeux des utilisatrices du système, devrait être incorporée dans la mesure du possible
dans des études à lavenir. Les plaintes les plus communes exprimées par les
patientes concernaient les longues heures dattente pour les soins, le manque
danalgésie adéquate, le surpeuplement de la clinique, le besoin dun
counseling et de méthodes de PF et, dans le cas de la Zambie, où les règlements
administratifs limitent laccès aux services davortement légaux et sûrs,
malgré les services disponibles, la crainte de poursuites judiciaires. Quelques
prestataires ont mentionné le besoin dun personnel supplémentaire pour la prise en
charge des patientes.
Dans quelques hô on a expliqué aux femmes le traitement quelles allaient subir,
alors que dans la plupart des cas on ne leur a donné aucune information avant
lintervention. Souvent on na même pas donné aux patientes des instructions
sur les soins postopératoires quelles devaient effectuer chez elles. Les
enquêteurs provenant des trois pays ont conclus que les patientes de lavortement
restent une basse priorité dans presque tous les hô. Lévidence pour cette
conclusion se trouve dans les longues attentes, les restrictions dans certains centres du
nombre de lits pour les patientes de lavortement; le fait que certaines patientes
sont obligées de sasseoir sur des bancs ou de se coucher par terre dans la salle
commune.
Beaucoup de prestataires dans les trois pays de létude pensaient que les femmes
ont laccès relativement facile à lavortement provoqué, au traitement des
complications et aux services de PF. Le transport pour lobtention des soins des
complications na pas été cité comme problème clé par la plupart des patientes,
même si les femmes provenant des zones rurales lont plus souvent noté que les
femmes provenant de zones urbaines. Les raisons les plus communément citées pour le
choix dun hô particulier étaient sa proximité, ses coûts abordables et la
qualité des soins prodigués.
Ces constatations résument quelques-unes des préoccupations des patientes de
lavortement concernant la qualité des soins et leurs besoins. Des ressources
considérables seront nécessaires pour combler certaines de ces préoccupations et ces
besoins. Des remèdes à dautres préoccupations, telles que lassurance
dinformation avant et après le traitement, peuvent améliorer la qualité des soins
avec une dépense financière minimale.
Les constatations des écrits et de lexpérience des hô au Malawi, en Ouganda et
en Zambie se ressemblent essentiellement. Les résultats combinés nous révèlent un
portrait cohérent de toute la région:
Lavortement à risque est un grand problème au niveau de la
santé publique.
Des blessures, des complications aiguës et chroniques, et des décès
suite à lavortement clandestin, touchent les femmes dans la fleur de lâge.
Les systèmes de soins sanitaires allouent actuellement des sommes
dargent, un personnel et un espace considérables pour traiter les conséquences de
lavortement à risque.
Il existe des techniques cliniques sûres et efficaces pour traiter les
complications de lavortement mais leur utilisation se limite principalement aux
grands hô urbains, loin de la portée de beaucoup de femmes.
Les services de PF après avortement, y compris le counseling, sont
quasi inexistants dans la région, ce qui prépare la mise-en-scène pour une répétition
de grossesses non désirées et davortements à risque.
La qualité des services de traitement actuels dans beaucoup de
structures se caractérise par de longues attentes, un surpeuplement et peu
dinformations offertes aux clientes, indiquant ainsi la basse priorité accordée
aux besoins des patientes de lavortement.
Des lois restrictives favorisent la prolifération des avortements
clandestins et dangereux.
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