Santé Maternelle et Néonatale

Extrait D'Une Monographie sur les Complications de L'Avortement a Risque en Afrique

Sommaire et Conclusions

Ampleur du Probleme de L'Avortement | Questions Cliniques | Questions de Couts | Contraception et Avortement | Perspective Masculine | Lois sur L'Avortement | Questions de la Qualite des Services | Conclusions

Ampleur du Probleme de L'Avortement

Statistiques de mortalité et de morbidité

Bien que les données aient été obtenues des hô, les constatations qu’on trouve dans les écrits scientifiques suggèrent que l’avortement à risque est commun en Afrique sous-Saharienne, plaçant ainsi un lourd fardeau sur les systèmes nationaux de soins sanitaires. L’ampleur de ce problème est évident dans les statistiques telles que la proportion de décès maternels à l’hô attribuables à l’avortement (plus de la moitié de l’ensemble des décès maternels, d’après certaines études) et le pourcentage d’admissions gynécologiques attribuables aux complications de l’avortement (jusqu’à 77% dans un hô).

Malgré les difficultés au niveau de l’obtention de certaines informations, les données primaires recueillies pour cette étude des hô du Malawi, de l’Ouganda et de la Zambie confirment les constatations de l’examen des écrits. Aux centres urbains de soins tertiaires, un grand nombre de femmes se présentent pour le traitement d’un avortement incomplet et d’autres complications de l’avortement spontané ou provoqué (mal exécuté). Les registres annuels estiment que le nombre de cas de complications d’avortement dans les hô universitaires dans chacun des trois pays s’élevait à environ 2300 au Malawi,700 en Ouganda et 3200 en Zambie. En plus, la contribution des patientes de l’avortement au nombre d’admissions gynécologiques est considérable: dans deux des hô recensés dans la capitale de l’Ouganda, par exemple, les cas d’avortement (selon l’estimation des prestataires interviewés) s’élevaient à 53% des admissions gynécologiques dans un hô et à 64% dans l’autre.

Aux niveaux régionaux et de district, le nombre absolu de cas est moins élevé par exemple, un hô rural de district ougandais a compté 9 cas par mois et un hô provincial de la Zambie a documenté 70 cas par mois. Par conséquent, dans ces hô plutô périphériques, la contribution relative des complications d’avortement au nombre total de cas gynécologiques fournit, peut-être, une meilleure indication de l’envergure du problème. Par exemple, dans un hô de district malawien un nombre estimatif de 300 patientes sont traitées pour les complications d’avortement chaque année. Ce chiffre représente environ 70% du nombre total de cas gynécologiques admis annuellement au sein de cette structure.

Les taux journaliers d’occupation des lits (DBO) par les patientes ayant subi un avortement sont aussi un indicateur de la demande pour les services de traitement. Dans les hô ougandais, sujets de l’enquête pour la rédaction de la présente monographie, les patientes ayant subi un avortement ont occupé entre 2% et 49% des lits disponibles (bien qu’on ait souvent observé des patientes qui se partageaient un lit et/ou des patientes couchées par terre dans les salles d’hô). Le taux global des DBO pour les patientes ayant subi un avortement au sein du principal hô zambien était calculé à 386% parce que la structure ne disposait que de deux lits pour les cas d’avortement et le va-et-vient des patientes était assez rapide. En outre, ce chiffre ne prend pas en compte quantitativement l’inconvénient et la gêne éprouvés par les femmes assises sur des bancs parce que les deux lits consacrés aux cas d’avortement étaient occupés. Dans un hô universitaire principal du Malawi, plus d’un quart des lits disponibles dans le service de gynécologie étaient occupés par des patientes ayant subi un avortement durant la phase d’observation de l’étude.

Ce qui est évident d’après les deux sources de données de la monographie, c’est que le traitement des femmes souffrant des complications de l’avortement constitue une composante considérable du total des services gynécologiques offerts par les structures sanitaires des pays de l’Afrique Sous-Saharienne. Or ce que ces données ne nous disent pas, c’est l’envergure des complications de l’avortement au niveau de la population, spécifiquement, le nombre de femmes qui ne se font pas soigner dans les structures publiques parce que: 1) elles n’ont que des complications mineures, 2) elles ne peuvent pas se faire soigner dans de telles structures ou elles n’optent pas pour cette solution, 3) leurs complications ont été soignées ailleurs (par exemple, chez des médecins privés), ou 4) elles meurent avant de recevoir un traitement médical. Le fait qu’environ un tiers des femmes interviewées pour la présente étude dans les diverses structures connaissaient le cas d’une parente ou d’une amie qui était morte ou gravement malade à cause des complications d’un avortement, suggère que le problème est beaucoup plus large au niveau communautaire que les études basées dans des hô n’aient pu documenter.

Profil des Patientes

Les femmes qui cherchent des soins pour les complications de l’avortement représentent toutes les femmes en âge de procréer (c’est à dire mariées et célibataires, jeunes et âgées, de haute ou de basse parité). Les écrits publiés indiquent que les jeunes femmes, souvent célibataires, constituent un grand pourcentage des patientes traitées pour l’avortement dans les . En plus, dans le cadre hospitalier, les jeunes femmes sont souvent sur-représentées parmi les cas présentant de graves complications, telles que la septicémie (donc, aussi parmi les décès liés à l’avortement). La haute prévalence des jeunes femmes célibataires reflète en partie le fait que beaucoup d’études basées dans des centres cliniques sont effectuées dans des hô universitaires urbains, où les femmes célibataires, souvent encore étudiantes, ont tendance à venir se faire soigner pour les complications de l’avortement. Comme les données collectées pour la présente étude le suggèrent, la sur-représentation des jeunes femmes est moins souvent le cas dans les zones plutô rurales, où les femmes se marient et commencent leur famille plus jeunes.

Les prestataires sondés dans notre enquête dans les trois pays ont témoigné que les femmes sollicitent des avortements auprès des médecins privés, des guérisseurs traditionnels et des amis, ou bien elles les provoquent elles-mêmes. Les opinions des prestataires concernant les raisons pour lesquelles les femmes cherchent un avortement cadrent avec les écrits scientifiques publiés, soit: elles sont célibataires; le moment n’est pas propice pour une grossesse; les contraintes financières; trop d’enfants ou des enfants pas assez espacés. En Ouganda, les prestataires ont signalé qu’une grossesse résultant de rapports sexuels hors du mariage ou l’identification d’un état VIH-positif peuvent aussi être des raisons pour lesquelles les femmes sollicitent l’avortement.

La plupart des femmes sondées dans les trois pays n’utilisaient pas de méthode contraceptive au moment où elles sont tombées enceintes. Un certain nombre, pourtant, ont indiqué qu’au début la grossesse était désirée - ce qui suggère que ces patientes ont peut-être subi un avortement spontané ou que, pour une raison ou une autre elles avaient changé d’avis et décidé de terminer la grossesse. Les préoccupations au niveau de la santé exprimées par les femmes interviewées pour l’enquête (par exemple, la peur que la contraception pourrait mener à l’infertilité) cadraient avec les constatations mentionnées dans les écrits. Le manque d’information concernant la planification familiale et l’insuffisance de l’accès aux services de PF furent mentionnés comme raisons principales pour la non-utilisation de la contraception en Afrique Sous-Saharienne. Cette constatation paraît incompatible avec les constatations des enquêtes qui montrent que les niveaux de connaissances sur la PF sont assez élevés dans beaucoup de communautés de l’Afrique Sous-Saharienne. Cependant, le terme "manque d’information" n’est pas clairement défini. Est-ce que cela veut dire un manque de renseignements sur les centres où l’on peut trouver des méthodes contraceptives, ou un manque de confiance quant à la meilleure méthode ou laplus appropriée par rapport à une situation particulière ou à des objectifs spécifiques en matière de la procréation. Ces questions ont des implications importantes au niveau du counseling et des stratégies de la communication. Elles méritent une étude plus approfondie.

Questions Cliniques

La documentation clinique provenant de l’Afrique Sous-Saharienne, bien qu’elle se rapporte souvent à des constatations provenant d’études limitées, non-contrôées, fournit tout de même une évidence solide concernant les résultats néfastes d’avortements mal effectués. Par exemple, la septicémie et l’hémorragie, souvent associées à des interventions mal effectuées, sont citées comme étant les deux causes les plus fréquentes des décès liés à l’avortement, dans les écrits publiés autant que dans les écrits "gris" c’est à dire non publiés. Dans les trois pays étudiés, l’hémorragie et l’infection localisée sont mentionnées comme étant les deux problèmes les plus communs; la sepsie est citée également comme une autre complication importante.

La durée de l’hospitalisation des femmes souffrant de blessures intestinales suite à un avortement à risque peut être longue (plus de 30 jours, selon une étude faite au Nigéria). Une étude de 650 femmes de l’Afrique du Sud souffrant d’une sepsie fait état d’une hospitalisation d’en moyenne 2 semaines, comparée à un ou deux jours d’hospitalisation pour les patientes d’un avortement non septique. Ces chiffres sont d’autant plus angoissants quand on les compare aux statistiques des avortements provoqués par des prestataires compétents, travaillant dans des conditions hygiéniques; dans ces cas, les taux de complications sont bas, surtout lorsqu’il s’agit des stades précoces de la grossesse.

Un article provenant de l’Afrique du Sud sur l’utilisation de la prostaglandine met en évidence l’impact négatif des règlements administratifs rigoureux pour les avortements légaux. Ces règlements signifient souvent que les femmes ne peuvent obtenir un avortement que plus tard dans leur grossesse, période à laquelle le risque de complications est plus élevé. Presque le tiers des avortements légaux effectués dans l’hô ciblé par l’étude, concernait des femmes dans le deuxième trimestre de la grossesse. Ce fait était dû en partie aux règlements rigoureux pour l’obtention d’un avortement légal: le consentement de deux médecins et la performance de la procédure par un troisième.

Les pratiques se rapportant à la prise en charge de la douleur liée au traitement de l’avortement incomplet semblent se situer aux deux bouts d’un continuum: à l’une des extrèmes est l’administration d’une lourde sédation ou d’autres mesures de prise en charge de la douleur qui augmentent les risques de complications, rallongent la période de la guérison des patientes et accroissent les coûts; l’autre extrème n’offre aucune évaluation individuelle du besoin clinique de la femme pour un analgésique et ne prévoit aucun médicament pour contrô la douleur.

Les écrits cliniques sur l’AMIU pour le traitement de l’avortement incomplet dupremier trimestre documente l’innocuité et l’efficacité de cette technique d’évacuation de l’utérus. En outre, les constatations positives sur l’utilisation de l’aspiration manuelle intra-utérine (AMIU) à titre externe et les réductions de l’hospitalisation et des coûts y afférents méritent l’utilisation accrue de cette technique.

Malgré les recommandations des études préalablement réalisées, les données provenant des trois pays documentent le fait que l’utilisation de l’AMIU se limite principalement aux hô universitaires urbains. L’AMIU est utilisée dans les hô tertiaires et provinciaux en Zambie mais pas dans les deux hô de district, objets de l’enquête. Plus de la moitié des évacuations sont effectuées à l’aide de la technique AMIU aux hô principaux du Malawi, tandis que les autres structures sanitaires utilisent le curetage aigu. Les données concernant la technique d’évacuation utilisée en Ouganda étaient limitées mais on emploie le curetage aigu à l’hô de district, objet de la présente étude. Il faut identifier les obstacles qui limitent l’utilisation de techniques d’évacuation plus appropriées, et développer des stratégies pour les combler.

Questions de Couts

La majeure partie des écrits publiés sur le coût du traitement des complications de l’avortement se concentre sur le temps moyen d’hospitalisation. Les patientes traitées pour les complications de l’avortement provoqué restent généralement plus longtemps à l’hô que les cas d’avortement spontané. En outre, tel que sus-mentionné, les femmes avec des complications majeures telles que la septicémie (résultant souvent d’avortements mal effectués et à risque) ont une hospitalisation d’une durée particulièrement longue. Ces données sont confirmées par les écrits non-publiés qui indiquent des hospitalisations durant jusqu’à 3 semaines pour les patientes ayant eu un avortement septique. Une étude publiée analyse les différences des coûts du traitement des patientes souffrant d’un avortement incomplet par l’AMIU comparés à ceux du traitement par curetage aigu au Kenya. La durée moyenne de l’hospitalisation des patientes était un des facteurs principaux influançant les coûts du traitement. Le coût moyen du traitement par l’AMIU était signalé comme étant 66% moins élevé dans un hô de district et 23% moins élevé dans un autre.

Les renseignements recueillis au Malawi, en Ouganda et en Zambie pour cette monographie confirment que dans beaucoup de structures, les hospitalisations après avortement sont prolongées. Les femmes ougandaises à l’hô provincial restent généralement 4 jours. Les hospitalisations les plus courtes ont été notées au niveau tertiaire en Ouganda et en Zambie, environ une demi-journée. Pour des structures telles que l’hô de Lusaka, des séjours raccourcis pour les candidates à l’avortement, qui s’élèvent à plus de 3000 hospitalisations par an, peuvent représenter une épargne considérable pour les budgets hospitaliers déjà surchargés.

Les budgets des services gynécologiques n’étaient pas disponibles dans tous les hô étudiés pour cette monographie et les administrateurs n’étaient donc pasen mesure de fournirr une statistique exacte sur le coût du traitement des patientes de l’avortement. Des estimations, développées en fonction des données d’autres sources, indiquent que le coût du traitement d’une seule patiente de l’avortement incomplet (sans complication majeure) au Malawi au moment de la collecte des données était approximativement de 3,00 $ E.U. Par contre, le gouvernement du Malawi a un budget annuel de 2,55 $ E.U. par personne pour les soins sanitaires globaux. Les femmes présentant des conditions telles que la septicémie et l’hémorragie demandent forcément plus de médicaments, plus de soins par le personnel et des hospitalisations encore plus longues pour récupérer. Les coûts du traitement de ces patientes seront probablement encore plus élevés.

Il est évident que les systèmes de soins sanitaires de l’Afrique Sous-Saharienne dépensent actuellement des sommes relativement élevées de leurs ressources peu abondantes, y compris les frais de personnel, les médicaments, les lits d’hô, les services publics et la restauration pour soigner les cas de complications de l’avortement. Vu l’ampleur des ressources dépensées pour soigner les patientes de l’avortement, il importe d’assurer que que les dépenses aboutissent en des soins les plus efficaces possibles par rapport aux coûts et de la plus haute qualité. Les chercheurs engagés dans l’étude des coûts au Kenya proposent plusieurs mécanismes pour atteindre ce but, y compris: 1) l’utilisation de l’AMIU pour traiter les patientes d’avortement incomplet du premier trimestre, 2) la réalisation des procédures de l’évacuation utérine en consultation externe plutô qu’en bloc opératoire, et 3) la décentralisation des soins de l’avortement aux structures sanitaires d’un niveau plus bas afin d’en réduire le coût et d’en augmenter l’accessibilité.

Contraception et Avortement

L’une des constatations les plus frappantes des écrits publiés et non-publiés, est l’absence quasi complète de recherche sur la planification familiale après avortement. La nécessité des soins après avortement —c’est à dire, le traitement des complications en conjonction avec la planification familiale et d’autres services sanitaires—semble évidente. Or, on n’a trouvé aucune étude examinant les intentions des femmes concernant la procréation après avortement, la meilleure méthode d’offrir ces services, ou les modifications de la politique nécessaires pour favoriser les services globaux après avortement.

Le peu de recherche faite décrit l’utilisation de la contraception par les femmes, les adolescentes en particulier. Dans l’ensemble, les écrits suggèrent une utilisation de la contraception relativement basse, surtout parmi les adolescentes, et une crainte générale des risques potentiels ou des effets secondaires (véritables ou imaginés) associés à l’utilisation de la contraception.

Les constatations provenant des hô du Malawi, de l’Ouganda et de la Zambie fournissent des éclaircissements concernant les raisons de la lacune au niveau de la planification familiale après avortement. Alors que certaines structures offrent du counseling et/ou des méthodes de planification familiale laplupart n’en offrent pas. Dans les hô ougandais, par exemple, la majorité des 77 femmes interviewées n’ont reçu aucune information (bien que 75% ont dit qu’elles auraient voulu que quelqu’un leur prodigue des méthodes et/ou des conseils sur la PF). De même, on n’a pas offert de renseignements sur la PF à la plupart des 55 patientes zambiennes questionnées. Au Malawi, où 50 patientes provenant principalement d’hô tertiaires dans la capitale furent interviewées, presque toutes ont indiqué que personne ne leur a parlé de la PF, ne leur a offert une méthode de PF ou ne leur a dit où trouver des services de PF après leur décharge de l’hô.

Les prestataires sondés dans les trois pays étaient presque tous d’accord sur le besoin d’offrir des services de PF après avortement et les constatations des deux composantes de cette étude soulignent ce besoin. Or, beaucoup de prestataires ont exprimé le besoin d’une formation du personnel et leurs préoccupations concernant le manque de personnel comme étant des problèmes dont il faut tenir compte lorsqu’il s’agit de l’introduction de services de PF après avortement. Des tests expérimentaux d’une variété de systèmes modèles d’affectation du personnel, de logistique, de counseling et d’aiguillage aideraient les gestionnaires des services et les décideurs de politique dans leurs efforts de modifier les programmes actuels pour qu’ils englobent des services de PF après avortement.

Perspective Masculine

Le degré de "l’engagement" des hommes dans la décision des femmes d’avorter semble variable. Il y a des indications que certaines grossesses sont interrompues parce que le partenaire masculin ne désire pas un enfant à un moment donné. Or, les écrits révèlent que souvent l’homme n’est pas activement impliqué dans les décisions concernant la méthode à utiliser et la structure sanitaire où l’avortement aura lieu; sauf éventuellement pour appui financier. Le point auquel ce modèle de communication entre les couples mariés ou non mariés varie ne ressort pas clairement des données disponibles. En outre, la question de la communication (ou bien du manque de communication) et le degré auquel cette communication influence le choix de la structure où les femmes vont pour une interruption de grossesse et le temps qu’elles attendent avant de chercher une assistance médicale s’il y a un problème n’est pas bien comprise.

Lois sur L'Avortement

De nombreux articles mentionnent le fait que dans la région africaine l’avortement légal est limité à une série de circonstances très contraignantes. Bien que rédigés à partir de perspectives variées, presque tous les articles arrivent à la conclusion que les lois restrictives ont un impact négatif sur la santé des femmes, principalement parce que les avortements clandestins, à risque, sont plus nombreux dans un tel environnement. Les recommandations pour améliorer la situation comprennent les démarches suivantes: codifier les lois concernant l’avortement pour qu’elles reflètent les soucis concernant la santé éliminer les barrières administratives à l’avortement légal; élargir les services dans le secteur public pour l’avortement qui sont permis dans le cadre des lois existantes.

Un article provenant de la Tunisie souligne les résultats positifs d’une libéralisation de la loi pour permettre l’avortement sur demande de la femme et l’effet que cette modification a eu sur la mortalité maternelle (Bejaoui, 1988). Les données font état d’une réduction des taux de mortalité maternelle et, en général, d’une chute du nombre de cas et d’admissions liés aux complications de l’avortement. L’auteur reconnaît que, même si de tels changements sont rares dans la société musulmane, les relations entre la loi, la religion et la politique peuvent s’associer au profit de la santé des femmes.

Les prestataires dans les hô du Malawi, de l’Ouganda et de la Zambie furent interviewés sur leurs opinions concernant les lois de leur pays et sur la manière dont les lois influent sur les prestations de services. Les lois au Malawi et en Ouganda ne permettent l’avortement que dans des circonstances limitées tandis que la loi en Zambie permet l’avortement pour un large éventail d’indications. La majorité des prestataires en Ouganda étaient conscients des dispositions de la loi concernant l’avortement; dans les deux autres pays, les prestataires étaient moins renseignés à ce sujet. Les réponses provenant de la Zambie indiquent une lacune dans les connaissances des lois existantes sur l’avortement.

La plupart des prestataires interviewés dans l’enquête pensaient soit que les lois concernant l’avortement sont trop restrictives, soit que leur rédaction est appropriée tel quel. Or, la majorité étaient aussi de l’opinion que les femmes chercheront à se faire avorter et que les prestataires fourniront des avortements, malgré la loi.

La statistique sur les procédures de la régulation menstruelle dans les hô zambiens souligne le besoin de rendre plus largement disponibles les services d’avortement légal dans ce pays. Le principal hô universitaire à Lusaka est la seule structure où l’on réalise la régulation menstruelle de manière systématique; la documentation publiée provenant de ce pays confirme cette constatation. On mentionne très peu de régulations menstruelles au sein de la structure provinciale étudiée, bien que le nombre de procédures non documentées dans toutes les structures reste inconnu. Pour baisser le taux de mortalité et de morbidité résultant d’avortements clandestins, à risque, il est clair qu’il faudrait que des services légaux, peu coûteux, sans risque soient plus généralement disponibles et qu’on les fasse connaître au public.

Questions de la Qualite des Services

Les écrits publiés se concentrent sur deux aspects de la qualité: la sécurité clinique et la durée de l’hospitalisation. Ces articles font tous état du besoin d’utiliser les techniques les plus sûres pour l’évacuation utérine, de prendre en charge toutes les complications de façon appropriée et d’assurer la disponibilité des fournitures et de l’équipement. En plus de leur documentation des hospitalisations souvent prolongées des patientes de l’avortement, ces études montrent aussi qu’une organisation des services améliorée (par exemple, desévacuations effectuées par l’AMIU à titre de service ambulatoire) peut réduire considérablement le temps d’hospitalisation nécessaire pour les patientes d’avortement. Les écrits publiés et non-publiés ne présentent que très peu d’information concernant l’interaction des prestataires avec les patientes ou la persepective des femmes concernant l’accessibilité et la prestation des soins.

La lacune dans les écrits fait contraste avec les données primaires rassemblées pour la présente monographie. Les enquêteurs ont sondé les prestataires et les femmes dans le but spécifique de se rendre compte de la qualité et de l’accessibilité des services de soins après avortement. Nulles constatations qui se tiennent ressortent des prestataires et des patientes concernant la qualité de leur interaction, bien que beaucoup de femmes déclarent qu’elles ont été bien soignées. Cette constatation, pourtant, pourrait refléter une tendance à la "courtoisie." Une série de questions visant à obtenir de l’information sur les indicateurs de la qualité aux yeux des utilisatrices du système, devrait être incorporée dans la mesure du possible dans des études à l’avenir. Les plaintes les plus communes exprimées par les patientes concernaient les longues heures d’attente pour les soins, le manque d’analgésie adéquate, le surpeuplement de la clinique, le besoin d’un counseling et de méthodes de PF et, dans le cas de la Zambie, où les règlements administratifs limitent l’accès aux services d’avortement légaux et sûrs, malgré les services disponibles, la crainte de poursuites judiciaires. Quelques prestataires ont mentionné le besoin d’un personnel supplémentaire pour la prise en charge des patientes.

Dans quelques hô on a expliqué aux femmes le traitement qu’elles allaient subir, alors que dans la plupart des cas on ne leur a donné aucune information avant l’intervention. Souvent on n’a même pas donné aux patientes des instructions sur les soins postopératoires qu’elles devaient effectuer chez elles. Les enquêteurs provenant des trois pays ont conclus que les patientes de l’avortement restent une basse priorité dans presque tous les hô. L’évidence pour cette conclusion se trouve dans les longues attentes, les restrictions dans certains centres du nombre de lits pour les patientes de l’avortement; le fait que certaines patientes sont obligées de s’asseoir sur des bancs ou de se coucher par terre dans la salle commune.

Beaucoup de prestataires dans les trois pays de l’étude pensaient que les femmes ont l’accès relativement facile à l’avortement provoqué, au traitement des complications et aux services de PF. Le transport pour l’obtention des soins des complications n’a pas été cité comme problème clé par la plupart des patientes, même si les femmes provenant des zones rurales l’ont plus souvent noté que les femmes provenant de zones urbaines. Les raisons les plus communément citées pour le choix d’un hô particulier étaient sa proximité, ses coûts abordables et la qualité des soins prodigués.

Ces constatations résument quelques-unes des préoccupations des patientes de l’avortement concernant la qualité des soins et leurs besoins. Des ressources considérables seront nécessaires pour combler certaines de ces préoccupations et ces besoins. Des remèdes à d’autres préoccupations, telles que l’assurance d’information avant et après le traitement, peuvent améliorer la qualité des soins avec une dépense financière minimale.

Conclusions

Les constatations des écrits et de l’expérience des hô au Malawi, en Ouganda et en Zambie se ressemblent essentiellement. Les résultats combinés nous révèlent un portrait cohérent de toute la région:

  • L’avortement à risque est un grand problème au niveau de la santé publique.

  • Des blessures, des complications aiguës et chroniques, et des décès suite à l’avortement clandestin, touchent les femmes dans la fleur de l’âge.

  • Les systèmes de soins sanitaires allouent actuellement des sommes d’argent, un personnel et un espace considérables pour traiter les conséquences de l’avortement à risque.

  • Il existe des techniques cliniques sûres et efficaces pour traiter les complications de l’avortement mais leur utilisation se limite principalement aux grands hô urbains, loin de la portée de beaucoup de femmes.

  • Les services de PF après avortement, y compris le counseling, sont quasi inexistants dans la région, ce qui prépare la mise-en-scène pour une répétition de grossesses non désirées et d’avortements à risque.

  • La qualité des services de traitement actuels dans beaucoup de structures se caractérise par de longues attentes, un surpeuplement et peu d’informations offertes aux clientes, indiquant ainsi la basse priorité accordée aux besoins des patientes de l’avortement.

  • Des lois restrictives favorisent la prolifération des avortements clandestins et dangereux.

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